Privée de sport-études car elle ne vise pas la Maturité

FormationUne championne de badminton n’a pas accès à une classe spéciale car elle suit l’École de Culture Générale, où la demande est trop faible.

Dounia Pelupessy, ici sous les yeux de son père et entraîneur, Pierre Pelupessy. Le duo cumule les heures d'entrainement dès que la jeune fille a un peu de temps libre mais estime que ce sera bientôt insuffisant pour rivaliser avec les meilleures joueuses européennes.

Dounia Pelupessy, ici sous les yeux de son père et entraîneur, Pierre Pelupessy. Le duo cumule les heures d'entrainement dès que la jeune fille a un peu de temps libre mais estime que ce sera bientôt insuffisant pour rivaliser avec les meilleures joueuses européennes. Image: Vanessa Cardoso

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Dounia Pelupessy craint de ne pas pouvoir décoller. À l’aube de ses 17 ans, cette Lausannoise fait partie de l’élite européenne en badminton. Mais, alors qu’elle arrive «à un âge très important en termes de progression», dixit Pierre Pelupessy, son père et entraîneur, sa situation scolaire pourrait freiner sa carrière. Car la jeune fille, actuellement classée 10e junior européenne en simple et 1re en double, ne peut bénéficier des aménagements d’une filière pour sportifs d’élite. La raison est simple: elle suit l’École de culture générale au Gymnase de Beaulieu, et les demandes n’y sont pas assez nombreuses pour ouvrir une classe spéciale. Le sport-études du Gymnase Auguste Piccard est, lui, réservé à ceux qui suivent l’École de maturité.

«C’est une situation très frustrante. Je parviens à progresser, mais toutes mes concurrentes européennes bénéficient d’aménagements qui finiront par faire la différence, prévoit Dounia Pelupessy. Pour rivaliser, je dois m’entraîner dès que j’ai un moment de libre, que ce soit avant les cours, à midi, en fin de journée ou le week-end. J’ai donc peu de temps pour m’aérer l’esprit et j’accumule de la fatigue physique et mentale.» Ses performances comme son évolution pourraient en pâtir.

«C’est un problème récurrent. Actuellement, il n’y a pas assez d’élèves pour ouvrir une classe spéciale dans cette voie, constate Suzanne Peters, chargée de missions stratégiques à la Direction générale de l’enseignement post­obligatoire (DGEP). En l’état, des outils existent dans les établissements, puisque des aménagements sont possibles concernant les horaires ou les absences. Des solutions individualisées existent donc, en gardant en tête la mission assignée à l’établissement, à savoir conduire l’élève jusqu’à l’obtention d’un titre.»

Sportifs d’élite prétérités?

Ancien joueur professionnel de badminton, Pierre Pelupessy interroge: «Dounia est double championne de Suisse et n’a pas accès au sport-études. Est-ce qu’il est fait pour ceux qui ont une chance de réussir au plus haut niveau ou pour ceux qui ont des facilités à l’école? Dans ces classes spéciales, il y a beaucoup de sportifs qui ont un niveau correct mais pas suffisant pour percer dans leur discipline.»

Au Gymnase de Beaulieu, il n’y a plus de classe pour artistes et sportifs d’élite «depuis au moins dix ans, indique le directeur, Frédéric Détraz. Il faudrait une vingtaine d’élèves et nous ne les avons pas, alors qu’à Auguste Piccard, en École de Maturité, ils ouvrent trois ou quatre classes par volée. Nous avons même tenté des classes hybrides mais ce n’était vraiment pas idéal.»

Les options disponibles en culture générale compliquent encore l’équation, puisqu’elles multiplient les cursus à partir de la 2e année. «Il faut également prendre en compte l’indépendance de l’école de commerce (ndlr: autre formation dispensée à Beaulieu). Les élèves concernés sont placés dans les gymnases qui leur conviennent le mieux et des mesures particulières sont prises en fonction de chaque situation.»

Dounia Pelupessy bénéficie de quelques adaptations lui permettant d’aller s’entraîner dans son club de Malley, elle est notamment dispensée des cours de sport. Pour le reste, elle n’a «pas l’intention de laisser tomber l’école» et fera au mieux pour décrocher un diplôme dans deux ans. Ensuite? Des propositions lui sont parvenues de l’étranger, en France mais aussi aux Pays-Bas où son père a grandi et s’est formé. «Ce pourrait être une option afin de bénéficier d’une meilleure structure.»

S’inspirer de l’étranger

«Il y a une forme de discrimination, puisqu’elle est privée d’aménagements dont elle pourrait bénéficier si elle suivait un autre cursus, juge Robbert de Kock, président de Swiss Badminton. Dans des cas comme celui-là, d’autres pays comme la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas ont des kilomètres d’avance et offrent une éducation quasi individualisée. C’est un système coûteux, mais il faut penser à ce que les succès sportifs suisses rapportent en termes d’image. Or, dans cette configuration, nous ne pourrons jamais rivaliser. C’est toute la question de l’importance accordée au sport dans notre pays.»

Lui-même s’est déplacé au Gymnase de Beaulieu pour tenter de trouver une solution, afin de «ne pas gâcher l’un des plus grands talents suisses». Il précise qu’il existe des structures en Suisse alémanique, mais que la barrière de la langue rend l’option délicate. La famille Pelupessy a aussi discuté avec le Centre Sport-Études Lausanne (CSEL), à la Pontaise, mais «ce n’est pas adapté. Elle a déjà son propre encadrement et a juste besoin d’allégements d’horaires», explique son père.

«Nous ne sommes ni le hockey ni le foot, nous n’avons pas un réservoir d’athlètes suffisant pour créer des écoles ou des centres de formation spécifiques. Tous les petits sports sont confrontés à ce genre de problème. Swiss Olympic en est conscient et discute avec le monde politique, mais il ne faut pas espérer une solution à court terme», regrette Robbert de Kock.

Créé: 15.07.2019, 17h40

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