Un projet pilote promeut chez les jeunes le respect dans la relation amoureuse

Violence domestique Au vu des résultats «prometteurs» de l’expérience menée depuis dix-huit mois, le Canton souhaite la pérenniser.

Image: Ole Graf/Corbis

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La violence est souvent banalisée dans les relations amoureuses chez les adolescents. Et plus ils sont jeunes, moins ils sont conscients d’être victimes d’abus. La relation exclusive et possessive, la jalousie sont souvent considérées comme des preuves d’amour chez les ados.

Une étude publiée en 2011 a montré qu’en Suisse, sur 6750 jeunes de 9e année, «62% des filles et 29% des garçons ont déjà été victimes d’un acte de violence sexuelle, pouvant aller du harcèlement sexuel, verbal ou écrit, jusqu’à la tentative de viol ou au viol consommé». Et les auteurs de ces actes sont dans 40% des cas le petit ami ou l’ancien flirt.

Pour modifier les comportements et éviter qu’ils ne perdurent à l’âge adulte, le Canton met un accent particulier dans la prévention de la violence domestique auprès des jeunes. «Les ados sont particulièrement réceptifs à des modèles et à des modèles de relations positifs», affirme la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro.

Programme américain
Depuis dix-huit mois, à la demande du Bureau de l’égalité entre femmes et hommes (BEFH), la Fondation Charlotte Olivier mène un projet pilote pour adapter et généraliser le programme «Sortir ensemble et se respecter» auprès des adolescents. Ce programme, mis à la sauce romande à partir de l’original américain (Safe dates), est à disposition des spécialistes depuis 2002, mais il a peu été utilisé et son impact n’a pas été évalué. C’est l’objectif du projet pilote mené par le Canton de Vaud auprès d’une dizaine d’institutions (écoles, foyers, centres de loisirs).

Ce programme est destiné à des petits groupes d’adolescents, filles et garçons, de 13 à 18 ans et porte sur neuf séances basées sur des scènes de la vie quotidienne et des jeux de rôle. Menées par une paire d’intervenants, homme et femme, ces séances sont centrées sur le respect de soi et des autres, les représentations du rôle des hommes et des femmes, la définition des abus, les stratégies de communication et de gestion de la colère. «Ces scénarios permettent de faire interagir et discuter les jeunes. Et de se demander à quel moment la situation est-elle devenue problématique, à quel moment y a-t-il eu un abus, comment éviter cette situation, quelles autres stratégies existent?» explique Magaly Hanselmann, déléguée à l’Egalité. La fondation se charge entre autres de la formation des intervenants.

Bilan «prometteur»
A mi-parcours, le BEFH et la fondation tirent un bilan positif et «prometteur» de l’expérience pilote. A ce jour, une septantaine de jeunes de six institutions y ont participé.

«Ce n’est pas souvent que nous avons autant d’institutions qui veulent s’engager dans une campagne de prévention. Les professionnels nous disent tous que ce programme tombe à pic et qu’il répond exactement aux problèmes qu’ils rencontrent chez les jeunes. Et ils sont nombreux à vouloir se former», explique Marie-Claude Hofner, médecin associée à l’Unité de médecine des violences du CHUV et présidente de la Fondation Charlotte Olivier.

Un jeune homme de la Fondation du Repuis à Grandson dit avoir découvert «qu’il y avait des méthodes plutôt simples pour ne pas entrer dans un conflit, ne pas en venir aux mains ou se mettre à crier».

Après avoir été adapté au terme de la phase pilote, ce programme devrait se généraliser auprès des adolescents vaudois. Charlotte Olivier plaide pour qu’il le soit au travers des écoles. «On y fait beaucoup de prévention des dépendances, de la consommation d’alcool ou de drogue, ou de l’obésité. Mais l’alcool, la drogue, l’obésité, l’anorexie sont étroitement en lien avec le respect, le respect de soi-même. Cette éducation au respect de soi et de l’autre, aux soins à mettre aux relations, permet d’agir sur les autres problèmes. Pourquoi boit-on ou passe-t-on son après-midi à manger des chips devant la télévision? Parce qu’on n’est pas équipé à gérer sa frustration et sa colère.»

Essaimer en Suisse
D’autres Cantons suivent avec attention l’évaluation vaudoise, notamment le Canton de Zurich qui envisage de traduire le programme: «Quel privilège!» sourit la ministre. «Il faudrait qu’il devienne viral et se propage le plus possible», conclut Marie-Claude Hofner.

Créé: 24.11.2014, 21h30

Les auteurs de violence devront quitter la maison

«La violence domestique est un fléau. Dans le canton, trois homicides sur quatre relèvent de cette violence domestique», souligne Jacqueline de Quattro.

Outre cette campagne de prévention chez les jeunes, le Canton entend élargir et renforcer son plan d’action. «Nous voulons davantage l’axer sur les auteurs de cette violence pour éviter la récidive, explique la conseillère d'Etat. Cela passera notamment par un nouvel adage: «Celui qui frappe part.» «Cela permet d’avoir un message extrêmement clair», souligne Magaly Hanselmann, déléguée à l’Egalité.
En clair, c’est l’auteur de la violence qui devra quitter le domicile lorsque la police interviendra. «La plupart du temps dans le canton, ce sont les femmes qui s’en vont, avec leurs enfants sous le bras et quelques affaires, parce que c’est plus simple pour la police: l’homme est en colère et dans le déni. Et quand elles reviennent, elles subissent un règlement de comptes, et cela recommence. Ce n’est plus admissible. Nous aimerions inverser cette tendance», déclare la Jacqueline De Quattro.

Dans le canton de Zurich, ce changement de paradigme au sein de la police, autorisé par le Code civil depuis 2007, a entraîné l’expulsion des auteurs de la violence dans plus de la moitié des cas.

Une fois expulsés, les auteurs devront se rendre à un entretien obligatoire. «Nous voulons qu’ils prennent conscience qu’ils ont besoin d’aide et sortent du déni», souligne-t-elle.

Jacqueline de Quattro entend soumettre des mesures concrètes dans ce sens au Conseil d’Etat en début d’année prochaine.

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