Le président Yves Ravenel est condamné, son avocat explique

JusticeLe président du Grand Conseil écope de 60 jours-amende et d'une amende pour avoir menacé son épouse. Réactions politiques

Yves Ravenel s’est vu infliger une peine de 60 jours-amende à 80fr., avec un sursis de 2 ans, ainsi qu’une amende de 960 francs.

Yves Ravenel s’est vu infliger une peine de 60 jours-amende à 80fr., avec un sursis de 2 ans, ainsi qu’une amende de 960 francs. Image: Keystone

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Le président du parlement vaudois, Yves Ravenel (UDC), a été reconnu coupable de «menace qualifiée et tentative de menace qualifiée» envers son épouse, avec laquelle il est en procédure de divorce. Il s’est vu infliger une peine de 60 jours-amende à 80 fr., avec un sursis de 2 ans, ainsi qu’une amende de 960 francs. Cette sanction a été prononcée en août par une procureure. Sollicité, Yves Ravenel n'a pas souhaité répondre à nos questions. Il renvoie à son avocat, Maître Alain Thévenaz. Ce dernier donne des détails sur l’événement de janvier 2019 pour lequel son client a été condamné.

Les époux se sont séparés en 2014, après dix à quinze ans ans de vie commune. Jusqu’à cette date, ils vivaient dans la villa située à une dizaine de mètres de la ferme d’Yves Ravenel, à Trélex, dont il est aussi le syndic. Celui-ci laisse alors la villa à sa future ex-épouse, où elle réside depuis. Lui s’installe dans la ferme. «Yves Ravenel était dans l’idée que la procédure de divorce se réglerait rapidement, mais cela n’a pas été le cas, d’ailleurs elle dure encore aujourd’hui», rapporte l’avocat.

«Il y avait des tensions entre eux. Madame Ravenel laissait tout le temps allumée une guirlande d’ampoules lumineuses multicolore accrochée devant la villa. Monsieur Ravenel lui demandait fréquemment de l’éteindre car cela faisait de la lumière dans son salon à lui. Le soir du 20 janvier 2019, entre 20 heures et 21 heures, il faisait nuit et la guirlande était allumée. Il s’est énervé, il a pris un balai et a cassé la dizaine d’ampoules de la guirlande, ainsi qu’une ampoule fixée au dessus de la porte de la villa. Elle a entendu le bruit et elle est sortie.» L’avocat explique que les versions des deux protagonistes sont concordantes sur ces éléments, comme le relève la procureure dans l’ordonnance de condamnation rendue au mois d’août 2019.

Il n’y a pas de témoin de la scène et les versions divergent sur la suite des faits. «Elle dit qu’il a ensuite lancé le balai dans sa direction, qu’elle l’a évité, mais lui, il dit qu’il a lancé le balai derrière lui et que le balai est retombé dans la cour», détaille l’avocat. «Il n’y a pas eu de violence physique de la part de M. Ravenel, il n’a pas visé son épouse avec le balai, il n’y a pas eu de menace verbale, il n’a rien dit lors de cette scène», argumente-t-il.

La police n’est pas intervenue ce soir-là sur les lieux et la femme a déposé plainte le 27 janvier, une semaine plus tard. Cependant, ces délits sont poursuivis d’office. Selon l’avocat, l’événement doit être replacé dans le contexte du conflit général qui divise le couple séparé. Yves Ravenel demandait à sa femme de quitter la villa, estimant cette proximité malsaine à la longue. À la fin de l’année 2018, il réclame des mesures provisionnelles pour qu’elle s’en aille et la justice civile décide de fixer la date d’une audience, à la fin du mois de février.

Cette audience a donc lieu environ un mois après la scène des ampoules cassées. «À l’issue de cette audience, une convention a été signée, stipulant que Mme Ravenel quitterait la villa en septembre 2019, ce qu’elle a fait», explique l’avocat Alain Thévenaz.

