Le promoteur des vins vaudois joue entre le yoga et le contrôle

Benjamin GehrigLe nouveau responsable de l’OVV prépare avec minutie les Caves ouvertes. Mais il ne perd jamais son entrain communicatif.

«On a de vrais vins d’artisan qui ont leur identité, qui sont authentiques, pas de ces vins de communi­cation, maquillés pour faire joli. C’est notre force.»

«On a de vrais vins d’artisan qui ont leur identité, qui sont authentiques, pas de ces vins de communi­cation, maquillés pour faire joli. C’est notre force.» Image: Florian Cella

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Quand il nous donne rendez-vous à la belle œnothèque Les 11 Terres, à Epesses, il arrive tout sourire. Mais aussi tout organisé. Il a déjà noté dans le petit cahier qui ne le quitte jamais les dates importantes de son jeune parcours en prévision de la bio que le journaliste va rédiger. Le nouveau directeur de l’Office des vins vaudois (OVV) a l’optimisme pour séduction et la précision pour conviction. L’enfant de La Côte – plus grande région viticole du canton – sait se faire apprécier dans les huit appellations d’origine contrôlée vaudoises.

On l’a parfois vu comme l’âme damnée de Pierre Keller, celui-là même qui l’avait engagé à l’ECAL dont il était directeur, avant de le persuader de le suivre dans cette OVV dont il était devenu président. Le nouveau directeur s’en amuse: «C’est vrai qu’il nous a parfois cassé les pieds avec son insistance. Je dois avoir un côté maso. Mais il a des idées phénoménales. Et, surtout, il a cette faculté de simplifier à l’extrême le message ou le projet pour le rendre totalement compréhensible.» De toute façon, l’histrion de Saint-Saphorin terminera son mandat à la fin de l’année et Benjamin Gehrig aura droit à un nouveau président, Michel Rochat, directeur de… l’École hôtelière de Lausanne (EHL), où le jeune homme a fait ses études. La boucle est bouclée pour ce garçon fidèle.

«J’arrivais au bout d’un cycle à l’OVV. Si je n’avais pas été choisi pour la direction, je serais sans doute parti voir ailleurs. Non par dépit mais pour ne pas tomber dans la routine.» La routine, ce pourrait être ces Caves ouvertes (19-20 mai) qu’il gère depuis six ans. Mais la plus grosse manifestation de l’office est tellement compliquée à organiser qu’on ne s’y ennuie jamais. «Quand on a commencé avec Nicolas Joss, mon prédécesseur, il y avait tout à faire. On venait de déménager du Centre patronal à Prométerre, on n’avait aucun fichier, pas de papier à lettres. On bossait avec des bouts de ficelle, dans une ambiance start-up. En plus, on travaille avec une armée de milice, les régions, qui est pleine de bonne volonté. Mais c’est parfois compliqué à coordonner.» Le trentenaire s’avoue «monomaniaque des fois, assez perfectionniste».

Apprendre à encaisser

Son ancien directeur confirme: «Benjamin est un gros bosseur, assez discret, très structuré. Il a dû apprendre à sortir des sentiers battus. Mais il sait écouter les autres sans renoncer à ses convictions, sans lâcher son os.» Le nouveau patron est conscient des défis qui s’annoncent. L’Office des vins vaudois doit s’adapter à un monde qui change mais le milieu des vignerons ne partage pas une vision unique sur la mission de l’office de promotion. «En plus, c’est le poste qui doit faire face aux critiques, rappelle Nicolas Joss. Benjamin doit pouvoir encaisser.»

«Je dois apprendre à survivre, admet l’intéressé avec cette fausse candeur dont il joue fort bien. Et savoir déléguer, devenir hyperefficace, développer mon rôle et donner à l’OVV les outils de notre temps.» Une modernisation qui ne fera – forcément – jamais l’unanimité dans un monde viticole disparate, entre conservateurs et modernistes, ou entre petits encaveurs et grosses structures. Pour cet éternel optimiste, qui n’était pas très scolaire dans sa jeunesse avant l’EHL, le positif va arriver. «Mon gentil frère devra se montrer ferme, explique son cadet Fabien. Mais il apprend vite. Il fait les choses très bien et il est très organisé, peut-être à cause de notre mère allemande, elle-même très structurée. Je lui conseille régulièrement de laisser plus de place à l’improvisation, de laisser les choses se développer.»

L’intéressé l’admet, en rit même, avec son humour pince-sans-rire. «Il aime jouer au crédule, mais dans le fond il est très deuxième degré», s’amuse Nicolas Joss. «Je ne tire jamais la gueule et c’est vrai que mon sourire est une de mes qualités, je sais être charmeur et agréable. Mais attention, il m’arrive aussi parfois de me mettre en colère.» Sa sérénité, il la trouve aussi par la pratique du yoga, qui lui offre des moments où s’occuper de lui. Il en a bien besoin, à l’heure de s’attaquer à «un gros morceau».

Dans ses axes de développement, le numérique trône en bonne place, lui qui avait déjà organisé un Vinocamp digital à Lausanne. «Le consommateur d’aujourd’hui n’achète pas beaucoup sur Internet. Par contre, il s’y renseigne énormément, cela doit être un de nos vecteurs de communication importants.» Il a d’ailleurs été la cheville ouvrière du nouveau site Internet de l’OVV. «Je me forme beaucoup, sur les réseaux sociaux, sur la publicité digitale, etc.»

Maître en cuisine

L’amateur éclairé de musique électronique sort beaucoup moins qu’avant, apprécie le calme, se baigne dans le lac qu’il adore, fait du catamaran en vacances et lit. «Je suis en train de dévorer «Sapiens», de Yuval Noah Harari. Et je me réjouis du nouveau Dicker.» C’est lui qui fait à manger à la maison, avec un penchant pour la cuisine asiatique. C’est d’ailleurs en Asie, à Shanghai, qu’il a rencontré son responsable média actuel, Alexandre Centeleghe, lors d’un de ces voyages qui ont fait causer dans les caves. «Mais on va aussi aller à la Basler Weinmesse, comme on va faire des master class de chasselas à la Wiler Weinstrasse (SG). On a un panel d’activités très large.»

Surtout, il aime le produit qu’il défend. «Nous avons de vrais vins d’artisan qui ont leur identité, qui sont authentiques, pas de ces vins de communication, maquillés pour faire joli. C’est notre force. En plus, c’est un secteur important de l’économie vaudoise, les gens ici comprennent de quoi il s’agit.» Un jour ou l’autre, il ira voir ailleurs, peut-être dans une structure plus importante, avec davantage de possibilités de développement. En même temps, celui qui a toujours travaillé dans de petites équipes le dit: il aime ça.

(24 heures)

Créé: 30.04.2018, 10h02

Bio

1984
Naît à Morges et grandit à Tolochenaz.
2005
Commence l’École hôtelière de Lausanne, section francophone, conclue par son diplôme en 2009.
2009
Premier emploi au Standard Hotel de New York, urbain et branché.
2010
Revient en Suisse retrouver son amie Caroline, elle aussi sortie de l’EHL et qui travaille au CIO.
2012
Engagé à l’Office des vins vaudois par Pierre Keller, comme chargé de projet.
2015
Épouse Caroline au Château Le Rosey, à Bursins, le 26 septembre.
2018
Devient directeur de l’OVV.

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