Le PS tient à garder son mâle au Conseil d’Etat

Elections 2017La gauche compte sur Pierre-Yves Maillard pour conserver sa majorité en 2017. Celui-ci devra demander une dérogation. Anne-Catherine Lyon aussi, mais elle a moins de soutien.

Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard en sont à leur troisième législature.

Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard en sont à leur troisième législature. Image: Philippe Maeder

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Au Parti socialiste, il est mal vu de s’accrocher au pouvoir. Mais il existe toujours des exceptions. A une année des élections cantonales, les spéculations sur l’avenir des conseillers d’Etat Pierre-Yves Mail­lard et Anne-Catherine Lyon vont bon train. Seront-ils candidats en 2017? Les intéressés n’ont pas encore fait part publiquement de leurs intentions. Pourtant, à la lecture des statuts du parti cantonal, la question ne se pose pas. Ils sont tous les deux concernés par la clause qui limite à trois le nombre de mandats, comme l’a rappelé Le Temps vendredi.

La cheffe du Département de la formation aura siégé pendant quinze ans au gouvernement. Arrivé au cours de la législature 2002-2007, le cas de Pierre-Yves Maillard est plus ubuesque. Pour un petit mois, il est également inéligible, selon les règles de son parti.

Maillard reste, Lyon pas…

Evidemment, l’histoire ne s’arrête pas là. Le PSV a prévu des dérogations pour contourner ses propres statuts. Une disposition bien pratique, puisque la stratégie privilégiée se résume ainsi: Maillard reste, Lyon pas. «Ce serait mal vu si une locomotive électorale comme Pierre-Yves ne se représentait pas, note un député socialiste. Après, il est possible qu’Anne-Catherine obtienne aussi une dérogation, mais ce serait un peu perçu comme un hold-up.»

La base ne fera peut-être pas exactement la même analyse que les huiles du parti. Tout devrait se jouer lors du congrès de juin. Si Anne-Catherine Lyon veut tenter sa chance, elle devra recueillir la majorité qualifiée des deux tiers. «Parce que ces dérogations doivent rester exceptionnelles», souligne un ancien membre de l’équipe dirigeante. Les candidatures pour le Conseil d’Etat à proprement parler devraient être traitées cet automne.

Eviter une stratégie «désastreuse»

La gauche n’est clairement pas assurée de garder la majorité au gouvernement en 2017. «Il va falloir présenter un ticket solide», prévient un élu fédéral. Partir avec deux novices aux côtés des sortantes Nuria Gorrite et Béatrice Métraux serait «désastreux». Tout comme représenter Anne-Catherine Lyon, mais pas Pierre-Yves Maillard. Certains caciques du parti ne se privent pas de rappeler que les scores électoraux de la magistrate en charge de l’Ecole n’ont cessé de s’éroder au fil du temps. Reste encore l’option de reconduire le même ticket qu’en 2012. Mais cela donnerait l’image d’une gauche complètement sclérosée.

Comme on voit mal quelqu’un au PSV dicter sa conduite à Pierre-Yves Maillard, il faut essayer de scruter ses envies. Garder la majorité de gauche à l’Exécutif lui tiendrait à cœur. Le bonhomme devrait se déclarer en mai, dit-on. L’annonce d’un retrait serait un vrai «coup de théâtre».

Lâcher le Conseil d’Etat pour faire quoi? Le nom de Maillard est souvent cité pour reprendre la tête de l’Union syndicale suisse (USS). Mais le sénateur Paul Rechsteiner vient de repartir pour un tour. Le Vaudois a donc du temps à tuer. Surtout, «PYM» a toujours affirmé que le pouvoir ne l’intéressait pas pour la gloriole, mais pour peser sur le cours des choses. A ce titre, il trouvera difficilement mieux que sa place de leader au sein du Conseil d’Etat. Le socialiste y a les coudées franches. Bien plus qu’au Conseil fédéral, pour lequel il a pourtant postulé en 2011. Une candidature dont Pierre-Yves Maillard s’est servi pour lancer sa campagne aux élections cantonales de 2012. A l’occasion desquelles il a été élu au premier tour, devant tout le monde, avec 59,4% des voix.


