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En première ligne face au virus, les pharmacies s’organisent pour résister

Oubliées de la chaîne sanitaire, les pharmacies se sont prises en main pour assurer leur service dans des conditions dantesques.

Comme la plupart des pharmaciens, Alexandre Lo Russo a réorganisé son officine pour contrer le virus, tout en rallongeant ses horaires pour fabriquer du désinfectant.
Comme la plupart des pharmaciens, Alexandre Lo Russo a réorganisé son officine pour contrer le virus, tout en rallongeant ses horaires pour fabriquer du désinfectant.
Florian Cella

«Savez-vous qui est en première ligne de cette pandémie?

– Les pharmacies!

– Savez-vous quel est le premier endroit où viennent les malades?

– Les pharmacies!

– Savez-vous de qui on parle peu ou pas du tout?

– Les pharmacies!»

C’est par cette introduction que la Société vaudoise de pharmacie (SVPh) alerte le public sur les réseaux sociaux, au nom de ses 600 membres et des quelque 2000 assistantes et assistants en pharmacie à l'oeuvre dans les 250 officines du canton. Si le gros de la crise a éclaté politiquement et médiatiquement il y a une semaine, cela fait déjà quinze jours que leurs comptoirs voient défiler des patients présentant les symptômes du Covid-19, au cœur de journées dantesques.

Au bout du fil, Alexandre Lo Russo a le débit de parole accéléré de ceux pour qui chaque seconde compte. «Je suis debout depuis 4 h 30 ce matin. À 5 h j’étais dans mon laboratoire pour fabriquer du gel hydroalcoolique. C’est ainsi tous les jours, je fabrique par cinquantaine de litres, en fonction de la quantité d’alcool que je reçois. Tout le monde fait des heures supplémentaires, on a arrêté de compter. Heureusement, j’ai une équipe formidable qui se donne à fond. Mais tout le monde est stressé à l’idée d’être en contact avec le Covid-19. Nous sommes la porte d’entrée du système de santé...»

La boule au ventre

«J’ai la boule au ventre tout le temps, confirme Aline*, assistante en pharmacie de Bex, employée par une chaîne. C’est angoissant de voir des gens affolés toute la journée, des collègues qui pètent un câble parce que les commandes ne suivent pas, le téléphone qui sonne tout le temps, le livreur qui a deux heures de retard, des patients qui râlent parce qu’il faut faire la queue. Et entre collègues, c’est impossible de garder une distance de sécurité… Tout le monde a peur, pour soi, ses enfants, ses parents… Sans compter la charge: samedi, nous avions fait autant de clients à midi que d’habitude en fin de journée.»

Face au défilé des patients, pas toujours patients et pas toujours disciplinés (qui venant pour un simple rouleau de sparadrap, qui cherchant à faire provisions pour une année, qui ne se souciant pas des distances élémentaires), les pharmacies ont dû faire preuve d’initiative.

«Au début, les autorités ne nous ont pas pris en compte comme un maillon de la chaîne de personnel de santé, alors que nous en sommes le premier, pose Christophe Berger, président de la Société vaudoise de pharmacie. Il a fallu se battre pour obtenir des places en crèche pour les enfants des assistantes en pharmacie, au même titre que pour ceux des soignants. Ou pour obtenir des masques en suffisance. Actuellement nous sommes rationnés à une boîte de 50 par pharmacie et par mois. Avec des équipes moyennes de dix personnes, c’est évidemment insuffisant!»

S.O.S. Masques

L’indisponibilité de cet accessoire est l’un des principaux écueils sur lequel butent les pharmaciens. S’il n’est pas utile pour tout un chacun, le masque est indispensable en officine: «Il est obligatoire pour réaliser nos préparations, explique Alexandre Lo Russo, pharmacien à Prilly. Il y a une pénurie de thermomètres, alors les gens viennent prendre leur température chez nous. Cela nous oblige à les approcher. Plus que jamais les patients viennent chez nous avant d’aller en cabinet ou aux urgences pour les petits bobos. Mercredi, on a eu quelqu’un qui s’était coupé un doigt, il a fallu prodiguer les premiers soins. Jeudi, une personne a vomi dans toute la pharmacie. Il a fallu tout nettoyer, la mettre en position de sécurité… Pour tous ces gestes, il nous faut porter un masque. Et quand cette dame a pu repartir, comme elle était venue en bus, je lui ai donné un masque. J’ai écrit à la conseillère d’État Ruiz pour obtenir plus de masques. Malgré mon appel, la pharmacienne cantonale m’a écrit que je n’en obtiendrai pas davantage. On ne se rend pas compte combien nous sommes exposés.»

Préserver le personnel

Maintenant que les distances de sécurité et les cheminements ont été balisés dans les échoppes avec du gros scotch, que des vitres en plexiglas ont été installées à tour de bras (grâce notamment à un tuto fourni par la SVPh), la priorité des priorités est de préserver la santé des collaborateurs.

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«Il y a déjà des pharmacies qui doivent boucler à la mi-journée faute de personnel, alerte Christophe Berger. Nous avons des cas déclarés, leurs collègues mis en quarantaine. On essaye de dédoubler les équipes, on fait attention à ce qu’il n’y ait pas de contact entre les groupes. On est des entrepreneurs, on sait s’adapter, mais nous sommes très inquiets. Combien devront fermer complètement?»

*Nom connu de la rédaction

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