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«Il y a trop de préjugés sur les hommes victimes»

Une étude de la consultation médico-légale du CHUV révèle que 12,5% des victimes de violences conjugales sont des hommes

La doctoresse Nathalie Romain Glassey, responsable de l'Unité de médecine des violences du CHUV.
La doctoresse Nathalie Romain Glassey, responsable de l'Unité de médecine des violences du CHUV.
Philippe Maeder

L’Unité de médecine des violences (UMV) destinée aux personnes agressées dans la rue, au travail ou à la maison était créée il y a dix ans au CHUV. Cette consultation permet de dresser un constat médico-légal qui peut ensuite être utilisé devant les tribunaux. Alors que, ce soir, une conférence ouverte à tous célébrera la décennie de l’UMV, sa responsable, la doctoresse Nathalie Romain Glassey, commente sa nouvelle étude sur les hommes victimes de violences conjugales cosignée par Jacqueline De Puy.

Qui sont ces hommes victimes de violences conjugales?

En moyenne, ils ont 37 ans et des enfants en bas âge. La moitié d’entre eux sont Suisses. Dans un quart des situations, la différence d’âge entre les partenaires est de plus de dix ans. Les hommes victimes sont souvent issus de familles où il existe d’autres vulnérabilités, que ce soit des difficultés au travail, financières, de santé ou liées à la migration. Nous avons toutefois rencontré quelques familles ordinaires, voire privilégiées. Mais, globalement, cela arrive plus souvent dans des situations familiales complexes. Seuls huit hommes sur les cent quinze étaient dans une relation homosexuelle.

Est-ce une réalité cachée?

A notre consultation, ces hommes sont une minorité, mais ils représentent tout de même 12,5% des victimes de violences dans le couple. Tous ont été agressés physiquement. A l’UMV, ils n’ont pas de difficulté à parler des violences subies. Par contre, il y a beaucoup de préjugés sur les hommes victimes de violences dans le couple. Ils sont parfois confrontés aux réactions d’incrédulité de proches et même de professionnels de la santé.

On pourrait imaginer qu’ils peuvent stopper les coups…

Certains nous disent qu’ils n’ont pas riposté de peur de blesser gravement leur conjointe. D’autres ne veulent tout simplement pas réagir à la violence. Mais il est vrai que, contrairement aux victimes femmes, certains hommes tentent de maîtriser physiquement leur agresseur. On constate d’ailleurs que les lésions rencontrées chez les hommes victimes sont moins sévères que chez les femmes victimes. Toutefois, elles s’accompagnent la plupart du temps de violence psychologique.

Les hommes battus ont-ils plus honte que les femmes?

Il ne faut pas opposer les femmes et les hommes victimes. Les hommes partagent la même souffrance et les mêmes sentiments que les femmes victimes. Ils ont honte d’avoir été frappés par une femme, mais les femmes aussi ont honte d’avoir été frappées par un homme. Par contre, les hommes ont plus de réticences à faire appel aux aides institutionnelles qui existent. Ils considèrent souvent que cela s’adresse aux femmes.

Quels résultats de l’étude vous ont le plus surprise?

Dans près de 40% des cas, les enfants sont impliqués. Et dans un tiers des cas, les enfants sont présents au moment de l’agression. Les petits pleurent à côté, des plus grands vont même parfois s’interposer.

Que faudrait-il améliorer pour aider ces hommes victimes?

Il faut déjà reconnaître leur souffrance. Les proches comme les professionnels doivent prendre conscience que des hommes victimes de violences dans le couple, ça existe. Enfin, que la victime soit une femme ou un homme, il faut désormais mettre l’enfant au cœur des préoccupations.

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