Le PS vaudois puisera dans le vivier lausannois

Élections fédéralesLe congrès du parti va choisir ses candidats aux Chambres fédérales. Une fois encore, les représentants du Grand-Lausanne devraient monopoliser les places éligibles.

Roger Nordmann, Lausanne (élu au Conseil national en 2004) et Ada Marra, Lausanne (élue au Conseil national en 2007).

Roger Nordmann, Lausanne (élu au Conseil national en 2004) et Ada Marra, Lausanne (élue au Conseil national en 2007). Image: DR

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Le congrès du Parti socialiste se tiendra samedi dans l’ancienne capitale du Pays de Vaud, Moudon. Mais ce sont bien les représentants de l’actuelle capitale vaudoise qui joueront les premiers rôles lors du «congrès de désignation» des candidats aux élections fédérales. Encore une fois, la section lausannoise pèsera de tout son poids sur le parti. Elle est trois fois plus grosse que la deuxième section du canton, Yverdon. Cela laisse peu de place aux socialistes des campagnes, souvent réduits au rôle de spectateurs pour les fédérales ces vingt dernières années.

Samedi, les délégués devront d’abord choisir la candidate ou le candidat qui sera appelé à défendre le fauteuil de la sénatrice lausannoise sur le départ, Géraldine Savary. La place sur le ticket au Conseil des États se résumera à un duel lausanno-lausannois entre Ada Marra et Roger Nordmann. Le parti n’a pas beaucoup de marge de manœuvre hors de la capitale. La candidature à la Chambre haute est traditionnellement réservée à un conseiller national sortant. Or les cinq sièges PS au National sont occupés par des élus du Grand-Lausanne. Pour être vraiment précis, la Lausannoise Rebecca Ruiz vient de démissionner pour entrer au Conseil d’État. Elle est remplacée par le vient-ensuite Nicolas Rochat Fernandez, de la vallée de Joux. Un Combier qui fait figure d’exception au sein de la députation socialiste vaudoise à Berne.

L’élaboration de la liste pour le Conseil national promet d’être tout autant marquée du sceau lausannois. L’hiver dernier, la présidente du parti, Jessica Jaccoud, avait averti: «À mon sens, il faudrait éviter la prépondérance de candidats lausannois sur la liste au Conseil national.» Sur le papier, la diversité géographique devrait être assurée. La stratégie électorale dicte au PS de présenter des candidats de toutes les régions afin de ratisser le plus largement possible. Mais les places éligibles devraient rester un pré carré lausannois.

Hégémonie

La tête de liste sera confiée au candidat au Conseil des États, suivi des quatre sortants. La suite de la liste sera composée en fonction du score des candidats devant le congrès. Pour compliquer la tâche aux régions périphériques, le poids lourd Pierre-Yves Maillard veut faire son retour sur la scène fédérale. Il faudrait un cataclysme pour que le Renanais rate son élection. Et si d’aventure les socialistes vaudois arrivaient à décrocher un sixième siège au National, celui-ci pourrait bien échoir à l’ancien président du parti cantonal, Stéphane Montangero. Un autre Lausannois.

Face à l’hégémonie de la ville centre, la «périphérie» se montre plutôt fataliste. «Le comité directeur du parti veut avoir une meilleure représentativité régionale et je pense que la base le souhaite également, indique Géraldine Stucki, présidente de la section d’Avenches. Après, le bassin électoral lausannois est très fort.»

Robert Conrad, président de la régionale du Chablais et candidat à la candidature au National, fait la même analyse: «Il faut dire que le district d’Aigle n’est pas réputé pour voter à gauche.» Au congrès de samedi, sa régionale dispose de 30 voix. «Mais je n’arriverai certainement pas à faire déplacer trente personnes à Moudon», avance-t-il.

Morges et Jura-Nord vaudois

Une analyse attentive des résultats électoraux du parti montre que Lausanne compte pour environ 20% des électeurs socialistes. D’autres régions pourraient facilement revendiquer une part du gâteau plus grande: le Jura-Nord vaudois et le district de Morges. Ainsi, lors de l’élection de Rebecca Ruiz au Conseil d’État en mars, 38'000 électeurs ont glissé un bulletin socialiste dans leur enveloppe de vote. Plus de 7500 l’ont fait à Lausanne. Ils étaient plus de 5000 dans le Nord et près de 4500 à Morges. Au Grand Conseil en 2017, le Parti socialiste a récolté 550'000 suffrages, dont 165'000 à Lausanne, 75'000 dans le Nord et tout autant dans le district de Morges.

