A la Pride, les handicapés gays ont brisé un tabou

HomosexualitéUn groupe lausannois de handicapés mentaux s’est rendu à la Gay Pride de Fribourg. Leur message n’a pas passé inaperçu.

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Au milieu de la parade, il y avait samedi à Fribourg un petit groupe de Vaudois un peu dépaysés, qui débarquaient pour la première fois dans ce grand rassemblement qu’est une Gay Pride. Mais, tracts à la main, ils étaient bien décidés à se faire voir et à s’affirmer. Sur leur unique banderole, peinturlurée d’un arc-en-ciel, d’un soleil et d’empreintes de mains, on pouvait lire «Alliage», le nom que ces résidents de l’institution Eben-Hézer, accompagnés de membres sympathisants et d’éducateurs, ont donné à leur toute nouvelle association LGBT (lesbien, gay, bisexuel et trans), fondée le 1er juin dernier. La première, en Suisse romande, à soutenir les personnes concernées par l’homosexualité et le handicap mental, en institution comme en société.

Pour l’occasion, Carlos Correvon, excité comme une puce, s’était donné un look d’enfer. C’est que pour ce jeune homme de 27 ans, cette journée revêtait une importance capitale. Car c’est lui, résident depuis huit ans à Eben-Hézer, qui a proposé de créer ce groupe LGBT dans le cadre de projets citoyens lancé au sein de l’institution.

Association ouverte à tous

«Adolescent, je suis bien sorti avec quelques filles au Brésil et ici aussi. Mais ça s’est mal passé. Je savais que j’aimais plutôt les garçons. J’en avais rencontré un, on s’était fait des bisous et passé la soirée ensemble. Comme je sentais que certains me trouvaient bizarre, j’ai pu travailler là-dessus avec les gens d’Eben-Hézer», raconte Carlos. C’est en fréquentant des gens de VoGay, au Flon, qu’il a découvert l’existence de ces groupes LGBT et qu’il s’est dit qu’il fallait en créer un pour que ceux qui sont comme lui puissent en parler, se regrouper et s’accepter comme ils sont. «L’association que nous avons créée, bien que soutenue par Eben-Hézer, en est totalement indépendante et ouverte à tous, homosexuels ou pas», précise Omar Odermatt, veilleur, qui l’a aidé à mettre sur pied l’association.

A côté des drag-queens, des adeptes du fétichisme canin ou des incontournables Sœurs de la perpétuelle indulgence, les petits masques violets du groupe lausannois se fondaient discrètement dans la masse de ce grand cortège de 3000 à 4000 personnes. Précédé par les lesbiennes de Lilith, suivi par les gays de La Poste, les quatre résidents qui avaient fait le voyage ont vécu à double titre le thème de cette Pride romande, «Vivre les différences». Adinah, 25 ans, parle avec clairvoyance de sa bisexualité. «Je m’en suis aperçue car ado, je suis tombée amoureuse d’abord d’une fille, puis d’autres filles et aussi de garçons. Au début, j’entendais dire que c’était inhabituel, alors je n’osais pas le dire. Puis une amie m’a aidée à avoir confiance en moi».

Bientôt un pique-nique dansant

«Il est vrai que les coming out sont peu fréquents dans ce milieu. Certains résidents ressentent des choses, ont de la peine à les vivre, car ils ne comprennent pas forcément de quoi il s’agit. C’est pourquoi les ressources mises en place à l’intérieur de l’institution, où la question était longtemps taboue, les aident. Mais la création d’une association est un sacré bond en avant», note Véronique Nemeth, animatrice au centre de loisirs d’Eben-Hézer.

Sa collègue éducatrice Nicole Guanziroli, également membre d’Alliage, espère stimuler d’autres institutions à les imiter, à travers des actions ouvertes à tous. Comme ce premier pique-nique dansant, que le groupe organise le 4 septembre au parc de Milan.

Créé: 26.06.2016, 14h51

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