Gérard Salem laisse tant de familles orphelines

Carnet noirLe médecin lausannois, spécialiste de l'éthique familiale, est décédé mercredi d'un arrêt cardiaque à 72 ans.

Gérard Salem dans son bureau en 2015.

Gérard Salem dans son bureau en 2015. Image: Florian Cella - A

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«On peut ne jamais faire le deuil de quelqu’un, on le garde toujours un peu en nous, et c’est bien naturel», disait Gérard Salem au micro de Florence Farion, sur la RTS, début septembre. La phrase prend une couleur particulière aujourd’hui: le médecin-psychiatre lausannois de renom a succombé à une crise cardiaque mercredi, lors de sa sieste, après une matinée de travail comme les autres et une assiette de spaghetti alla carbonara. Il avait 72 ans.

Le pédiatre et thérapeute de famille Nahum Frenck, qui nous révèle son dernier menu, insiste, comme en écho aux mots de son «tout vieux copain de route»: «Il est absent, mais toujours présent à travers nous.» Ensemble, ils ont fondé la CIMI (Consultation interdisciplinaire de la maltraitance familiale) (Consultation interdisciplinaire de la maltraitance familiale) en 2003, devenue la Consultation systémique de Lucinge, dont ils assuraient encore la direction et une partie des consultations. Auparavant, Gérard Salem avait travaillé durant seize ans à l’Hôpital psychiatrique de Cery. Il était par ailleurs chargé de cours (thérapie systémique et hypnothérapie) aux Universités de Genève et de Paris VI.

La confrontation des idées

Pour Nahum Frenck, Gérard Salem laisse «une certaine école». Il la résume en deux mots: éthique et générosité. «Gérard était extrêmement soucieux que tous nos actes soient éthiques, qu’ils passent par le filtre du moi avec moi-même. Et il avait une générosité de l’ordre du don, non de l’échange, avec ses amis, mais aussi avec ses collaborateurs et ses patients.» Le pédiatre évoque aussi, avec tendresse, son «caractère de merde», qui lui a attiré des ennemis. «Gérard détestait l’affrontement, mais adorait la confrontation. Je l’ai vu faire des virages à 180°, si les idées d’un autre le convainquaient.»

«Gérard avait une générosité de l'ordre du don, non de l'échange, avec ses amis, mais aussi ses collaborateurs et ses patients»

Auteur de nombreux articles et essais, mais aussi plus récemment de deux romans, Gérard Salem, père de deux enfants, grand-père, venait de publier «Tu deviens adulte le jour où tu pardonnes à tes parents» (Éd. Flammarion, 2018). Un livre sur le retour épistolaire d’un fils, poussé par son psychiatre, après sept ans d’absence volontaire. Un roman qui sonne comme un aboutissement, qualifié de «chef-d’œuvre» par Nahum Frenck.

Romancier tardif (sa sœur aînée et son frère cadet l’étaient avant lui), Gérard Salem avait depuis toujours une «culture immense, notamment littéraire», indique Nahum Frenck. «Il n’était pas rare qu’on entende Becket, Vian ou Perec, parce qu’il les citait ou tenait des discours analogues.» Amateur de pataphysique, il avait participé au récent ouvrage collectif «Les Jeux oulipiques d’Oleyres» (Éd. Centre de recherches périscopiques, 2017), philosophant avec brio sur l’ouverture du parapluie et l’art du vomi.

«Le goût des mots»

«Gérard avait un talent de conteur extraordinaire, témoigne son frère (et notre confrère), l’écrivain Gilbert Salem. Quand j’étais marmot, il me racontait de fascinantes aventures médiévales. À mes 8 ans (il en avait 16) il m’offrit mon premier dictionnaire en me disant de l’éplucher tous les jours, de l’user jusqu’à la trame: «L’an prochain, tu en auras un neuf…» Ainsi, il m’a inculqué (à moi, et à d’autres) le goût des mots, de la littérature et de l’écriture.» Lors de sa récente interview à la RTS, Gérard Salem évoquait, comme prochaine publication, «une pièce de théâtre qui me travaille». Né en 1946 à Beyrouth, Gérard Salem a grandi à Téhéran, avant de rejoindre Lausanne, et le Collège Champittet, à 13 ans. Amateur de voyages, il se passionnait pour la Chine et possédait une demi-licence de mandarin de l’Université de Genève.

(24 heures)

Créé: 11.10.2018, 12h44

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