Le président du Conseil d’Etat se méfie des élites

VaudPierre-Yves Maillard dénonce des élites au profil trop homogène. Un discours qui intervient à un moment où le PS doit lui choisir une colistière.

Pierre-Yves Maillard, conseiller d'Etat socialiste vaudois: «Le procès en populisme, c’est le haut de la société qui se méfie du bas.»

Pierre-Yves Maillard, conseiller d'Etat socialiste vaudois: «Le procès en populisme, c’est le haut de la société qui se méfie du bas.» Image: ODILE MEYLAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Donald Trump et Pierre-Yves Maillard, même combat? Bien qu’il soit ici question de populisme, évitons les raccourcis simplistes. Les deux hommes ont probablement peu de choses en commun. Si ce n’est une certaine défiance envers les élites. Mais où l’Américain y va au tromblon en les traitant d’incapables, le Vaudois apporte une certaine subtilité. Le président du gouvernement cantonal pointe l’uniformisation des castes dirigeantes, qui se couperaient ainsi des «aspirations populaires». Ce propos intervient alors que le Parti socialiste doit se choisir des candidats pour le Conseil d’Etat.

Ce mois, Pierre-Yves Maillard a profité de sa chronique dans Le Matin Dimanche pour entonner «People have the power», de Patti Smith. Il s’appuie sur cette chanson des années 1980 pour dénoncer «les procès en populisme qui font florès»: «C’est le haut de la société qui se méfie du bas, de sa mauvaise éducation», écrit-il. Pour rappel, Le Robert définit le populisme comme un «discours politique qui s’adresse aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants, des élites».

Selon Pierre-Yves Maillard, résister à la concurrence sans règle, préserver l’espace public du fanatisme religieux sont des positions populaires, mais décrites comme populistes. «Ce rejet de certaines des aspirations populaires les plus fortes s’achève par une concrétisation dans le cercle des élus de la démocratie: les ouvriers, les employés y disparaissent, dans l’indifférence», assène le président du Conseil d’Etat.

Elites démocratiquement élues

L’ancienne syndique de Lausanne, la socialiste Yvette Jaggi, ne partage pas cette vision des choses: «Pierre-Yves Maillard retourne ce qu’il appelle le procès en populisme en procès en élitisme. Dans les deux cas, il y a une interprétation autoritaire de la volonté du peuple. Avec cette différence qu’il dénie aux élites politiques la capacité de faire avancer la cause populaire», tranche-t-elle. Avant de rappeler que ces élites sont démocratiquement élues: «Est-ce à dire que le peuple se trompe en les élisant, ou les partis en désignant leurs candidats?»

Pierre-Yves Maillard se défend de tenir un discours anti-élite: «Les gens qui sont élus sont légitimes, je ne veux pas discréditer les élites, tempère-t-il. Mais la tendance va vers une offre de candidats trop homogène. Si nous nous ouvrons à la diversité socio-économique, nous enrichissons la démocratie.» Les socialistes présenteraient un peu trop d’universitaires, un peu trop de Lausannois et un peu trop de gens mariés entre eux. D’ailleurs, PYM attribue le score «assez moyen» de son parti aux dernières élections fédérales à «une liste trop «homogène» du point de vue régional, générationnel et socio-économique.»

Le président va même plus loin dans son analyse. Il estime que l’absence de personnes avec d’autres profils à des hautes fonctions alimente le soupçon que les gens issus des classes populaires n’en sont pas capables. «Ce qui est bien sûr faux, martèle-t-il. Ce qui compte, c’est le courage, la force de caractère et la force de travail. Ce qui ne s’apprend pas forcément dans les facultés.»

«Pierre-Yves Maillard part en guerre contre la gauche bobo. Il ne supporte pas que le PS perde les classes populaires»

Historien, radical, Olivier Meuwly n’est pas surpris par la posture du socialiste: «Pierre-Yves Maillard part en guerre contre la gauche bobo. Il ne supporte pas que le PS perde les classes populaires.» L’intellectuel note aussi que l’on est très vite taxé de «populiste décadent» si l’on critique les élites. «Mais pourquoi les élites seraient-elles inattaquables? D’ailleurs, c’est quoi une élite aujourd’hui? questionne Olivier Meuwly. J’ai plus confiance dans la démocratie directe que dans un gouvernement d’experts.»

Vers un Conseil d'«experts»?

Les Vaudois auront tout loisir d’élire ou non un Conseil d’Etat d’«experts» le printemps prochain. Enfin, à partir du choix fermé que leur proposeront les partis. Pierre-Yves Maillard assure que sa réflexion sur la diversification des élites est mûrie de longue date. Cependant, sa chronique dans Le Matin Dimanche se place dans un contexte où les socialistes doivent choisir une colistière à Nuria Gorrite et à un certain… Pierre-Yves Maillard. Comme ce dernier jouit d’une grande influence sur les camarades, il est tentant de scruter le profil des candidates potentielles.

Du côté des papables, on peut citer les noms de la conseillère nationale et docteur en droit Cesla Amarelle et de la conseillère aux Etats Géraldine Savary, licenciée en sciences politiques, mariée au syndic de Lausanne. Les candidates qui se sont déjà déclarées sont Fabienne Freymond Cantone, députée, municipale à Nyon, diplômée d’HEC, et Roxanne Meyer Keller, députée, syndique d’Avenches, détentrice d’un CFC d’employée de commerce. «Ce n’est pas à moi d’en décider, mais j’aurai droit à une voix, précise Pierre-Yves Maillard. Le profil socio-économique sera un élément du choix, mais cela ne sera pas le seul.»

Créé: 28.10.2016, 08h55

Articles en relation

PS: entre ambitions et calculs électoraux

Candidates socialistes Fabienne Freymond Cantone se lance dans la course au Conseil d’Etat. Florence Germond renonce. Plus...

PYM obtient la dérogation, Roxanne Meyer se déclare

Élections vaudoises Le congrès extraordinaire accorde son laisser-passer à Pierre-Yves Maillard pour un 4e mandat. Roxanne Meyer Keller annonce se mettre à disposition pour le Conseil d’Etat Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.