Prescrire et diagnostiquer, les futures compétences des infirmiers

SantéUn nouveau job naîtra d’ici deux ans: infirmier praticien. Vaud fait œuvre de pionnier en Suisse, ce que tous les acteurs de la santé saluent.

Pour répondre à la disparition des médecins généralistes, certains infirmiers auront les compétences pour adapter des traitements médicaux.

Pour répondre à la disparition des médecins généralistes, certains infirmiers auront les compétences pour adapter des traitements médicaux. Image: Keystone

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Vous avez l’habitude de vous rendre chez le médecin pour vous faire prescrire des médicaments? Dans certains cas bien précis, vous n’en aurez plus forcément besoin. Une nouvelle profession verra le jour d’ici quelques années dans le canton de Vaud: infirmière et infirmier praticiens. Il pourra prescrire des tests diagnostics (comme des examens sanguins ou des radios, parmi de nombreux exemples) et des médicaments. Vaud fait œuvre de pionnier en Suisse.

Le Grand Conseil a officialisé ce job en l’inscrivant dans la loi sur la santé publique il y a trois semaines. La Faculté de biologie et de médecine (FBM) de l’Université de Lausanne mettra en place une formation de niveau master en 2018 ou 2019. Dès lors, où se trouvera la frontière entre le médecin et l’infirmier? Prenons l’exemple d’une personne diabétique. Le médecin posera le diagnostic initial de la maladie et décidera d’une thérapie. L’infirmier praticien suivra le patient sur le long terme, décèlera d’éventuels changements dans sa maladie et adaptera son traitement, par exemple le volume des doses d’insuline. «Mais en cas de changements majeurs, il orientera le patient vers son médecin», ajoute Isabelle Lehn, directrice des soins du CHUV.

Tous les acteurs de la santé soutiennent ce projet et veulent participer à l’élaboration de son cahier des charges. Ce projet émerge alors que l’Association suisse des infirmiers et infirmières (ASI) vient de déposer son initiative «Pour des soins infirmiers forts» avec 120'000 signatures. Le but: augmenter le nombre d’infirmiers et d’infirmières en général, en revalorisant le métier (salaire et horaire) et la formation continue.

Augmenter le nombre de professionnels n’est pas l’objectif direct du projet vaudois, car les praticiens ne seront qu’une minorité. Dès lors, pourquoi faut-il créer ce job? Pour lutter contre la pénurie de médecins généralistes, dans un contexte où la population vieillit et où les personnes âgées développent le plus souvent des maladies chroniques simultanées. Avec un infirmier praticien, ces patients n’auront plus à consulter leur médecin traitant (souvent un généraliste) pour chaque adaptation de traitement. D’où une prise en charge précoce qui réduira les coûts de la santé.

Pas des médecins au rabais

L’objectif n’est pas de former des «médecins au rabais». «Les infirmiers ne prennent la place de personne, insiste Isabelle Lehn. On remarque une augmentation des temps partiels parmi les médecins, liés à la féminisation de cette profession et aux attentes des nouvelles générations. Pour combler ce manque à l’avenir, nous devrions former trois fois plus de médecins.»

«C’est une petite révolution, un chamboulement, avec un nouveau profil de professionnels dans le système de santé», complète Carmen Catalioto Cuche, infirmière aux soins intensifs du CHUV et coprésidente de la section vaudoise de l’ASI. «Ces praticiens auront une place bien spécifique, par exemple en oncologie, en gériatrie ou dans les soins à la communauté. Le mot d’ordre est l’interprofessionnalité.»

Les infirmiers et infirmières seront responsables de leurs actes devant la justice, même s'ils travaillent sur délégation d’un médecin. Le Grand Conseil l’a inscrit dans la loi, sur proposition du médecin et député PLR Philippe Vuillemin. «Nous sommes déjà sous couvert de cette responsabilité, insiste Carmen Catalioto Cuche. Désormais, pour les infirmiers praticiens spécialisés, c’est clairement signifié dans la loi.»

Du bachelor au doctorat

Ce nouveau master prouve aussi que la formation en soins infirmiers a été revalorisée ces dernières années. Elle va désormais du bachelor au doctorat, qui permet de faire de la recherche. En Suisse romande, les infirmiers sont formés en haute école spécialisée (HES) et obtiennent un diplôme de niveau bachelor. Certains continuent avec un master, mais cette fois au niveau universitaire. Les offres sont rares, mais la Faculté de biologie et de médecine en propose déjà pour les «infirmiers cliniciens». «Ceux-ci ont des compétences approfondies pour soigner des populations spécifiques, mais aussi pour accompagner les équipes soignantes et développer la qualité et la sécurité des soins lorsque, par exemple, de nouvelles pratiques émergent», explique Manuela Eicher, professeure associée à la FBM.

Ce n’est pas la première fois qu’une profession de santé voit le jour pour décharger les spécialistes de certaines tâches: les hygiénistes dentaires ont connu le même destin, selon Philippe Eggimann, président de la Société vaudoise de médecine. «Les dentistes passaient auparavant une partie de leur temps à faire du détartrage. Ce geste peut être effectué par un hygiéniste, qui renvoie au médecin en cas de problème médical. C’est le même modèle pour les infirmiers praticiens et nous soutenons cette idée.» (24 heures)

Créé: 28.11.2017, 06h48

Un métier inventé en Amérique du Nord

C’est en Amérique du Nord, d’abord aux États-Unis dans les années 1960, puis au Canada dans les années 1990, que le métier d’infirmier praticien est apparu. «À cette époque, aux États-Unis, on s’est rendu compte des difficultés à obtenir des soins dans des régions qui ressemblaient à des déserts médicaux.

Cela a permis la création de ce métier pour prodiguer des soins extra-muros», explique Lucie Tremblay, présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Aujourd’hui, le Québec compte 74 500 infirmiers, dont 413 praticiens. Le gouvernement en veut 2000 d’ici à 2024.

«Ce système permet aux médecins de se concentrer sur les clientèles plus vulnérables, avec des investigations plus approfondies», ajoute Lucie Tremblay. Pour elle, des études en prouvent l’efficacité financière. «Dans le cadre d’un récent projet pilote dans une maison de retraite, ajoute-t-elle, la présence des praticiens a réduit le nombre de médicaments utilisés et celui des transferts aux services d’urgence.»

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