Rage ou désespoir? Discorde sur le geste meurtrier d’une mère

LausanneLe Ministère public a requis 10 ans contre celle qui a rendu sa fille infirme en voulant l’abattre. La défense invite à moins de sévérité.

A.* a toujours soutenu qu’elle souhaitait en finir et emporter sa fille dans la tombe. Son avocat a plaidé la tentative de meurtre, moins grave que la tentative d’assassinat.

A.* a toujours soutenu qu’elle souhaitait en finir et emporter sa fille dans la tombe. Son avocat a plaidé la tentative de meurtre, moins grave que la tentative d’assassinat. Image: Gilles-Emmanuel Fiaux

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«Aujourd’hui, si je me lève pour plaider, ce n’est pas seulement pour être la voix de ma cliente, c’est aussi pour être le symbole de son combat, pour être debout», a entamé mardi Coralie Devaud, avocate de P.*, la jeune femme mutilée par les balles de sa mère et désormais réduite à la chaise roulante, paraplégique. «Après l’impensable, P. essaie maintenant de faire le deuil de sa vie normale, a-t-elle poursuivi. Mais pour cela elle a besoin d’une chose: de comprendre pourquoi!»

«Comprendre pourquoi», c’est aussi ce que tentent de faire les juges afin d’établir la peine à prononcer contre A.*, la sexagénaire qui a vidé le chargeur de son Beretta en direction de sa fille un après-midi de juin 2017, dans leur immeuble de l’avenue Vinet, à Lausanne.

Mais comment évaluer le geste de cette Italienne à l’attitude butée et avare d’explications, assise depuis lundi face à une Cour criminelle? S’agit-il d’une tentative d’assassinat, comme le soutient le Ministère public? Ou, comme le défend son avocat, d’une tentative de meurtre, moins grave selon le Code pénal?

Pour la procureure Ximena Paola Manriquez, les tirs de ce jour funeste sont l’expression d’une rage: «L’expertise psychiatrique estime que le motif réside uniquement dans la déception, l’amertume, la colère de voir que l’existence d’A. ne correspondait pas à ses rêves ampoulés. C’est pour se décharger de cette colère qu’elle a décidé de se tuer et d’emporter sa fille qui avait déçu ses aspirations sociales, qui à 27 ans avait vécu essentiellement à ses dépens, n’avait pas réussi ses études dans des universités prestigieuses. Elle a focalisé sa rage sur elle, sans que cette dernière ne soit aucunement responsable de cet état mental. Elle lui a tendu un piège pour arriver à ses fins.»

Attitude peu conciliante

La représentante du Parquet a requis 10 ans, tenant compte de la responsabilité moyennement diminuée de la prévenue. Elle a aussi estimé que les mesures thérapeutiques ambulatoires préconisées par les experts semblaient vouées à l’échec vu l’attitude peu conciliante de l’accusée, se disant elle-même hermétique à la psychothérapie. La procureure a ainsi défendu un traitement institutionnel de ses troubles mentaux et demandé 15 ans d’expulsion du territoire suisse.

Pour Fabien Mingard, défenseur d’A., la tentative de meurtre correspond davantage au scénario décrit par l’acte d’accusation et justifierait une peine de 5 à 6 ans maximum. Pour qualifier l’assassinat, le Code pénal retient notamment que le geste meurtrier doit être commis avec une «absence particulière de scrupules, notamment si le but, la façon d’agir sont particulièrement odieux». «On parle de son sang-froid, mais ma cliente s’est construit une façade, a plaidé l’avocat. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a aucune émotion et ne souffre pas. Derrière cette façade, les experts ont discerné une profonde détresse, ils parlent d’«intense désespoir» au moment des faits. Ils ont vu qu’elle était dans une logique de disparition.» Tout au long de l’enquête et aux débats, A. a en effet soutenu qu’elle avait voulu en finir et emporter sa fille avec elle dans la tombe.

Le verdict sera communiqué vendredi.


* Noms connus de la rédaction

Créé: 25.06.2019, 22h46

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