Prendre ses enfants en photo à la piscine? C’est interdit

RèglementLe règlement est aussi peu connu qu’ancien. Les smartphones lui donnent un relief nouveau

De nombreuses piscines interdisent les photos.

De nombreuses piscines interdisent les photos. Image: SABINE PAPILLOUD

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Qui n’est pas tenté d’immortaliser les prouesses de son bambin au plongeoir? Attention! Les parents photographes pourraient être accostés par un maître-nageur leur interdisant le cliché. Un papa a été remis à l’ordre la semaine dernière à Bellerive, alors qu’il prenait une photo de sa fille. Pour le maître-nageur, pas question de prendre le risque que l’enfant soit capturé à son insu, a-t-on expliqué. Et, surtout, pas envie de prendre le risque que d’autres personnes se retrouvent en maillot de bain sur une photo sans avoir donné leur accord.

C’est que ce type de lieu, peuplé de corps dénudés mais aussi d’enfants, offre des proies faciles aux objectifs malintentionnés. Un incident a d’ailleurs conduit à une plainte il y a deux ans à la piscine de Montchoisi. Un homme prenant des photos d’une jeune fille à son insu avait été surpris par un maître-nageur. Et dénoncé à la police.

L’interdiction peut surprendre mais elle figure en bonne place à toutes les entrées et concerne un très grand nombre d’établissements. Voilà des années qu’il est interdit de prendre des photos ou de faire des vidéos dans l’enceinte de la plupart des piscines municipales et publiques. «Au moins depuis les années 1970», relève Jérôme Amiet, responsable des piscines de la ville de Genève. Idem à Lausanne, à Yverdon ou encore à Nyon. On a opté pour un règlement radical et une interdiction pure et simple.

A Corseaux-Vevey, on a en revanche décidé de ne pas inscrire la mesure au règlement. Sauf pour les clichés lucratifs. Idem à Prilly. A Renens, on interdit les appareils à gros objectif et les GoPro sous l’eau. «Nous demandons aux gens de ne pas faire de photos du public mais on ne peut pas s’amuser à surveiller chaque téléphone portable. Vous imaginez? Le week-end passé il y a eu 10 000 clients!» explique le responsable de l’AquaSplash, John Flores.

Faire preuve de bon sens. Voilà le son de cloche qu’on entend partout. «Avec les natels omniprésents, il est tout bonnement impossible d’appliquer le règlement à la lettre», explique Pedro Camps, responsable des Sports à Yverdon. «Toutes les piscines lausannoises font l’objet de cette interdiction, résume Christian Barascud, responsable. Mais il faut être nuancé! Il est clair que les gardes-bains peuvent poser des questions et agir en cas de doute. Mais ils peuvent très bien laisser un papa faire des photos de ses enfants.»

Une femme ou un ado pourraient-ils être inquiétés? Certainement pas. «Il est vrai que nous sommes plus attentifs avec les hommes», admet Christian Barascud. Qui rappelle néanmoins que les employés doivent faire la part des choses et tolérer des parents qui veulent des souvenirs estivaux. Ou les photos manifestement innocentes.

Dans la plupart des établissements, on souhaite renforcer ce qui n’est au fond que l’application à la lettre de la loi sur la protection de la personnalité. Les observateurs jugent que ces établissements sont plus vulnérables aux incidents liés au voyeurisme et qu’un tel règlement permet d’agir rapidement, en expulsant par exemple une personne au comportement tendancieux.

Légal d’interdire

Il n’y a rien d’abusif ou d’illégal dans cette interdiction. Comme l’explique l’avocat Nicolas Guyot, les trois conditions requises centrales paraissent remplies. «Cela figure clairement dans un règlement, avance-t-il. Mais, surtout, c’est dans l’intérêt privé de tiers. En outre, l’interdiction n’apparaît pas disproportionnée.» Comprendre: il y a de fortes chances qu’une personne n’apprécie pas de figurer en petite tenue sur la photo d’inconnus. Et il n’existe pas vraiment d’autre moyen que d’interdire la prise d’images. Sans compter que le cliché peut désormais être diffusé, copié et partagé en quelques secondes. «Cette question est très sensible dans les piscines, admet Pedro Camps, à Yverdon. Mais ce n’est pas non plus notre cheval de bataille, qui reste la sécurité.» Les responsables s’accordent à dire qu’en la matière le personnel des piscines doit simplement veiller à ce que «des inconnus ne photographient pas des inconnus», résume Pierre-Alain Frossard, chef des Sports à Nyon.

Sébastien Fanti, spécialiste des questions du droit à l’image sur les réseaux sociaux, pense que la sensibilité des gens augmente en la matière. Il le rappelle, il a toujours été interdit de prendre quelqu’un en photo sans son consentement. «Avant, dans l’espace public, ce consentement était quasi considéré comme acquis. Maintenant, on est devenu bien plus sensible à la protection de son image.» Le spécialiste rappelle l’exemple d’une blogueuse argovienne dont la photo avait été utilisée pour des T-shirts par Zara. Et qu’elle a fait retirer. «Elle avait commenté l’affaire en expliquant qu’on lui avait volé un bout d’elle et qu’elle aurait donné son accord si on le lui avait demandé.» Sans compter que la jeune femme s’expose d’elle-même grandement sur Internet.

Sacro-saint droit à l’image

«De façon générale, chacun a un droit à l’image, résume la préposée cantonale à la protection des données, Mélanie Buard. Quand on veut prendre une photo dans l’espace public, il faudrait toujours avoir le consentement des personnes qui y figurent. Même s’il n’y a pas de mauvaise intention de la personne qui prend les photographies.» Sinon, il y a atteinte à la personnalité.

Cette atteinte n’est évidemment pas toujours de la même gravité. «Si vous êtes photographiés par hasard et en arrière-plan alors que vous êtes aux abords de la cathédrale et que c’est celle-ci qui est prise en photo, l’atteinte n’est en principe pas illicite, souligne Nicolas Guyot. Idem dans un parc. Mais à la piscine, vous êtes en maillot de bain! Il sera alors d’autant plus difficile de lever l’illicéité de l’atteinte.» Paradoxe donc: si, dans un espace public où les gens sont habillés normalement, on considère qu’un plan large n’est pas une atteinte illicite, à la piscine c’est un plan serré qu’il faut privilégier. «Si nous voyons un enfant qui pose, qui connaît manifestement l’adulte, il n’y a aucun souci», ajoute Pedro Camps. Le plus simple reste donc d’avoir un comportement univoque. Ou d’avertir les maîtres-nageurs qu’on dégaine son appareil pour se constituer des souvenirs familiaux.

Et les enfants? Ont-ils leur mot à dire dans tout cela? La réponse de la porte-parole du Préposé fédéral à la protection des données montre que la question est loin d’être une science exacte. «Si la personne concernée est un enfant, il faut quand même respecter ses droits personnels et sa propre volonté. Car même un nouveau-né a ses droits et le développement d’un enfant n’est pas toujours pareil, il est difficile de fixer une limite d’âge. Au plus tard à partir de 14 ans, la volonté de l’enfant doit être respectée.» (24 heures)

Créé: 13.06.2015, 08h12

Bellerive affiche clairement son règlement. (Image: Sabine Papilloud)

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