Le président du Grand Conseil prié de renoncer à sa fonction

PolitiqueLa condamnation pour menaces qualifiées envers son épouse de la part de l’UDC Yves Ravenel entache son rôle de représentation des autorités vaudoises.

Le président du Grand Conseil, Yves Ravenel,
se donne le temps de la réflexion.

Le président du Grand Conseil, Yves Ravenel, se donne le temps de la réflexion. Image: JEAN-BERNARD SIEBER/ARC

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La rentrée parlementaire vaudoise s’est déroulée mardi dans l’agitation. Alors que la séance devait démarrer à 14h, le bureau du Grand Conseil l’a retardée d’une heure et demie, le temps pour Yves Ravenel de rencontrer les groupes politiques afin de s’expliquer sur sa condamnation pour menaces qualifiées dans le cadre de son divorce (lire ci-dessous). Seuls les socialistes et le groupe Ensemble à Gauche et POP n’ont pas désiré entendre le président. Décision a été prise, également, de remettre la direction de la séance qui allait suivre à la première vice-présidente Sonya Butera (PS) par souci de «conduire les débats dans un esprit serein».


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Les explications du président face aux groupes n’ont apparemment pas fait bouger les lignes, dessinées dès le matin. Peu après le début de la séance, la cheffe du groupe socialiste, Valérie Induni, a demandé la parole pour faire une courte déclaration, comme la loi l’y autorise. «Nous avons appris avec beaucoup de surprise entre hier soir et ce matin la condamnation pour menaces qualifiées et tentative de menaces qualifiées de notre président, Yves Ravenel», a-t-elle déclaré.

Incompatibilité

Pour les socialistes, un tel jugement est incompatible avec la fonction de président qui a notamment le pouvoir d’assermenter les députés et les juges. «Le lien de confiance est rompu, a poursuivi l’élue. Si nous avions appris les faits avant son élection à la présidence, il est clair que nous ne lui aurions pas donné nos suffrages pour cette importante fonction.» La cheffe de groupe rappelle que ces événements interviennent alors que le Grand Conseil a voté une loi contre la violence domestique et au moment où la Grève des femmes de 2019 figure encore dans tous les esprits. «Le groupe socialiste demande à Monsieur Ravenel de prendre ses responsabilités et de démissionner de sa fonction de président du Grand Conseil vaudois», a-t-elle solennellement conclu.

Lui emboîtant le pas, le chef du groupe des Verts, Vassilis Venizelos, a lui aussi demandé au président UDC de «tirer les conclusions qui s’imposent quant à son poste». S’inspirant du «combat» mené par le parlement pour mettre sous toit une loi contre la violence domestique, le député répète qu’à ses yeux tout acte de violence est «intolérable» et que l’on ne peut minimiser celui qui incombe au président.

Un cas exceptionnel

Aucune procédure de destitution n’existe dans la loi. Interrogé après la séance, Vassilis Venizelos ne juge pas pour autant qu’il faudrait en imaginer une: «Le cas qui nous occupe aujourd’hui est exceptionnel.» Cette opinion n’est pas unanime à gauche cependant.

Après les déclarations des roses-verts (la gauche radicale avait quant à elle déjà demandé la démission par communiqué le matin), place à la défense. Le chef du groupe agrarien, Philippe Jobin, a pris la parole pour renouveler la confiance de son groupe à son président. Le matin, au téléphone, le député, qui connaît personnellement le président, avait estimé qu’il avait été victime d’un malheureux coup de sang.

Une «décision de politiser» l'affaire

Dans sa déclaration en plénum, Philippe Jobin fustige par ailleurs l’attitude des socialistes et de la gauche dure qui n’ont pas jugé bon de l’entendre. Le député y voit une «décision de politiser» l’affaire: «Or, Yves Ravenel, en retirant son recours, a voulu protéger sa famille d’un lynchage public.» Le principal concerné n’était plus là pour entendre ces propos, puisqu’il s’est absenté une fois les auditions terminées.

En coulisses, Philippe Jobin a admis que son parti, l’UDC, n’était pas encore au clair sur la suite des événements. Il évoque une réunion avec la direction exécutive du parti: «Pour l’instant, Yves Ravenel se donne le temps de la réflexion.»

S’en tenir aux faits

Peu de choses en revanche de la part du plus grand groupe du parlement, le PLR. Après la séance, le chef du parti cantonal, Marc-Olivier Buffat, a tout de même fait quelques commentaires. En tant qu’avocat, dit-il, il s’astreint à s’en tenir aux faits et à en connaître leur provenance: «Yves Ravenel n’entend pas produire l’ordonnance de condamnation pour protéger sa famille, ce que je comprends. Mais à partir de là, c’est à lui de prendre ses responsabilités pour que la présidence du Grand Conseil ne soit pas entachée.»

Si le PLR ne demande pas explicitement la démission d’Yves Ravenel, il exige que l’incendie s’éteigne, ce qui, à vrai dire, revient pratiquement au même. «Une fonction honorifique n’est pas compatible avec ce genre de condamnation», note encore Marc-Olivier Buffat.


Il casse les ampoules de sa future ex-femme

«Menaces qualifiées et tentative de menaces qualifiées» envers son épouse. C’est pour ces motifs qu’Yves Ravenel aurait dû comparaître devant le Tribunal de police de La Côte à Nyon le 23 janvier, lors d’une audience publique. Il aurait pu ainsi contester l’ordonnance de la procureure, Marjorie Moret, rendue en août dernier.

