A Puidoux, l'agriculture redonne des terres aux papillons

EnvironnementLe premier réseau agro-écologique du canton a 14 ans. Reportage auprès de trois de ces 35 exploitants.

Yves Chevalley a troqué ses vaches pour des vergers et des champs, qu'il agrémente d'hôtels à insectes et de nichoirs.

Yves Chevalley a troqué ses vaches pour des vergers et des champs, qu'il agrémente d'hôtels à insectes et de nichoirs. Image: ODILE MEYLAN

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Michel Chaubert en est convaincu: «Si on ne met pas de règles à l’économie, elle bouffera la nature.» L’agriculteur n’assène pourtant pas cette vérité les bras croisés. Parmi les pionniers vaudois de la promotion de la biodiversité, il a créé en 2004, avec douze autres, le premier réseau agroécologique du canton, qu’il préside, à Puidoux, une des plus grandes communes agricoles. Quatorze ans plus tard, ils sont 35 à appliquer, sur une partie de leurs terres situées dans la commune, des mesures particulières favorisant la sauvegarde, voire le retour, d’espèces menacées (lire encadré).

Yves Chevalley faisait aussi partie du réseau pilote. Dans son verger, il a laissé un vieux prunier mort pour les oiseaux nicheurs. «Ce verger, j’ai failli le raser pour y planter des céréales quand j’ai arrêté les vaches en 1999, explique-t-il. Mais il y avait là des arbres plantés par mes grands-parents. Je les ai laissés par sentimentalisme, puis je me suis dit que, du coup, il fallait autant que je fasse juste!» Depuis, le paysan a installé un hôtel à insectes, quelques nichoirs ou encore des tas de pierres. Plus loin, il a creusé une «gouille pour les grenouilles», pour favoriser la reproduction des batraciens.

«La beauté pure»

«Yves a clairement reporté son amour des vaches sur la nature», commente Michel Chaubert, lui-même éleveur reconnu de Montbéliardes. L’intéressé confirme, appréciant la poésie de son confrère. C’est vrai, il retrouve le plaisir d’aller aux mauvaises herbes manuellement, de voir les chevreuils traverser le couloir à faune laissé entre deux larges bandes cultivées. Michel Chaubert, lui, présente ses prairies humides comme son «petit paradis». Là, il montre un papillon tacheté, ici une fleur violette. «Je ne connais pas les noms de ces espèces, admet-il. Chacun ses compétences. Moi, ce que j’aime, c’est la beauté pure.»

Ces fleurs et ces papillons seront répertoriés par le biologiste en charge du réseau, mais aussi lors de contrôles inopinés par des fonctionnaires cantonaux ou fédéraux. Alors qu’ils n’avaient que 10 réseaux agroécologiques à visiter en 2007 dans le canton, il y en a 103 aujourd’hui, qui couvrent 99,3% de la surface agricole utile. Le 0,7% restant se situe soit dans les grandes plaines idéales pour l’agriculture de rendement soit en en monocultures (vignes). Introduits en 2001, par le biais de l’ordonnance fédérale sur la qualité écologique (OQE), ces réseaux se sont multipliés dans les années 2011-2013.

Des sous à toucher

À Puidoux, le passage de 13 à 35 s’est aussi fait petit à petit. Il a fallu convaincre ceux pour qui l’aspect nourricier du paysan l’emporte encore largement sur celui de protecteur de la nature. «Mais finalement, il y avait quand même des sous à toucher», explique Michel Chaubert, évoquant les paiements directs. Lui-même admet que sa prairie est devenue plus rentable en même temps qu’elle a gagné en qualité écologique. Un pas plus évident à faire sur des terres naturellement défavorisées au niveau agronomique. «Vous hésitez deux fois avant de passer une terre à blé en terre à papillons», tempère-t-il.

Si on peut mesurer l’augmentation des réseaux, aucun bilan qualitatif précis n’existe pour l’instant. Des relevés sont en cours au niveau cantonal, mais il faudra attendre encore une dizaine d’années pour en savoir plus. «On manque de recul, surtout concernant la faune», indique Gaby Volkart-Duperret. L’ingénieure agronome et paysanne est aussi membre du réseau de Puidoux et y exerce un rôle d’experte. Si elle apprécie le retour des coquelicots et de la sauge en bordure de champs, et de certains oiseaux et papillons dans les prairies, elle est surtout enchantée que «les gens se mettent ensemble pour parler de biodiversité».

Alexandre Maillefer, biologiste- conseil pour Puidoux, observe aussi cette «prise de conscience du milieu agricole», qui l’emporte pour l’instant sur l’aspect biologique pur. «Au début, on négociait sec pour quelques centimètres de bande herbeuse. Aujourd’hui, c’est entré dans les mœurs.»

Affiner les mesures

Ce changement de mentalité, qui a donné lieu à la multiplication des réseaux ces dernières années, est à saluer, selon Catherine Strehler-Perrin, cheffe de la division biodiversité et paysage du Canton. Des réglages fins sont pourtant encore nécessaires si on veut obtenir des résultats réels et pérennes. Ainsi, dans le cadre du futur plan d’action biodiversité, les directions de l’environnement et de l’agriculture sont en train de répertorier les espèces nécessitant des mesures spécifiques.

«Nous voulons sensibiliser, former, accompagner et mieux soutenir financièrement les agriculteurs qui prendront ces mesures.» Selon elle, «tant que la biodiversité sera présentée comme un élément pour ne pas perdre d’argent plutôt que comme un domaine où on peut en gagner, les jeunes ne seront pas convaincus. Nous devons agir à tous les niveaux pour rendre ce thème plus attractif.» (24 heures)

Créé: 10.08.2018, 08h39

Incitation à la biodiversité

Depuis 1993, chaque agriculteur est incité à laisser 7% de son domaine à la nature (jachères, haies, vergers, prairies extensives…), en surface de promotion de la biodiversité (SPB), s’il veut toucher des paiements directs.

Depuis 2001 et l’entrée en vigueur de l’ordonnance fédérale sur la qualité écologique (OQE), deux bonus peuvent s’ajouter à cette première tranche – et quasi la tripler (pour une prairie extensive, la prime de base s’élève à environ 1300 francs/ha et chaque bonus à 1000 francs/ha). Un premier bonus est lié à la haute qualité écologique obtenue sur une SPB(bas-marais, sites de reproduction de batraciens, prairies et pâturages secs…).

Un second bonus est lié au réseau agroécologique et à la mise en place de mesures coordonnées. Dès la neuvième année d’une mise en réseau, des exigences quantitatives sont fixées: 12 à 15% de la surface agricole du périmètre doivent être en SPB et 50% de ces surfaces doivent être de haute qualité écologique. Une partie des paiements directs liés au réseau touchés par les exploitants (au maximum 10%) servent à payer le travail du biologiste conseil et les frais de gestion du projet.

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