Quatre femmes au portillon

Si le parti ne représente pas Anne-Catherine Lyon en 2017, qui choisira-t-il pour la remplacer? Ainsi s’ouvre le petit jeu des pronostics. Chez les socialistes, on assure que le PSV a un gros réservoir de candidats potentiels. Mais les prochaines élections cantonales s’annoncent délicates pour la gauche, qui doit défendre sa majorité. Dans ce contexte, seuls quelques noms restent crédibles.

Sur le papier, la sénatrice Géraldine Savary fait figure de favorite. Elle cartonne aux élections du Conseil des Etats. Un scrutin qui se joue avec les mêmes règles que l’élection au Conseil d’Etat. Soit une majoritaire à l’échelle du canton. Avec un mari fraîchement élu syndic de la capitale vaudoise, ce sera néanmoins compliqué d’expliquer aux électeurs que sa place est au gouvernement cantonal. Et puis, la Lausannoise a des perspectives à Berne. Elle vient d’intégrer le bureau du Conseil des Etats. Ce qui laisse entrevoir une présidence en 2020.

Autre élue fédérale, la conseillère nationale Cesla Amarelle a les faveurs de la cote. Elle est perçue comme une parlementaire solide. L’ancienne présidente du Parti socialiste vaudois a également un certain bagage politique. Bémol: elle n’a pas été la mieux élue lors des dernières élections fédérales.

Florence Germond est, elle, la mieux élue de la nouvelle Municipalité de Lausanne. C’est donc tout naturellement que son nom circule pour une possible candidature au Conseil d’Etat. Son travail aux Finances de la Ville est salué jusque dans les rangs de la droite. Si le PS la lance, cela promet de faire des étincelles avec le grand argentier cantonal, Pascal Broulis. Mais, comme Géraldine Savary, la municipale est mariée avec un notable socialiste, le président du groupe aux Chambres fédérales, Roger Nordmann.

D’ailleurs, Pierre-Yves Maillard a laissé entendre à plusieurs reprises que le parti devait profiler des personnalités hors du sérail lausannois. Dans ce cadre, le nom de l’actuelle présidente du Grand Conseil vaudois, Roxanne Meyer Keller, revient souvent. Hier, elle a accédé à la syndicature d’Avenches. Cependant, une candidature de sa part semble plus plausible pour une partielle en 2019 ou en 2022.

Et les hommes? Les éventuels papables paraissent encore un peu verts pour briguer le Conseil d’Etat en 2017. Ou alors, comme Roger Nordmann ou Grégoire Junod, ils sont mariés à une candidate potentielle

Créé: 17.04.2016, 22h52

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Trois mandats maximum: une mesure typique de la gauche

Pourquoi diable les socialistes se sont-ils inventé des statuts qui placent leur champion Pierre-Yves Maillard dans une situation gênante? Le parti a introduit la mesure du nombre limite de mandats en 2008. «Cette règle a?été?rédigée en pensant surtout au?Législatif», explique un ancien membre de l’équipe dirigeante.
En d’autres termes, cette disposition visait avant tout les députés qui «roupillaient» depuis des décennies au?Grand Conseil, et pas forcément
les conseillers d’Etat.

Le PSV n’est pas une exception. D’autres sections socialistes édictent un?nombre maximum de mandats. «Il?y?a une volonté à gauche d’éviter que?les mêmes personnes ne captent tous les sièges. On accorde de l’importance à une bonne répartition, note Pierre Jeanneret, historien spécialiste de?la gauche. Cela se retrouve aussi dans la notion de parité hommes-femmes.» La?primauté du parti contre la primauté de l’électorat, la gauche et la droite ont une conception différente du lien entre l’élu et le parti, selon Olivier Meuwly, historien spécialiste, lui, des radicaux. D’ailleurs, au PS, les candidats n’ont pas le droit de faire de campagne personnelle. «Les socialistes estiment que l’élu doit rendre des comptes au parti car c’est grâce à lui qu’il a un mandat. Alors?qu’à droite, la liberté prime. L’élu?doit son siège à son électorat.»

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