La magistrate l’avait condamné à une peine de 60 jours-amende à 80 francs, avec sursis de 2 ans, ainsi qu’à une amende de 960 francs. Mais lundi, Yves Ravenel a retiré son opposition, alors que le programme des audiences pénales était déjà parvenu à la presse le matin. Cette condamnation est ainsi devenue exécutoire. Face aux questions, le premier citoyen renvoie à son avocat, Alain Thévenaz. Quant à son épouse, victime dans cette affaire, elle n’a pas pu être jointe, pas plus que son avocat. La procureure ne fait quant à elle aucun commentaire.

Séparation en 2014

Les époux Ravenel vivaient dans la villa à une dizaine de mètres de la ferme, à Trélex. À la séparation en 2014, il laisse la villa à sa femme. Lui, il s’installe dans la ferme. La procédure de divorce n’est aujourd’hui toujours pas achevée.

«Madame Ravenel laissait tout le temps allumée une guirlande d’ampoules lumineuses multicolore accrochée devant la villa, rapporte Alain Thévenaz. Monsieur Ravenel lui demandait fréquemment de l’éteindre car cela faisait de la lumière dans son salon à lui. Le soir du 20 janvier 2019, entre 20h et 21h, il faisait nuit et la guirlande était allumée. Il s’est énervé, il a pris un balai et a cassé la dizaine d’ampoules de la guirlande, ainsi qu’une ampoule fixée au-dessus de la porte de la villa. Elle a entendu le bruit et elle est sortie.»

Deux versions s'opposent

Il n’y a pas de témoin de la scène et les deux versions s’opposent sur la suite. «Elle dit qu’il a ensuite lancé le balai dans sa direction, qu’elle l’a évité, mais lui, il dit qu’il a lancé le balai derrière lui et que le balai est retombé dans la cour», détaille l’avocat. La femme dépose une plainte le 27 janvier, une semaine plus tard. Les délits sont poursuivis d’office.

Selon l’avocat, l’événement «regrettable» doit être replacé dans le contexte du conflit général qui divise le couple séparé. Yves Ravenel demandait à sa femme de quitter la villa, estimant cette proximité malsaine à la longue. Fin 2018, il réclame des mesures provisionnelles pour qu’elle s’en aille. Un accord est passé fin février 2019, elle accepte de partir en septembre 2019.

«Une ou deux prises de bec»

L’épouse d’Yves Ravenel a aussi dit lors de l’instruction qu’il avait prononcé une menace de mort à son encontre si elle ne renonçait pas à des prétentions financières en septembre 2016, a révélé «20 minutes». L’avocat d’Yves Ravenel explique que son client admet avoir eu «une ou deux prises de bec, mais pas sous cette forme».

Pourquoi Yves Ravenel a-t-il retiré son opposition seulement hier? «Nous ne savions pas que le tribunal diffuserait son programme le 6 janvier. M.Ravenel était déjà résolu à retirer son opposition. S’il avait voulu cacher cette affaire, il l’aurait retirée bien avant.»

Créé: 07.01.2020, 22h14

Une affaire privée mais gênante

À Trélex, village cosmopolite des hauts de Nyon, une partie des habitants savait qu’il y avait de l’eau dans le gaz entre Yves Ravenel et son épouse et qu’il avait une nouvelle compagne que tout le monde a pu saluer lors de la réception donnée en l’honneur du nouveau président du Grand Conseil, le 3 septembre dernier. «Ce n’était un secret pour personne que ce divorce traînait en longueur et que les relations étaient tendues», lâche Pierre-André Cuvit, ancien garagiste qui tient avec son fils la Boucherie-Tea-Room de la Tour. Reste que la nouvelle de la condamnation du syndic constitue une douche froide après la belle fête qui avait mobilisé toute la région et fait sa fierté.

Au sein de la Municipalité, on était au courant depuis des mois de la situation, qui devenait compliquée depuis que le syndic vivait sur l’exploitation agricole avec sa nouvelle compagne, alors que l’épouse résidait toujours dans la maison familiale qu’ils avaient construite il y a quelques années à côté de celle des parents de M. Ravenel. Les deux villas ne sont séparées que par quelques mètres de jardin et une haie, à côté de la grande stabulation libre située à la sortie du village en direction de Gingins.

«Pété les plombs un soir»

«Il nous a encore répété, lors de la séance de Municipalité de lundi soir, en nous informant tout de suite que l’affaire allait sortir en public, sa version de l’affaire. Qu’il ne voulait pas mettre sa femme dehors, qu’il avait pété les plombs un soir, mais qu’il n’y avait pas eu de violences», explique Pierre Hofmann, le doyen des municipaux. Pour lui, comme pour l’ensemble de ses collègues, il s’agissait d’une affaire privée dont l’Exécutif n’avait pas à se mêler, mais qui pouvait déborder et devenir embarrassante pour la Commune. Ce qui se confirme avec la condamnation et les réactions politiques qu’elle suscite aujourd’hui.

Au domaine, son fils Jérôme, qui assume le gros de l’exploitation agricole depuis qu’Yves Ravenel a gravi les échelons de la politique vaudoise, ne pouvait, mardi après-midi, qu’assister, via la télévision, à la descente aux enfers de son père. «Il m’a appelé depuis Lausanne, en pleurs. Cette séparation de mes parents a déjà détruit la famille, et maintenant, alors qu’on a dû se battre et bosser dur pour faire perdurer le domaine, il risque de perdre toutes ses ambitions politiques», regrette le jeune homme.

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