Querelles et tensions au sein des exécutifs vaudois

PolitiqueLes démissions liées à des conflits entre élus se succèdent au?sein des?municipalités vaudoises. Décryptage.

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Fin juin, un élu de la nouvelle commune de Tévenon jetait l’éponge. Il était imité par deux municipaux avenchois et par une édile de Chavannes-près-Renens en juillet. A Fiez, la démission d’une municipale coincée entre ses anciens collègues et un syndic fraîchement élu laisse encore des traces aujourd’hui. Cinq décisions motivées par des conflits – ou tout au moins une mauvaise entente – qui minent le collège exécutif.

La tendance aux démissions engendrées par des dissensions internes s’est-elle accentuée ces dernières années? Pas facile de dresser des statistiques. Le nombre de démissions, par ailleurs plutôt stable, ne dit rien des causes qui ont conduit à ces départs. Pour Eric Golaz, ce phénomène date déjà d’une dizaine d’années au moins. Le responsable du Service des relations intérieures au Canton évoque un cas emblématique qui date de la législature précédente – l’Etat avait dû mettre en place une administration provisoire à Gressy, où les quatre municipaux avaient rendu ensemble leur tablier, en raison du désaccord profond qui les opposait à leur syndic. «C’est le seul cas qui me revienne en mémoire, mais il y en a eu d’autres», assure-t-il.

Différence de cultures
Les politiciens vaudois joueraient-ils leur version de la querelle des anciens et des modernes? Thomas Zuercher, qui n’a siégé qu’un an à l’exécutif de Tévenon, en est convaincu. Ses relations conflictuelles avec la Municipalité n’étaient pas étrangères au fait qu’il était «le plus jeune et l’unique nouveau venu au sein de l’exécutif».

Si elles peuvent être riches en enseignements, les différentes cultures de travail se révèlent également problématiques. «Quand un élu de longue date, qui a mis en place un système pas forcément formalisé, se retrouve face à des nouveaux venus, davantage formés et qui prônent une plus grande formalisation et transparence dans les processus de décision ou de nouvelles modalités de travail, cela peut déboucher sur des conflits», souligne Katia Horber-Papazian, professeure de politique locale à l’IDHEAP.

Lourdeur administrative
C’est un fait que peu vont contester: la fonction de municipal est devenue beaucoup plus pesante ces dernières années. De quoi faire remonter à la surface des sources de discorde. «Tout un arsenal juridique pèse sur les communes et ça peut user», confirme Claudine Wyssa, présidente de l’Union des communes vaudoises. Les questions d’aménagement du territoire, tout comme les exigences liées aux notions de respect de l’environnement ou la complexité de la facture sociale en sont des exemples parlants. «Et aujourd’hui, avec ce qu’on peut trouver sur internet, tout le monde s’improvise juriste et invente des procédures à son avantage», reprend Albert Banderet, préfet du district Jura - Nord vaudois.

Parallèlement, les élus doivent faire face à des citoyens toujours plus exigeants. «D’un côté, ils se désintéressent de la chose publique, et de l’autre, ils veulent tout et tout de suite», affirme Olivier Piccard. Pour le préfet broyard, cette problématique pose la question de fonds de la politique de milice. «Entre vie de famille et vie professionnelle, il n’est souvent plus possible de donner autant pour une Commune.» Sans compter que le pouvoir laissé par le Canton aux Communes est toujours plus faible. «La volonté de servir existe pourtant encore. Mais une fois confronté à la réalité, l’élu peut être déçu par ce qu’il découvre», estime Albert Banderet.

Système en question
Autre motif de dissension, la prééminence donnée au syndic par le système vaudois. Le chef de l’exécutif peut ainsi s’ingérer dans les dicastères de ses collègues. «Si c’est dans le but de coordonner les décisions et les actions pour obtenir une vision globale et une approche cohérente des affaires communales, il n’a pas forcément tort», note Katia Horber-Papazian. Mais, comme dans la société en général, le rapport à l’autorité a évolué. «Ce qui était accepté du syndic il y a 10 ou 15?ans l’est moins maintenant», reprend le préfet nord-vaudois.

Ce n’est pas Eric Schürch qui dira le contraire. Habitué à «travailler d’une certaine façon pendant de longues années», l’Avenchois s’est retrouvé face à un syndic aux idées nouvelles. «Il a voulu imposer son système, à savoir qu’il gère tout. Cela a conduit à des conflits. Et quand deux camps se forment, c’est le début de la fin… Raison pour laquelle j’ai préféré partir.»

Le modèle fribourgeois - où le syndic est nommé par ses pairs – permettrait-il d’éviter certains clashes? Pour Claudine Wyssa, il faudrait des dysfonctionnements beaucoup plus graves pour remettre en cause un mode de faire appliqué depuis la fin des années 1970. «Mais c’est sûr que si le collège n’arrive pas à se coordonner et regarder dans une même direction, la situation devient vite ingérable», conclut Katia Horber-Papazian. ? (24 heures)

Créé: 31.08.2012, 07h15

Une tendance plutôt stable

La tendance aux démissions engendrées par des bringues internes s’est-elle accentuée ces dernières années? Pour Eric Golaz, ce phénomène date déjà d’une dizaine d’années au moins.

Globalement, il n’y a pas d’augmentation notoire du nombre de démissions ces dernières années. D’ici au 23 septembre prochain, ce sont ainsi 61 élus qui auront été appelés à remplacer des municipaux ou des syndics entrés en fonction le 1er juillet 2011. A titre de comparaison, cette même période de quinze mois avait donné lieu à 55 élections complémentaires en 2006-2007.

Un nombre important si l’on considère que le canton compte 1692 municipaux et syndics? «Sur les 326 communes vaudoises, il y en a 318 où les choses se passent bien», note Eric Golaz. «Il ne faut pas perdre de vue la complexité du système. Les municipaux s’opposent pendant les campagnes électorales, et sitôt en place, ils doivent s’entendre et former un programme. Je trouve que c’est déjà bien quand ça fonctionne…» reprend Claudine Wyssa, présidente de l’Union des communes vaudoises.

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