Un prof harceleur ne veut pas être dénoncé à l’Etat de Vaud

JusticePoursuivi par la justice pour «stalking» dans sa vie privée, un enseignant refuse que son cas soit signalé à la direction des écoles.

Le Tribunal cantonal estime qu'un prof poursuivi pour du harcèlement extrême hors de ses activités en classe doit être signalé à son employeur, l'Etat de Vaud. Il s'y oppose.

Le Tribunal cantonal estime qu'un prof poursuivi pour du harcèlement extrême hors de ses activités en classe doit être signalé à son employeur, l'Etat de Vaud. Il s'y oppose. Image: Patrick Martin

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Faut-il dénoncer des employés de l’État à leur employeur lorsqu’ils ont des fonctions d’ordre public et qu’ils sont poursuivis par la justice? Après le cas relaté en décembre dernier par «24 heures» d’un infirmier vaudois accusé d’avoir commis des actes sexuels sur un patient, voici que l’affaire d’un enseignant qui a harcelé une femme de façon extrême apparaît dans les jugements publiés par le Tribunal cantonal. La justice veut signaler son cas au Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Il s’y oppose.

La Chambre des recours pénale lui a donné tort. Le DFJC n’est officiellement toujours pas au courant malgré – c’est un paradoxe – le verdict anonymisé rendu public: «La raison peut être, par exemple, un recours au Tribunal fédéral avec effet suspensif», relève l’État. Le prévenu n’a pas autorisé son avocat à s’exprimer dans les médias.

«Vie privée bafouée»

Le soignant, lui, avait agi dans un hôpital. La situation du prof est différente selon le jugement. L’enseignant estime qu’«il n’y a eu aucun mélange des genres et que la relation avec la plaignante (née en 1992 et lui en 1975) n’est en rien comparable avec une relation professeur-élève». Selon lui, il n’y a donc aucun intérêt public à la communication de sa situation à son employeur: «Celle-ci violerait au surplus mon droit au respect de la vie privée», relève-t-il.

D’après la justice, le harcèlement dont le maître d’école est accusé est assimilable à du stalking. Il s’agit d’un harcèlement obsessionnel, qui entrave la liberté de la victime, «comparable dans ses effets à ceux de la violence ou de la menace». Le Tribunal fédéral a défini le stalking: «Il peut résider dans des cas où l’auteur recherche la proximité, l’affection ou l’attention d’une personne, il peut durer de nombreux mois et engendrer pour la victime des troubles psychiques.»

La victime de l’enseignant vaudois avait été claire: «Mais bordel, je n’ai jamais eu le début d’un sentiment amoureux à ton égard! JAMAIS! Laisse-moi tranquille et ne m’écris plus JAMAIS. JAMAIS. Ne réponds pas, je ne veux pas te lire», lui a-t-elle entre autres fait savoir. Or, pendant neuf mois, le prévenu a continué à envoyer des messages.

Situation «insupportable»

Bien plus: il s’est rendu sur le lieu de travail de la victime en octobre 2018 après avoir trouvé son adresse professionnelle sur internet; il est devenu membre d’une association humanitaire pour se rapprocher d’elle; il a créé des adresses e-mail et des profils Facebook sous d’autres identités; il s’est encore adressé au père de la jeune femme pour demander sa main. Il a persisté à écrire même après avoir promis au Ministère public de s’arrêter. La plaignante a décrit une situation «insupportable», qui a provoqué des crises d’angoisse, l’a amenée à prendre des antidépresseurs et l’a perturbée jusque dans sa vie professionnelle.

Le harcèlement est impressionnant mais ne concerne pas la vie d’une classe d’école. Pourquoi dès lors le Ministère public a-t-souhaité une communication au DFJC? «Les écrits et le comportement du prévenu comme sa perception de la situation peuvent faire naître des doutes sur sa capacité à enseigner», explique le procureur général, Éric Cottier. En effet, ajoute-t-il, «l’intéressé paraît vivre sa flamme amoureuse d’une manière obsessionnelle et si intense qu’elle le conduit à des actes desquels le sens des réalités semble totalement absent». Pour le magistrat, une telle obsession peut influencer les relations du prévenu et de ses élèves: «L’État a des responsabilités envers ceux-ci, dont la personnalité en développement présente notoirement une certaine fragilité.»

Appréciation contestée

L’enseignant conteste une telle appréciation «pseudo-médicale». La justice, elle, se base sur des dispositions légales permettant de déroger au principe du secret de l’enquête en présence d’un intérêt public prépondérant: «L’infraction de stalking peut être symptomatique de traits de caractère que l’autorité d’engagement devrait connaître.»

Le DFJC attend la suite. Que peut-il faire, d’une manière générale, s’il est informé? «Il procède à la même analyse que celle du procureur confronté au choix de transmettre ou non l’information au DFJC. Du point de vue de l’intérêt public, il y a en effet lieu de déterminer si le comportement incriminé est compatible ou non avec l’activité professionnelle», explique le porte-parole, Julien Schekter. «En fonction de cette analyse de la situation, des mesures peuvent être prises, allant du rappel à l’ordre jusqu’à l’avertissement, voire le licenciement», ajoute-t-il.?

Créé: 17.01.2020, 19h36

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