Pully fait fi de la controverse: c'est oui au musée Ramuz

La MuetteLes élus ont débloqué sans grande discussion un crédit de 1,18 million de francs. Les opposants poursuivent néanmoins leur combat pour «sauver» l’appartement de l’écrivain.

Ramuz vécut à La Muette, au cœur du vieux Pully, de 1930 à sa mort en 1947.

Ramuz vécut à La Muette, au cœur du vieux Pully, de 1930 à sa mort en 1947. Image: GERALD BOSSHARD - A

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Point d’affrontements ou de débats houleux. Le 21 juin, les conseillers communaux de Pully ont soigneusement évité d’alimenter la polémique entourant le projet d’espace muséal Ramuz au sein de La Muette, la dernière demeure de l’écrivain.

C’est à une confortable majorité (17 refus et 13 abstentions sur 83 élus) qu’ils ont accepté de débloquer 1,18 million de francs pour ouvrir environ 100 m2 de la maison rose au public autour du bureau de C. F. Ramuz. Un lieu magique figé dans le temps, mégot de cigarette compris. Le reste de la demeure (600 m2) sera transformé en appartements. Ce projet est ficelé par la Municipalité de Pully en accord avec les propriétaires de La Muette: la famille de l’arrière-petite-fille de Ramuz, Laure Brossard.

La perspective de voir disparaître l’appartement du plus célèbre des écrivains vaudois suscite la polémique et a donné lieu à une interpellation au Grand Conseil, un manifeste et une pétition qui réunit 1800 signatures. Ces inquiétudes n’ont pas trouvé écho auprès du législatif pulliéran. Mercredi soir, seuls les Verts ont fait entendre des réserves en la personne de Simone Collet. «Le projet d’aménagement n’est pas à la mesure du passage parmi nous de cet artiste d’envergure internationale. L’espace muséal, bien que limité, n’en est pas moins attractif. Mais il faudrait, à terme, disposer aussi du premier étage avec l’accord de sa famille. Nous devons compléter ce projet; il en va de notre honneur.»

La discussion en plénum a surtout tourné autour des ressources humaines allouées à l’institution. L’enveloppe passe de 3,2 équivalents pleins temps (EPT) à 2,7 EPT par la grâce d’un amendement PLR, soit une économie annuelle de 47 000 francs.

Une opposition et des sous

Si les arguments des membres du Comité de sauvegarde de l’appartement de Ramuz n’ont pas fait mouche auprès des élus pulliérans, ils ne perdent pas espoir de «sauver» l’appartement de l’écrivain situé au premier étage. Ils feront opposition durant la mise à l’enquête.

Hasard du calendrier, quelques heures avant le vote décisif, les opposants rencontraient trois conseillers d’Etat: Anne-Catherine Lyon, Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard. «Ils nous ont donné leur soutien moral, rapporte Marianne Dyens, membre du comité. La balle est désormais dans notre camp. Nous envisageons de constituer une association, de lever des fonds et de négocier avec les propriétaires.» Elle convient que «tout est encore flou» et que «tout reste à faire.»

«Il faut comprendre que cette maison est privée et que nous ne pouvons pas exproprier la personne qui la possède»

L’Etat de Vaud, qui s’était désintéressé du destin de La Muette il y a de cela quelques années malgré les appels du pied de la famille Brossard, retourne-t-il sa veste? Pas du tout, répond le chef du gouvernement Pierre-Yves Maillard. «Il faut comprendre que cette maison est privée et que nous ne pouvons pas exproprier la personne qui la possède», a-t-il répété au comité. Il se félicite du préavis accepté à Pully. «Ces moyens importants permettent d’ouvrir une partie des lieux au public. Aller plus loin? Pourquoi pas. Pour cela, il faudra que le comité convainque la famille et, vu le soutien manifesté, qu’il réunisse des ressources. Sur cette base, nous sommes d’accord de soutenir le dialogue entre les parties.»

Les héritiers, fatigués de la polémique et heureux de voir leur projet entériné, sont-ils ouverts à une future négociation? «Tout cela arrive un peu tard, soupire Laure Brossard. Cela fait quatre ans que l’on répète être ouverts à toute proposition. Mise à part la Commune de Pully, personne ne s’est montré intéressé. Pour autant, nous ne sommes pas bornés. Si tout à coup on nous présente un projet prometteur et un soutien financier, pourquoi pas? Le problème c’est que pour l’instant, il n’y en a pas.» Elle confirme que la maison n’est pas à vendre. «C’est une propriété familiale à laquelle nous sommes très attachés.»

«Beaucoup de gens veulent faire quelque chose pour Ramuz mais peu ouvrent leur porte-monnaie», souligne le syndic de Pully, Gil Reichen. La Commune aimerait jouir d’un droit de préemption lui assurant, si La Muette devait être mise sur le marché un jour, la priorité pour son rachat. «C’est en bonne voie», indique le syndic.

Inventaire bouclé

Le contenu de la maison alimente les conversations. Qu’y trouve-t-on, au juste? Il faudra encore patienter pour le savoir. L’inventaire du mobilier, des livres, documents et tableaux mené par Service cantonal des affaires culturelles (SERAC) est bouclé et en cours d’analyse. Aucun manuscrit n’a été retrouvé, assure Nicole Minder, cheffe du SERAC, qui salue l’acceptation d’un «projet réaliste qui s’adresse aux nouvelles générations». Avec l’accord de la famille, certains objets pourraient être mis à l’inventaire cantonal, puis éventuellement confiés à des institutions. Un relevé photographique a été réalisé.

A noter qu’une certaine Cesla Amarelle, future conseillère d’Etat en charge de la Culture, a signé la pétition demandant au Conseil d’Etat de s’engager à conserver en l’état l’appartement de l’écrivain. La socialiste ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet avant son entrée en fonction, début juillet, mais dit suivre le dossier de près. (24 heures)

Créé: 22.06.2017, 21h36

Ce que les visiteurs verront dans l’espace muséal

L’ouverture est attendue en 2019. Dédié à la mise en valeur de l’œuvre de Ramuz, le futur espace muséal sera géré par le Musée de Pully. Ce dernier est adjacent à La Muette et il n’est pas exclu, à terme, d’abattre les murs séparant les deux bâtiments.

Les visiteurs découvriront cinq lieux différents répartis sur 100 m2. Première étape: une biographie animée par Camille Scherrer, artiste spécialisée en réalité augmentée. Dans le centre d’interprétation, les technologies numériques seront aussi à l’honneur: des spécialistes évoqueront le célèbre occupant via des vidéos. Un espace lecture sera ménagé dans ce qui était autrefois le garage et un cabinet des curiosités présentera le rapport de Ramuz avec les arts. La visite se terminera par le célèbre bureau de Ramuz, toujours dans son jus depuis la mort de l’auteur en 1947. Il sera restauré à l’identique. On attend aussi des conférences, des résidences d’écrivains et des expositions thématiques au Musée de Pully. La Fondation C. F. Ramuz, un temps en froid avec les propriétaires de la maison, soutient désormais le projet et y est officiellement associée.

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