Les profs apprennent à dire stop au harcèlement

ÉcoleBêtes noires de l’école, les violences entre élèves sont dans le viseur des enseignants. Mais comment bien s’y prendre?

Face aux intimidations entre élèves, les enseignants sont invités à ne rien laisser passer. Même si c'est pour simplement couper court à un comportement inadéquat.

Face aux intimidations entre élèves, les enseignants sont invités à ne rien laisser passer. Même si c'est pour simplement couper court à un comportement inadéquat. Image: AFP

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«Nous, enseignants, sommes sensibles aux souffrances de nos élèves. Nous avons envie de les aider et de bien réagir. Cette formation m’a tout de suite interpellé», témoigne Jeff Gosselin, enseignant au collège de Villamont à Lausanne. Le prof de sport enthousiaste fait partie de cette communauté éducative décidée à affronter le harcèlement entre élèves, fléau dans le collimateur de l’école vaudoise. Avec quelque 150 de ses collègues des quatre coins du canton, Jeff a consacré dernièrement un mercredi après-midi à une formation dédiée (lire encadré).

Dans l’aula du collège de l’Élysée, cette masse de professionnels se révèle avide de s’équiper pour affronter ces agressions vieilles comme le monde mais désormais reconnues par tous comme intolérables. Les questions bruissent dans les rangs: comment identifier une situation d’intimidation? Comment réagir de manière adéquate aux milliers de formes, visibles ou invisibles, que peut prendre le harcèlement en milieu scolaire? Comment être sûr de ne pas se tromper en traitant un cas difficile?

Réagir en trois secondes

Sur l’estrade, trois spécialistes tentent d’amener quelques clés, des propositions tantôt très théoriques tantôt très pratiques. Ainsi du mode d’intervention concret prôné par Caroline Dayer, experte en prévention des violences et des discriminations. «Souvent, quand des enseignants se trouvent confrontés à ces problèmes, comme la très fréquente injure, ils me disent: «Comment faire pour m’en occuper? Je n’ai pas le temps!» Alors que dire simplement: «Stop!» cela ne prend qu’une seconde!» Soupir de soulagement dans l’assistance. La recette est simple, ferme, et réaffirme que l’enseignant n’abdique pas: «Avec ce seul mot, vous délivrez trois messages: à l’auteur que ce n’est pas admissible, à la cible que ce qu’elle subit n’est pas juste et aux témoins que si cela leur arrive, on s’en occupera.»

Et de compléter le conseil: «La deuxième seconde, vous pouvez ajouter: «Comme vous le savez bien.» Ce faisant, vous faites référence à des valeurs éducatives, quelque chose qui a été abordé en amont, par exemple au moment d’instaurer les règles de la classe. Du coup, ce n’est plus vous qui parlez, mais l’institution.» Resoupir et resoulagement dans l’audience avant la troisième salve: «Vous pouvez encore ajouter en troisième seconde: «On en reparlera.» On exprime ainsi à la cible que l’on va s’occuper de ça, que sa souffrance va être prise en considération, qu’elle n’est pas seule et impuissante face à ce qu’elle subit.»

«Aucun modèle d’éducation ne gère efficacement la violence par des réponses individuelles. La solution est collective ou elle n’est pas!»

Les charismatiques formateurs de l’après-midi délivrent aussi un message plus large: réagir aux violences fait partie de la posture éducative de l’école. Patrick Bonvin, professeur à la Haute École pédagogique: «Aucun modèle d’éducation ne gère efficacement la violence par des réponses individuelles. La solution est collective ou elle n’est pas!» En clair, agir sur le climat d’établissement, notamment en travaillant sur l’équité et l’acceptation des différences, est indispensable. Lutter contre les cas particuliers se révèle plus aisé dans un collège où les adultes œuvrent avec une même conviction sur de mêmes valeurs.

Quid du «cyberharcèlement», dont l’aspect virtuel et la propagation à l’espace privé peuvent donner le sentiment qu’il est ingérable? «Il n’y a pas de cyberharcèlement sans harcèlement réel, martèlent les spécialistes. Traiter celui-ci résoudra le problème virtuel.»

Groupe de référence

Ces débuts de réponses, ces avancées sur un chemin entamé il y a plusieurs mois voire années, c’est ce qu’étaient venus chercher les participants. À la pause, la cour fourmille d’échanges, de commentaires, de propositions. «Nous avons mis en place une politique contre le harcèlement entre élèves en 2015 et créé un groupe de référence, raconte Valérie Boden, directrice de l’établissement de Corsier-sur-Vevey. La formation continue nous permet d’approfondir et nous conforte dans l’idée que l’on ne fait pas tout faux!» «C’est un travail qui nécessite d’être constamment remis à jour», renchérit son doyen, Alexandre Jaccoud. «Je suis venu puiser des idées sur lesquelles travailler avec mon équipe», explique pour sa part Sven Revaz, animateur de santé dans l’établissement du Jorat.

Deux collègues de Coppet expriment leur sentiment d’être «en route»: «Cette formation nous permet de nous souvenir que nous ne sommes pas impuissantes quand ces situations se produisent. Petit à petit on comprend que des outils existent pour en venir à bout.»

Créé: 06.05.2018, 16h26

Formations multipliées

Pour équiper la communauté éducative face au harcèlement entre élèves, l’école vaudoise travaille en parallèle sur plusieurs fronts. En plus de la formation de base qui sensibilise à ces questions, des journées pédagogiques sont consacrées chaque année au sujet, tout comme des cycles de conférences. Des équipes se forment progressivement à la méthode de la préoccupation partagée, la stratégie choisie par l’école vaudoise afin de désamorcer les situations de crise. Un mode d’intervention basé sur des échanges non blâmants avec tous les protagonistes d’une situation (intimidateur(s), cible, témoins). «C’est comme un oignon, il faut y aller par couche, sourit Olivier Duperrex, médecin responsable pour la santé scolaire du canton de Vaud. Au fil de ces formations chacun va glaner des éléments par petites touches et bouger progressivement sa façon de faire avec la classe.»

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