«Naïve», Fabienne Despot se retrouve sur la sellette

Vaud La présidente de l’UDC Vaud a admis avoir enregistré illégalement une conversation. Elle veut maintenir sa candidature pour les fédérales. Sa position paraît intenable

La présidente de l’UDC Vaud, Fabienne Despot, a tenté de justifier son enregistrement illicite.

La présidente de l’UDC Vaud, Fabienne Despot, a tenté de justifier son enregistrement illicite. Image: JEAN-CHRISTOPHE BOTT/Keystone

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La situation de Fabienne Despot devient de plus en plus compliquée. Hier, la présidente de l’UDC vaudoise a avoué devant les médias qu’elle avait enregistré une séance de la direction du parti en avril 2014, sans en avertir les participants. Elle explique avoir agi par «naïveté» et «maladresse». Dès lors, la présidente souhaite maintenir sa candidature aux élections fédérales de cet automne. «J’ai l’atout d’une femme qui sait faire face à des situations difficiles depuis quinze ans, estime-t-elle. Les Vaudois et mes collègues de parti sont conscients que j’ai agi par naïveté et qu’il n’y avait en aucune manière de la méchanceté dans mon acte.»

Officiellement, le parti la soutient. «A sa majorité, le comité central de l’UDC vaudoise a maintenu Fabienne Despot à son poste de présidente et sur la liste aux élections fédérales lors de sa séance de jeudi dernier», a précisé le vice-président du parti et député Jean-François Thuillard.

«Grave et incompréhensible»

Seulement, chez les ténors du parti, son retrait semble inéluctable. «Je m’attendais à une autre décision de la part de Mme Despot, lâche le conseiller national Guy Parmelin. A mon avis, elle doit assumer son erreur et se retirer. J’espère qu’elle finira par se rendre compte qu’elle va dans une impasse.» Selon lui, le parti a encore juste le temps de convoquer un congrès extraordinaire avant le dépôt des listes électorales le 17 août. «Je n’exclus pas que cela se fasse», note Guy Parmelin.

Le point de non-retour est franchi pour bon nombre de membres de l’UDC vaudoise, à l’instar de l’ancien candidat au Conseil d’Etat, Pierre-Yves Rapaz: «La faute qu’a commise Fabienne Despot est grave et incompréhensible, juge le candidat au Conseil national. J’aurai de la peine désormais à lui faire confiance et à travailler avec elle. Cet acte entraîne un dégât d’image important pour notre parti, qui demande à chaque candidat d’être éthiquement irréprochable. Tout cela va contre ce que prône l’UDC: être strict avec la loi.»

L’affaire tombe au plus mal pour l’UDC, qui se remet difficilement d’une crise interne dont le point culminant a été le départ de son secrétaire général en 2013. D’autant plus mal que Fabienne Despot est l’une des deux candidates du parti pour le Conseil des Etats en octobre et que certains la pressentaient comme candidate au Conseil d’Etat en 2017.

Pour sa défense, la présidente affirme qu’elle ignorait à l’époque qu’enregistrer des gens à leur insu était pénalement répréhensible. Une «naïveté» confondante pour une députée qui siège à la commission de présentation, chargée de préaviser les candidatures aux postes de juges cantonaux. «Le contenu de l’enregistrement est apparemment assez anodin, mais c’est l’acte qui est grave», condamne le conseiller national Jean-Pierre Grin. Les bandes ne relateraient que des discussions de comptoir entre les membres de la direction exécutive du parti. Mais, pour l’instant, seul le secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier, les a entendues. L’élu fédéral de Pomy estime cette affaire «malheureuse» en période d’élection: «Ce n’est pas ainsi que l’UDC vaudoise va gagner un siège supplémentaire au Conseil national.»

Fabienne Despot justifie le recours à cette méthode d’écoute très discutable par la peur de voir ses propos déformés par la suite. Une disposition qui en dit long sur l’ambiance au sein du parti. A l’époque, l’UDC Vaud se déchirait, notamment, avec sa section lausannoise. La présidente a réussi à garder ces bandes secrètes jusqu’à fin juin. Date à laquelle le conseiller communal lausannois Jean-Luc Laurent a menacé de rendre public l’existence et le contenu de cet enregistrement, comme l’a révélé samedi le quotidien La Liberté.

