Au pouvoir, les socialistes épousent un pragmatisme qui tend vers la droite

Vie des partisL’esprit libertaire des roses s’évapore. Dans plusieurs dossiers, les idéaux sont écornés.

La gauche a peu protesté contre l’opération policière du 7 novembre à la place Chauderon à Lausanne.

La gauche a peu protesté contre l’opération policière du 7 novembre à la place Chauderon à Lausanne. Image: Philippe Maeder

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L’idéalisme d’un côté. Le pragmatisme de l’autre. Mercredi, la section lausannoise du Parti socialiste (PSL) a accepté, contre l’avis du parti cantonal, de récolter des signatures pour le référendum fédéral contre un durcissement de l’asile. Le Parti socialiste vaudois (PSV) estime pour des raisons tactiques qu’il faut éviter un vote populaire qui approuverait massivement une plus grande rigueur à l’encontre des requérants.

Idéalisme, pragmatisme. Malgré plusieurs décisions récentes qui semblent davantage marquées par le réalisme que par le discours traditionnel des socialistes, cette tension se manifeste peu dans le parti, anesthésié par les succès électoraux ou convaincu de la justesse des changements d’orientation. Le député Vert Raphaël Mahaim a son explication de l’unité des socialistes: «Désormais, dans ce parti, les positions sont prises par un tout petit nombre de personnes et s’imposent à tous. Ce centralisme et cet étatisme me font penser à l’ancien Parti radical.»

Mais la tension croît avec les alliés des roses, La Gauche et les Verts, qui sont dépités. Les partis de droite font aussi la grimace: ils pensent que le PS, en chasse, marche sur leurs brisées et devient difficile à contrer.

Asile, sécurité, mendicité

Ce glissement à droite que dénoncent partenaires et adversaires des socialistes concerne surtout trois domaines comme le résume Raphaël Mahaim: «Le PS prend des décisions incompréhensibles sur la sécurité, la mendicité et l’asile.»

Chacun y va de son exemple. Le Conseil d’Etat à majorité de gauche a laissé l’asile au libéral-radical Philippe Leuba. La Municipalité de Lausanne propose des mesures d’éloignement ou des zones d’exclusion pour lutter contre le trafic de drogue ou la mendicité. Une députée socialiste fait interdire aux mendiants d’être accompagnés d’enfants. A cela, il faut ajouter la décision municipale de lancer les pelleteuses contre les cabanons des Prés-de-Vidy que squattaient des Roms.

Bien qu’aguerrie, la députée popiste Christiane Jaquet-Berger soupire: «Les socialistes se sont ramollis. Parmi les jeunes loups, j’en vois beaucoup qui auraient été à l’aise au Parti radical.» Dans l’autre camp, le président de l’UDC vaudoise, Claude-Alain Voiblet, sourit: «J’ai été frappé par l’image de la descente contre les dealers de Chauderon organisée par le socialiste Grégoire Junod: des immigrants, assis par terre, les mains liées derrière le dos. Si un municipal de droite avait monté une telle opération, la gauche du Conseil communal aurait déposé plein d’interpellations.» Telle n’est pas l’analyse du conseiller communal socialiste et politologue André Mach: «C’est la situation à Lausanne qui a changé plutôt que les socialistes.»

Le tabou du service public

Depuis toujours, les socialistes défendent le service public. Récemment La Liberté a déterré une intervention de 2002 du conseiller communal rose Grégoire Junod. Il attaquait la municipale radicale de la Police pour avoir engagé deux Securitas, l’accusant de privatiser des tâches relevant de la sécurité publique. Dix ans plus tard, devenu municipal de la Police, Grégoire Junod engage deux Securitas pour patrouiller sur la place Chauderon à Lausanne. Ce reproche de privatiser des domaines publics est même fait au très socialiste Pierre-Yves Maillard. Ainsi, l’extrême gauche s’insurge: le chef du Département de la santé et de l’action sociale propose à des privés de construire un hôtel pour convalescents devant le CHUV ou met sur pied un partenariat public-privé pour la chirurgie ambulatoire.

Dernier point où les socialistes semblent avoir évolué: le souci de finances publiques. Il y a peu d’années, la dette lausannoise n’était pas un sujet au PSL. Elle est devenue une priorité.

Interprétations divergentes

Les interprétations sur les causes et l’ampleur de ce glissement des socialistes vers le pragmatisme sont diverses. Pour le député de La Gauche Jean-Michel Dolivo, les roses ont trahi leurs idéaux: «Les socialistes sont devenus le parti du pouvoir au gouvernement et dans les grandes villes. Le parti au pouvoir n’a plus envie de changer les choses.» En écho, Claude-Alain Voiblet: «Les socialistes ont faim de pouvoir et la faim justifie les moyens, quitte à se déjuger sur ce qu’on a dit depuis des années.» A l’inverse, le conseiller communal lausannois PLR Pierre-Antoine Hildbrand estime que les socialistes n’ont pas vraiment changé: «On ne peut nier une évolution due à l’épreuve de la réalité. Mais le PS garde la même politique dans ses domaines de prédilection, soit le social, la formation ou la santé.»

Dans le même esprit, la précédente présidente du PSV, Cesla Amarelle, revendique le réalisme des socialistes comme une tradition de son parti: «La force du PSV, c’est d’avoir toujours été orienté vers des résultats. D’avoir su utiliser les leviers aussi bien militants qu’institutionnels pour faire avancer des dossiers.»

Politologue à l’Université de Lausanne, René Knüsel tente la synthèse: «Le PS remplace le Parti radical comme le parti pivot de la politique. Cela n’implique pas qu’il renie ses principes, mais qu’il fait des concessions.»

Créé: 24.11.2012, 08h56

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