«On profite de l’engouement un peu irrationnel pour l’espace»

EPFLAstrocast, dont les satellites de télécommunication visent à desservir les zones non couvertes par les réseaux terrestres, poursuit son développement.

De la taille d'une boîte à chaussures, le satellite d'Astrocast pèse 5 kilos.

De la taille d'une boîte à chaussures, le satellite d'Astrocast pèse 5 kilos. Image: Astrocast

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Astrocast, start-up de l’EPFL active dans le spatial, vit une période particulièrement faste. Après le lancement d’un premier nanosatellite de la taille d’une boîte à chaussures début décembre, l’entreprise est en passe d’en envoyer beaucoup d’autres dans l’espace. L’entreprise, qui profite à fond du New Space, du nom de l’explosion d’initiatives spatiales privées, prévoit d’envoyer une soixantaine d’engins pour créer une toile de minisatellites qui quadrillent la Terre à 600 km du sol d’ici à 2022. Le but: fournir un système de télécommunication par satellites permettant de pallier l’absence de réseaux terrestres pour la connexion d’objets et de capteurs qui transmettent des données par le Net. Un projet pour lequel les clients ne manquent pas, se réjouit Fabien Jordan, CEO d’Astrocast. Interview.

Vous avez lancé votre premier satellite en décembre. Comment se porte-t-il?
Très bien! Concevoir un système sur Terre et voir qu’il fonctionne dans l’espace est un sentiment exceptionnel. Nous sommes entrés dans une phase critique où l’on teste tous les sous-systèmes. Les antennes et les panneaux solaires se sont déployés et on produit de l’énergie. En ce moment, nous sommes en train d’enclencher l’appareil principal de communication. Cela permet à nos clients pilotes de tester la communication entre la Terre et l’espace.

Ces clients, qui sont-ils? Sont-ils faciles à démarcher?
La demande est là. Nos clients pilotes, nous ne les avons pas démarchés, ils nous ont trouvés. Il y a des ONG responsables d’infrastructures de traitement de l’eau, comme la Croix-Rouge. Mais l’essentiel de notre marché concerne le maritime: des bouées de pêche connectées au traçage de containers en passant par des gilets de sauvetage pourvus d’un bouton de détresse qui permet d’envoyer sa position.

Quelles sont les prochaines étapes de votre aventure?
Un deuxième satellite est lancé le mois prochain, en Inde. Suivront cinq satellites en septembre puis cinq autres début 2020. Dans la foulée, dix seront mis en orbite par Vega, un petit lanceur de la famille Ariane Espace. Avec ces lancements, nous aurons couvert trois plans orbitaux sur huit. Pour les cinq restants, il y a plusieurs options. Orbex, société anglaise qui devrait envoyer dix de nos satellites, en est une. En tant qu’opérateur européen, disposer d’un lanceur sur le Vieux-Continent serait une bonne chose, pour nos finances et d’un point de vue logistique.

Est-ce à dire que vous ne volerez plus avec SpaceX?
Nous revolerons avec SpaceX, c’est une quasi-certitude. Nos satellites, qui ont une durée de vie de trois à cinq ans, devront être régulièrement remplacés. Toutes les solutions doivent donc être considérées. Et il y en a beaucoup! Il n’y a jamais eu autant d’investissements privés dans les lanceurs, c’en est presque affolant. On profite d’un engouement un peu irrationnel pour l’espace. Certains de ces acteurs vont avoir du succès, à nous de choisir les bons.

«Nous revolerons avec SpaceX, c’est une quasi-certitude»

À quoi tient cet engouement?
Le spatial a toujours fait rêver. Mais SpaceX a montré qu’on pouvait tutoyer les étoiles avec des fonds privés. Avec ses prix abordables (ndlr: le lancement du satellite de 5 kg est facturé 250'000 dollars), SpaceX a «disrupté» le marché. Plusieurs acteurs se sont engouffrés dans la brèche. Tout ça permet de générer des nouveaux business en matière de télécommunication, comme le nôtre. D’autres, qui visent la Lune ou des astéroïdes, arrivent avec des idées folles. Les perspectives sont infinies.

Vous étiez présents à la grand-messe de la Tech, le CES de Las Vegas. Qu’en avez-vous retiré?
Participer au CES n’est pas une décision évidente tant l’investissement est conséquent. Nous y avons consenti pour gagner en visibilité. Avec des parutions médiatiques dans «Forbes» ou encore dans «Fortune», le pari a été gagnant. Être l’un des seuls représentants du New Space a également constitué un bel avantage. Nous avons attiré l’attention et trouvé des clients potentiels et de nouveaux investisseurs.

De quoi boucler votre dernier tour de table?
Nous cherchons à lever environ 20 millions. Ce n’est pas clos, il y a encore du travail. Mais plus que des fonds, le plus important est de trouver de bons investisseurs: des gens qui connaissent le domaine du spatial ou de l’internet des objets, voire idéalement les deux. On est en relation avec des fonds qui pourraient assumer ce rôle, mais nous nous donnons le temps de bien les choisir tant cette donne est capitale pour notre développement.

Créé: 13.02.2019, 07h37

Fabien Jordan, CEO d’Astrocast.

Articles en relation

Un satellite suisse enfin mis en orbite par SpaceX

EPFL Le lancement du premier satellite de la start-up Astrocast, plusieurs fois été reporté, a finalement eu lieu lundi soir Plus...

Un satellite suisse sera envoyé dans l’espace dans une fusée de SpaceX

Innovation La start-up de l’EPFL Astrocast a décroché un billet pour l’espace: l’un de ses satellites sera envoyé en orbite grâce à une fusée d’Elon Musk. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.