La pratique de son art lui a sauvé la vie

Jean Lechim, professeur de yoga«La véritable révolution commence en soi-même» explique le yogi le plus renommé de Lausanne.

Selon Jean Lechim,

Selon Jean Lechim, "la véritable révolution commence en soit même." Image: VANESSA CARDOSO

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A 77 ans, malgré un genou fragilisé d’avoir trop tenu certaines postures, Jean Lechim demeure le yogi le plus renommé de Lausanne. Quelque 400 élèves gravitent autour de son Atelier de yoga, qui ouvre de nouveau aujourd’hui. Certains le considèrent comme un Maître. Il a pourtant hésité avant d’accepter de raconter son histoire: «J’ai eu peur de me mettre en avant de la mauvaise manière», explique-t-il.

Difficile de soupçonner le fringant septuagénaire d’être otage de son ego. L’homme a le regard propre de ces rares obstinés qui ont trouvé le moyen leur correspondant d’explorer leurs côtés lumineux comme leurs facettes sombres. «Quelle chance d’avoir rencontré le yoga! Cette pratique m’a sorti de la détresse. Sans elle, je serais asocial ou mort d’une overdose, comme quelques amis. L’enseigner m’a permis de trouver ma place dans cette société que j’ai longtemps vomie. Et ce en me faisant du bien et en en faisant autour de moi!»

Jean Lechim est né Jean Michel en 1939. Il a changé son patronyme pour une anagramme à l’époque où il s’est mis à enseigner le yoga. «Pour marquer un nouveau départ, précise le lumineux Vaudois attablé dans sa maisonnette de Chailly. Et pour éviter la confusion avec le gourou Jean-Michel Cravanzola.»

L’enfance «très cadrée» offerte par ses parents enseignants n’était pas censée mener le petit Jean vers cette discipline visant à gagner en conscience via le corps. Sauf qu’à 9 ans, une tante «très libre et ouverte» lui a offert un de ces livres qui changent la vie. Le premier d’une longue liste.

«Il parlait de l’art de vivre sa vie sainement.» Le gamin accroche illico. Lui qui adorait la nature se met à y déambuler pieds nus comme conseillé dans l’ouvrage. Il s’acharne aussi quotidiennement sur sa première posture yogique. Laquelle consiste à ouvrir son torse en se couchant sur son bureau d’écolier. La graine est semée! Elle germera trente ans plus tard.

«Champion de gym et d'aviron»

Ado, Jean Michel est mal dans sa peau. Le sport est sa thérapie. Le Vaudois rafle tous les prix de gymnastique et à 18 ans devient champion de Suisse d’aviron. Il obtient ensuite une licence de droit sans jamais mettre les pieds en cours.

«J’apprenais aussi vite que j’oubliais. Cela ne m’intéressait pas. Je trouvais cette société horrible. J’avais la haine du bourgeois et je traînais avec des marginaux qui me fascinaient, car tout ce qu’ils savaient, c’est la vie qui le leur avait appris.» Le journalisme permet ensuite au futur yogi de «vivre speed» en s’amusant. A la Gazette de Lausanne tout d’abord, puis dans le Londres des swinging sixties pour l’agence de presse Reuters.

Arrive Mai 68. «J’ai abandonné mon poste sans prévenir et je suis allé à Paris lancer des pavés. Je n’avais pas encore compris que la véritable révolution commence en soi-même. Ni qu’il n’y a au fond ni bourgeois ni marginaux, juste des humains qui se prennent en main ou non.» Débutent alors sept années de petits boulots, de voyages en Inde et de drogues dures.

«J’ai été accro à l’héroïne et j’ai pris pas mal de LSD. Ces paradis artificiels ressemblaient à certains des états que j’ai ensuite connus en méditation, mais c’était des fuites qui menaçaient ma santé. C’est finalement une hépatite qui m’a obligé à arrêter le sport et c’est pour compenser que je me suis mis au yoga…» Les premiers temps sont assez rock and roll puisque Jean Michel se shootait avant certaines séances.

C’est finalement en montagne, où il se met à travailler comme alpagiste, que l’héroïnomane parvient à décrocher. Il était temps: sa compagne, aujourd’hui professeur de méditation en vue, va lui donner son premier enfant. Ils l’appelleront Nicolas. Lui aussi se rebaptisera à l’âge adulte. Et c’est sous le nom de K, une fois devenu chanteur, qu’il racontera la «vie pour toucher la lumière» de son père.

Dès le milieu de la trentaine, le yoga «parfume» généreusement le quotidien de Jean Michel et de longs stages en Inde aiguisent la connaissance qu’il en a. Alors qu’il est à l’alpage au Mont-Pèlerin, le bientôt quadragénaire se met à fréquenter le centre bouddhiste voisin, que vient de fonder l’ancien précepteur du dalaï-lama.

C’est là qu’il finit par donner ses premiers cours. Un jour, un ami très cher lui suggère: «Tu devrais vivre en enseignant le yoga!» C’est le déclic. Jean Michel se lance. Aux quatre coins de la Suisse romande tout d’abord, puis à Lausanne, dans sa propre salle, il devient Jean Lechim.

Presque quarante années qu’il résume ainsi aujourd’hui: «La souffrance est dans notre esprit, qui refuse d’accueillir le présent tel qu’il est et nous tels que nous sommes. Il existe cependant des méthodes pour en sortir. Le yoga en est une. Il aide à voir la beauté et l’ordre se cachant derrière des apparences parfois monstrueuses.»

Créé: 05.09.2016, 09h35

Carte d'identité

Né le 30 mars 1939 à Lausanne.

Quatre dates importantes
1968 Quitte son poste de journaliste à Londres pour vivre Mai 68 à Paris.

1976 Naissance de son fils, Nicolas. Sa fille, Loïse, naîtra l’année suivante. Passe quatre mois à approfondir sa pratique du yoga avec le grand maître indien Iyengar.

1978 Se lance comme prof de yoga.

2016 Infarctus et opération à cœur ouvert. «L’élan de solidarité qui a suivi m’a donné l’impression que mes élèves avaient besoin de moi et qu’enseigner allait au-delà de mon plaisir personnel.»

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