Prêt à foncer, au prétoire comme au Parlement

PortraitL’avocat-député et nouveau patron du PLR vaudois Marc-Olivier Buffat vise le point d’équilibre, puis passe à l’action.

"Il faut prendre la température de la salle du Grand Conseil, voir ce qu’on va pouvoir dire, jauger le degré de résistance de l’adversaire." Image: PHILIPPE MAEDER

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L’arc pentu de ses sourcils au-dessus de ses yeux rieurs lui confère un air sagace mêlé de bienveillance. Dans la vie, l’avocat et député Marc-Olivier Buffat est en effet un homme généreux, reconnu comme tel, mais gardant sa part de mystère, y compris pour lui-même, comme il dit. Dans son bel appartement lausannois, nous le passons en revue, tout en scrutant le lac.

Loin du prétoire ou du parlement, Marc-Olivier Buffat s’exprime simplement, sans glisser de mots latins ou de formules décoiffantes. Relax dans sa véranda, il raconte son enfance lausannoise des années 1960. Au Collège Druey, à la Pontaise, ses potes sont Suisses, Italiens et Espagnols. «À cette époque, la Pontaise est presque encore un village, raconte-t-il. Le sud de la colline est habité par des familles suisses, le nord, qui penche vers la Borde, par les Italiens et les Espagnols.» Qu’importent les nationalités, les garçons aiment le foot, s’enflamment pour le LS et font des jardins du Comptoir leur terrain de jeu. C’est l’époque pourtant de l’initiative Schwarzenbach (renvoi des étrangers), et les discussions en famille (son père est prof) vont bon train: «Mes parents n’étaient pas engagés en politique, mais on aimait parler des grands sujets.» De cette époque, Marc-Olivier Buffat gardera des contacts avec ses amis italiens. «Ce fut une expérience très positive», dit-il.

Se donner en quelques secondes

Collégien, il fait partie d’un club de natation. Ce sont trois ou quatre entraînements par semaine et des compétitions. «J’étais mince comme un fil», se souvient-il. Mais surtout, seul dans sa ligne, il apprend à donner le meilleur de lui-même dans un temps très ramassé: «Cela m’a rendu service dans mon métier. Plaider le mieux possible seul face aux juges dans un temps donné, c’est la même chose.»

Ce genre de performances, l’avocat-député l’aborde un peu dans le même état d’esprit lorsqu’il est au Grand Conseil: «Il faut prendre la température de la salle, voir ce qu’on va pouvoir dire, jauger le degré de résistance de l’adversaire.» Dans cet exercice oratoire, Marc-Olivier Buffat cherche les mots qui pourront être entendus et trouveront leur impact: «Il faut viser un équilibre parfait.»

Avocat généraliste, il aborde de nombreux domaines du droit (marchés publics, aménagement du territoire, commercial, contrats, responsabilité médicale, etc.). Il a aussi fait du pénal: «Défendre un assassin, c’est le degré suprême de difficulté.» Le moment, précisément, où le balancement des phrases doit être le plus efficace. De la même génération que Marc-Olivier Buffat, le bâtonnier François Roux parle d’un avocat qui a «le souci de régler les problèmes. C’est quelqu’un qui est à l’écoute. Il cherche des solutions concertées.»

Un démarrage laborieux

Autre parallèle, il prend aussi cette posture au Grand Conseil. Marc-Olivier Buffat en est une figure. Chef du groupe PLR jusqu’à peu, président du parti depuis mercredi, il s’est distingué par ses engagements à la tête des commissions sur la réforme scolaire et la loi sur le logement. Grâce à lui, certains compromis ont pu être noués. Les récents travaux sur l’aménagement du territoire lui doivent aussi (et à quelques autres députés) une sortie d’ornière salvatrice. La socialiste Valérie Schwaar est d’ailleurs reconnaissante: «C’est grâce à lui que nous sommes parvenus à écrire la feuille de route (ndlr: marche à suivre pour le compromis entre gauche et droite) et je ne suis pas sûre que d’autres députés PLR auraient fait cet effort.»

Il faut prendre la température de la salle du Grand Conseil, voir ce qu’on va pouvoir dire, jauger le degré de résistance de l’adversaire

Amoureux de la rhétorique, sensible à la langue et facilement volubile, il n’est pourtant pas bavard. Tout en pudeur, il raconte que son démarrage dans la vie d’indépendant n’a pas été aisé: «Je suis parti de zéro pour monter mon étude. J’ai pris tous les mandats qui se présentaient et je me suis beaucoup engagé pour construire un réseau. Il en faut beaucoup pour gagner sa place quand on ne vient pas du beau monde.»

Son travail en politique a commencé, quelques années plus tard, avec la Constituante, où il a été élu aux côtés de 179 autres représentants du peuple vaudois. Marc-Olivier Buffat s’en souvient comme d’un moment plaisant où se nouent des amitiés et des rapports politiques. Il arrête cependant en 2001, avant la fin de l’aventure. Puis il sera élu au Conseil communal de Lausanne, avant d’entrer au Grand Conseil en 2007, comme vient-ensuite.

Un divorce va passer par là, dont il parle peu mais sans amertume. Il en est une cependant qu’il évoque tendrement, c’est sa fille, Delphine, née en 1992. Sa seconde épouse, Sophie Vallotton, revient aussi régulièrement au fil de la conversation.

Marc-Olivier Buffat dit avoir appris au cours de sa vie «la relativité des choses et l’humilité». C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il ne fait pas partie de ceux qui, au sein du PLR, se mettront en avant ces prochaines années pour être candidats au Conseil d’État. «Je suis trop vieux», sourit-il. Au chapitre des grandes choses qu’il n’a pas faites ou pas pu faire, il s’esquive une dernière fois: «Mon regret, c’est que j’aurais aimé approfondir mes connaissances musicales et en particulier pratiquer la guitare électrique. J’avoue ne même pas avoir essayé…» Autrefois placeur à Beaulieu et coutumier des loges où se préparaient un Johnny ou un Leonard Cohen, Marc-Olivier Buffat a gardé, bien enfouie, son âme d’adolescent.

Créé: 20.04.2018, 09h18

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