À Orbe, Didier Zumbach, président de la section locale, remarque que les Lausannois disposent de moyens. Ces dernières années, ils se sont professionnalisés en engageant un secrétaire général. Les élus lausannois jouissent aussi d’une meilleure exposition médiatique, notamment par le biais de leur Conseil communal, estime encore l’Urbigène. «Notre section d’Orbe est plutôt syndicale, poursuit-il. Nous n’avons pas beaucoup d’intellectuels. Nos membres sont des salariés qui travaillent à La Poste, dans des bureaux ou sur des chantiers.»

Le vice-président du parti cantonal, Pierre Dessemontet, tempère le caractère incontournable de Lausanne: «Lorsque le PS a des candidats forts dans les régions, je pense au syndicaliste Éric Voruz à Morges ou Pierre Salvi à Montreux, ils sont élus.» Il reviendra à l’Yverdonnois de présider le congrès, puisque la présidente, Jessica Jaccoud, est candidate à la candidature pour le Conseil national.

Entre 300 et 400 délégués de tout le canton sont attendus ce samedi à Moudon, sur un total possible d’environ 500. La section lausannoise, elle, compte 80 délégués. «Nos cartes de vote seront distribuées à nos membres selon leur ordre d’arrivée au congrès ce samedi», explique Siméon Goy, secrétaire général du Parti socialiste lausannois. «À ces délégués s’ajoutent nos sept députés au Grand Conseil, nos parlementaires fédéraux et les membres lausannois du Comité directeur du parti cantonal.» Ce qui fait un total dépassant les 90 délégués, avec sept députés au Grand Conseil et cinq parlementaires fédéraux. À titre de comparaison, la section d’Avenches dispose de 8 voix.


Léger avantage électoral à Ada Marra

Qu’est-ce qui différencie Roger Nordmann et Ada Marra, les deux prétendants au titre de candidat du Parti socialiste au Conseil des États? Pas grand-chose quand on analyse les votes des deux Lausannois au Conseil national.

La banque de données du parlement recense 3850 votes depuis octobre 2015. Sur plus de 3600 votes auxquels ils ont participé tous les deux, leurs choix n’ont différé qu’une centaine de fois, souvent parce que l’un ou l’une s’abstenait.

Deux sujets ponctuels, mais emblématiques, les ont opposés: le Revenu de base inconditionnel (RBI) («oui» pour Ada Marra et «non» pour Roger Nordmann) et l’initiative «Monnaie pleine» («oui» pour Ada Marra et «non» pour Roger Nordmann). «Je suis davantage de l’aile libertaire du parti, explique Ada Marra. Pour moi, le RBI peut changer le rapport de force entre employeurs et employés, en libérant ces derniers de la crainte de la fin du mois. Quant à «Monnaie pleine», je la soutenais car elle limitait la spéculation bancaire.»

Roger Nordmann ajoute: «Je suis très proche de la position classique des syndicats. Mon opposition au RBI vient de mon objectif que chacun puisse gagner sa vie en étant formé et payé dignement. Sur «Monnaie pleine», je rejoignais les syndicats qui craignaient une restriction de l’accès des PME aux crédits.»

Est-ce donc dans leurs scores électoraux qu’il faut chercher des différences? Pas vraiment. Là encore, les deux candidats sont très proches: 49'800 suffrages pour Ada Marra au Conseil national en 2015 et 49'000 pour Roger Nordmann. Elle le devançait alors dans tous les districts, sauf dans la Broye, le plus souvent à quelques dizaines de voix. En 2011 par contre, Roger Nordmann sortait devant, avec 53'000 suffrages, contre 50'600 pour Ada Marra. En 2007, l’avantage était clairement à Roger Nordmann, élu en 2004: 51'500 voix. Ada Marra, nouvelle candidate, en obtenait 34'000. Dans les trois cas, les deux ont pointé au mieux à environ 10'000 voix derrière une autre Lausannoise, Géraldine Savary.

Créé: 25.04.2019, 06h56

Neuf Lausannois sur quinze depuis quatre législatures

Parlement

Depuis le début du XXe siècle, le Parti socialiste vaudois a envoyé 45 élus au Conseil national et au Conseil des États, dont 21 Lausannois, selon le site du parlement. Mais la proportion de parlementaires issus du district de Lausanne est plus importante depuis les élections de 2003: neuf sur quinze (dont certains élus avant 2003). Ils ont représenté 100% des parlementaires de février 2018 (au départ de Jean Christophe Schwaab, Lavaux) à mai 2019 (arrivée de Nicolas Rochat, Jura-Nord vaudois). Ils ont atteint leur minimum entre 2011 et 2014, avec trois Lausannois sur sept parlementaires.


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