Les jeunes qui appellent le 147 à l’aide ont des problèmes toujours plus graves

PréventionLe service 147 de Pro Juventute a publié ses chiffres hier. Il a soutenu chaque jour plus de 400 enfants et jeunes dans toute la Suisse. Reportage

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Vers 10 h 20, le téléphone retentit dans les trois bureaux des psychologues répondant au 147 à Lausanne. Puis, la petite lumière rouge s’éteint immédiatement. Une fausse alerte ou une blague. «Les appels gags sont très courants, surtout à l’heure de la récréation, à la sortie de l’école ou le mercredi après-midi, relève Nathalie Glatz, qui assure la permanence de la ligne 147 de Pro Juventute, ce matin-là. Il s’agit d’appels muets, de jeunes qui nous insultent ou nous baladent avec des histoires caricaturales.» Et comme il existe de bons acteurs, il n’est pas toujours évident de démêler le vrai du faux.

«On fait un métier où on ne doit pas se tromper et c’est plus dur de déceler le mensonge au téléphone, il faut se fier à des détails, comme le ton de la voix. Mais on développe vite d’autres sens», remarque Mélanie Vicente, étudiante en psychologie et stagiaire à Telme. L’association mandatée par Pro Juventute pour répondre aux appels, SMS et courriels du 147 en Suisse romande.

Dès 11 h 30 les appels «récréatifs», pour faire rire les potes, s’enchaînent. Nathalie Glatz garde le sourire. Elle a l’habitude. En 2014, sur plus de 12 600 appels reçus par les 30 professionnels, 3050 concernaient des demandes d’aide ou de soutien réelles. «Mais c’est à ces dernières que nous consacrons 80% de notre temps», précise Serge Pochon, directeur de l’association Telme et psychologue répondant. Et pour ces milliers d’enfants, d’adolescents ou de jeunes adultes, le 147 peut se révéler une vraie bouée de sauvetage.

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Intentions suicidaires

«Récemment, j’ai pris l’appel d’un jeune de 15 ans qui a déclaré avoir avalé 20 grammes de paracétamol (ndlr: 40 comprimés) , car il avait peur de se rendre à l’école, notamment en raison de l’image qu’il renvoyait. En conflit avec ses parents, il ne voulait pas qu’ils soient informés», raconte Serge Pochon. Face à cette situation d’urgence, le psychologue réussit à se faire confier la localisation du jeune, puis l’encourage à se rendre à l’hôpital le plus proche. «Il ne m’a pas rappelé, j’ai dû contacter la police. Il s’était bien rendu à l’hôpital. Que ce serait-il passé si je n’avais pas décroché? Je l’ignore, mais un appel comme celui-ci justifie toute une matinée de permanence.»

En 2014, dans toute la Suisse, les répondants de Pro Juventute ont reçu chaque jour «au moins deux appels de jeunes avec des intentions suicidaires», souligne le rapport de la fondation, publié hier. Idées noires, automutilation, les questions touchant à des problèmes personnels occupent la deuxième position des thèmes abordés au 147, derrière les préoccupations liées au sexe et devant les problèmes familiaux. L’année dernière, les demandes en rapport avec les maladies psychiques ont connu une hausse de 24% et celles en relation avec une humeur dépressive de 11,8%. «J’ai l’impression qu’il y a toujours plus de questions liées au mal-être, à la confiance en soi, à la difficulté de trouver sa place dans la société», souligne Patricia Veth, psychologue répondante depuis onze ans.

Conflits familiaux et cybermobbing

Très dépendants du regard des autres, les jeunes n’osent pas toujours se différencier, faire leurs propres choix, par peur de rompre le lien avec leur entourage. Ce jour-là, dans les courriels adressés au 147, le cas d’une jeune femme entretenant une relation avec un homme de seize ans plus âgé. «Elle est désemparée, car elle est déchirée entre son amour pour cet individu et celui pour sa mère avec laquelle elle est désormais en conflit», note Patricia Veth.

Avec les situations familiales complexes, les problèmes en rapport avec Internet reviennent aussi régulièrement. «C’est rare dans une consultation que n’apparaisse pas à un moment donné un problème lié au smartphone, à l’usage des jeux vidéo, à Internet. Il s’agit souvent de conflits sur les réseaux sociaux qui font boule de neige, de photos transmises à d’autres ou publiées sur Internet», relève Serge Pochon.

Dans son rapport, Pro Juventute a compté l’année dernière près de cinq cas de cybermobbing par semaine. «En général ça commence par du vrai harcèlement à l’école, et ça se poursuit sur les réseaux sociaux. On voit que le 147 est le reflet des problématiques de notre société», souligne Nathalie Glatz.

Il est midi, la psychologue a terminé sa permanence. Bilan de la matinée, deux petites demandes de conseils pratiques, quelques blagues, pas de cas lourds. Mais la journée ne fait que commencer, puisque d’autres professionnels, travaillant à domicile, se relaieront jusqu’au lendemain matin, le 147 fonctionnant 24 heures sur 24.

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Créé: 29.04.2015, 09h31

Le 147 en chiffres

6,4% C’est la hausse des questions liées à des problèmes personnels entre 2010 et 2014. Les demandes relatives aux maladies psychiques ont augmenté de 24% et celles liées à l’humeur dépressive de 11,8%. Chaque jour en Suisse, Pro Juventute a reçu au moins deux appels de jeunes avec des intentions suicidaires. Et 56 interventions d’urgence (recours à la police, à une ambulance ou aux services psychiatriques) ont été nécessaires, contre 7 en 2007. Douze interventions ont eu lieu en Suisse romande.

Une ligne pour les parents

Recevant régulièrement des demandes de parents sur la ligne 147, Pro Juventute a décidé de lancer le 31 mars dernier une ligne téléphonique qui leur est spécialement dédiée (058 261 61 61). Si l’appel se fait au prix d’une communication téléphonique standard, l’entretien est gratuit. Les parents peuvent aussi demander conseil par mail. Les professionnels de l’Association Telme gèrent également ce service. Les conflits familiaux, les difficultés à gérer son enfant ou son adolescent, le dépassement des limites
ou les problèmes liés à la consommation de drogues sont des questions régulièrement abordées par les parents. «Nous essayons toujours de rechercher une mise en profondeur dans l’échange, nous ne fournissons pas de recettes toutes prêtes, de conseils éducatifs plats», relève Serge Pochon, directeur de Telme et psychologue répondant.

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