Deux plaintes

Membre du Parti bourgeois-démocratique (PBD), Jean-Luc Laurent a obtenu le fichier audio via l’ex-compagnon de Fabienne Despot, ancien policier reconverti en détective privé. Deux plaintes ont été déposées, ce que confirme le Ministère public: celle de Fabienne Despot à l’égard de son ex-compagnon, et la seconde contre Jean-Luc Laurent, déposée par Michaël Buffat, le chef du groupe UDC au Grand Conseil.

Ce dernier est le colistier de Fabienne Despot pour le Conseil des Etats. Il tient à rester sur la réserve, une enquête étant en cours. «Cette situation va rendre difficile la campagne pour les élections fédérales, commente-t-il. Nous avons besoin d’un retour rapide au vrai débat politique.»

Le parti suisse devra-t-il intervenir pour permettre ce «retour au vrai débat»? «Nous avons confiance dans le fait que l’UDC Vaud règle cette affaire», répond laconiquement la secrétaire générale adjointe du parti national, Silvia Bär. Mais, pour les connaisseurs de la machine UDC, il n’est pas impossible qu’au bout du compte le parti suisse intervienne via les élus fédéraux vaudois pour siffler la fin de la récré. (24 heures)

Créé: 27.07.2015, 22h16

Une année d’intrigue

Décembre 2013 La députée Fabienne Despot est élue présidente de l’UDC vaudoise, alors en pleine crise interne.

Avril 2014 Elle enregistre une conversation entre plusieurs membres de la direction exécutive de l’UDC à leur insu, expliquant vouloir se protéger contre de possibles déformations de ses propos.

Mai 2014 Elle et son compagnon de l’époque se séparent. Ce dernier transmet par la suite l’enregistrement de la discussion à Jean-Luc Laurent, conseiller communal à Lausanne, qui a démissionné de l’UDC en avril 2014.

Janvier 2015 Jean-Luc Laurent fonde la section lausannoise du PBD.

Février-mars PBD et UDC désignent leurs candidats aux fédérales, dont Jean-Luc Laurent et Fabienne Despot.

Autour du 22 juin Jean-Luc Laurent informe par mail Fabienne Despot qu’il possède l’enregistrement. Il veut l’échanger contre un rapport concernant l’ancienne crise à l'UDC.

25 juin
Jean-Luc Laurent en informe les autres membres de la direction de l’UDC.

9 juillet Kevin Grangier, secrétaire général de l’UDC, rencontre Jean-Luc Laurent. Ce dernier dit détenir des documents compromettants sur certains dirigeants UDC, ce qui se révélera faux.

Semaine du 13 juillet Deux plaintes sont déposées: Fabienne Despot attaque son ex-compagnon, tandis que le chef de groupe au Grand Conseil Michaël Buffat attaque Jean-Luc Laurent.

17 juillet Perquisition au domicile de Jean-Luc Laurent.

23 juillet Le comité central du parti maintient Fabienne Despot comme présidente et candidate aux élections.

«Chantage? Non, un échange»

Eclaboussé par cette affaire d’enregistrement illicite, le jeune Parti bourgeois-démocratique vaudois (PBD) se débat dans la crise. Un de ses membres a menacé Fabienne Despot de rendre public cet enregistrement. Il s’agit de Jean-Luc Laurent, conseiller communal à Lausanne, transfuge de l’UDC l’an dernier et fondateur de la section lausannoise du PBD. Le Lausannois voulait que Fabienne Despot lui remette un rapport de l’UDC concernant la crise interne qu’a connue le parti. Plusieurs membres de l'UDC ont déposé une plainte contre lui, l’accusant d’une «tentative de déstabilisation politique» et de «chantage».

Jean-Luc Laurent réfute l’accusation de chantage. «Il s’agissait d’un simple échange, sans malveillance de ma part, se défend-il. Mon but était d’obtenir ce à quoi j’avais droit, et cela n’avait aucun intérêt électoral pour moi. L’UDC a monté cette affaire en épingle.»

Eric Schürch, président du PBD vaudois, est davantage sur la réserve, estimant qu’il s’agit d’une «affaire personnelle». Le comité directeur du PBD a néanmoins décidé d’avancer sa séance de mercredi à ce lundi. «C’est un peu moche, leurs histoires à l’UDC, ajoute Eric Schürch. Je constate qu’ils n’en ont pas encore fini avec leur conflit de personnes.»

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