Psychiatrie: le plan de crise peine à s'implanter

SantéÀ Cery, 20% environ des patients écrivent leurs volontés concernant les modalités de prise en charge d’une éventuelle crise. L’hôpital est pionnier


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«Si la chambre de soins intensifs est nécessaire, je veux qu’on puisse me laisser le temps et ne pas me brusquer. Cela également pour la médication. Me proposer une médication orale et dans la mesure du possible me laisser du temps pour y réfléchir.» Voici un extrait du «Plan de crise conjoint» rédigé par un patient sujet à des crises d’ordre psychiatrique. En 2015, Cery édictait une directive en faveur de l’élaboration systématique de ce plan d’action anticipé avec les patients, au moment de leur sortie. En 2016, environ 20% des personnes hospitalisés avaient fait part de leurs souhaits par écrit.

«C’est peu mais c’est encourageant, juge Pascale Ferrari, infirmière en psychiatrie et maître d’enseignement à l’École La Source. Cery est l’un des rares hôpitaux suisses à avoir introduit cela. Malgré les diverses recommandations d’implémentation dans la filière psychiatrique vaudoise, force est de constater que ce plan de crise est encore peu connu et diffusé. Il est surtout le fait d’initiatives éparses et individuelles.» Pascale Ferrari a dirigé une étude basée sur l’analyse de 184 documents établis par des hôpitaux, CMS et établissements d’hébergement vaudois.

Stratégies en amont

Le Plan de crise conjoint indique les contacts, les mesures pratiques, les soins préférés et ceux à éviter. Fondé sur la décision partagée, il est rédigé conjointement par le patient et des professionnels, voire les proches. Les personnes disent par exemple préférer tel neuroleptique plutôt que tel autre en raison des effets secondaires. Elles indiquent aussi les stratégies bénéfiques (sortir se balader, appeler des proches…). «La crise peut se résoudre d’elle-même si l’on met en place des stratégies en amont», explique Pascale Ferrari. Elle cite le cas d’une femme en institution: «Elle a relu le plan élaboré à l’hôpital et reproduit les stratégies mentionnées. La crise a été prise en charge sur son lieu d’hébergement. L’hospitalisation a été évitée. Au moment de la crise, relire ce qu’il a écrit aide le patient à mobiliser ses ressources. Ce plan soutient le processus de rétablissement et diminue la contrainte perçue. Il s’agit aussi d’un excellent outil de prévention des rechutes.»

Définir les modalités d’intervention en respectant la volonté des usagers vise notamment à éviter une hospitalisation sous contrainte. Rappelons que le Canton de Vaud figure parmi les plus prescriptifs en matière de placements forcés (PLAFA). «Dans l’ordre, les patients interrogés craignent surtout les injections, la chambre sécurisée en soins intensifs, les PLAFA et l’intervention de la police, détaille Pascale Ferrari. Ils préfèrent augmenter les rendez-vous en ambulatoire et évoquent une hospitalisation en dernier recours.»

Pas de valeur légale

Contrairement aux Directives anticipées, le Plan de crise conjoint n’a aucune valeur légale. Il n’est pas toujours respecté. «C’est dans le domaine des soins et des traitements psychiatriques que la décision partagée est parfois la plus difficile à prendre, note la spécialiste. Par difficulté d’accessibilité, méconnaissance, manque de temps ou de ressources.» Parfois aussi, ce sont les malades eux-mêmes qui refusent d’établir ce plan.

Problème: aucune institution n’a édicté de marche à suivre pour implanter les plans de crise conjoints. «Il n’y a donc pas de systématique», regrette Pascale Ferrari, qui milite pour la création d’un document standard suivant le patient dans sa trajectoire, une application informatique facilitant l’accès aux données et une formation du personnel. (24 heures)

Créé: 21.02.2018, 08h14

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