Quand l’ordonnance de condamnation tombe au mois d’août 2019, Yves Ravenel, qui est devenu président du parlement pour l’année 2019-2020, est «surpris». Il fait opposition. Une audience au Tribunal de police de l’arrondissement de La Côte doit donc se tenir pour statuer sur cette ordonnance. Le Tribunal fixe la date de l’audience au 23 janvier, ainsi que la lecture du jugement au 27 janvier. Il communique ces dates au prévenu Yves Ravenel avant la fermeture de l’étude de l’avocat, explique ce dernier.

Hier matin (lundi), les deux dates figuraient au programme de l’arrondissement, tel qu’il a été envoyé aux journalistes accrédités. C’est seulement hier après-midi, après l’envoi de questions à Yves Ravenel, que le tribunal a annulé l’audience. Entre-temps, le président du Grand Conseil a retiré son opposition. Pourquoi l’avoir fait hier? «Nous connaissions la date de l'audience, explique Alain Thévenaz. En revanche, nous ne savions pas que le tribunal diffuserait son programme le 6 janvier. Monsieur Ravenel était déjà résolu à retirer son opposition. S’il avait voulu cacher cette affaire, il l’aurait retirée bien avant.»

L'épouse d'Yves Ravenel n'a pas pu être jointe, ni son avocat.

Yves Ravenel devait ouvrir à 14 heures la première séance du Grand Conseil de l’année 2020. Mais peu avant les députés ont reçu des SMS du secrétariat du Grand Conseil les informant que la séance débuterait à 15h30 seulement. Yves Ravenel a décidé de se faire remplacer par la première vice-présidente Sonya Butera (PS) pour la conduite des débats. Il devait rencontrer les différents groupes politiques entre 14 h et 15 h30.

Dans son témoignage effectué début 2019, l'épouse de Yves Ravenel a déclaré que celui-ci avait proféré une menace de mort à son encontre en septembre 2016, a révélé «20 minutes» mardi vers 13 h. L'avocat d'Yves Ravenel réagit à cette allégation en expliquant que son client admet avoir eu «une ou deux prises de bec mais pas sous cette forme».

Sur le plan politique cette affaire est diversement appréciée. Pour la présidente du Parti socialiste et députée, Jessica Jaccoud, qui précise n'avoir à sa connaissance que l'article de «20 minutes» paru lundi soir pour l'instant, il y a incompatibilité entre la fonction de premier citoyen du Canton et une condamnation pour menace qualifiée qui, de plus, entre en force durant le mandat. Elle fait valoir en outre que tout cela intervient en plus dans un contexte où le Grand Conseil vient de voter l'interdiction de la publicité sexiste et la loi contre la violence domestique.

Le chef du groupe UDC Philippe Jobin juge quant à lui «petit» de lancer des appels à la démission. Le député et syndic d'Échichens connaît la situation personnelle «pas facile» d'Yves Ravenel et assure qu'il n'y a pas de quoi mettre en péril sa carrière politique: «Son geste a été malheureux, certes, mais il peut arriver de péter un câble dans un contexte de grande tension du divorce.» Assurant qu'Yves Ravenel est un homme «paisible» et qu'il n'a pas touché son épouse, Philippe Jobin lui assure son soutien solidaire «jusqu'à preuve du contraire».

Ces deux postures seront-elles arbitrées par le PLR? Contactée avant la séance de groupe de ce matin, la cheffe de groupe Carole Dubois dit avoir été totalement surprise par la nouvelle. «Pour l'instant nous ne nous prononçons pas sur cette histoire privée. Nous attendons d'avoir davantage d'éléments.»

Enfin, en cours de matinée, le groupe Ensemble à Gauche et POP a envoyé un communiqué de presse demandant la démission d'Yves Ravenel de la présidence du Grand Conseil: «Cette fonction suppose un devoir d’exemplarité qui n’est plus respecté», écrit-il.

Créé: 07.01.2020, 07h31

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