Ils font rayonner le canton, le Conseil d’Etat les distingue

RécompenseLe gouvernement a remis quatre Mérites vaudois hier à Sainte-Croix. Les ministres ont fait dans l’éclectisme.

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La plaque commémorative des Mérites vaudois, à l’entrée du Château de Lausanne, va s’enrichir de quatre noms supplémentaires. Lors de la cérémonie de remise 2015, ce mercredi à Sainte-Croix, la militante pour le droit des femmes Simone Chapuis-Bischhof, le luthier Luc Breton, l’automatier François Junod et le scientifique Michael Grätzel ont eu les honneurs de six des sept conseillers d’Etat (seule Jacqueline de Quattro était absente pour raison de santé).

Ils rejoignent leurs onze prédécesseurs distingués depuis 2008. Les nouveaux récipiendaires ont reçu une médaille dessinée par l’ECAL, un diplôme et un chèque de 5000 francs à remettre à une institution de leur choix.

Art et artisanat, musique, science, engagement politique: la cuvée 2015 fait dans l’éclectisme. «Le choix revient exclusivement aux membres du Conseil d’Etat», selon Vincent Grandjean, chancelier de l’Etat de Vaud. Au vu des parcours et des carrières des heureux élus, personne n’osera contester la sélection, même si leurs noms n’évoquent pas forcément quelque chose pour le grand public. Et pour cause, selon Vincent Grandjean: «Le critère principal est la contribution de ces personnes au rayonnement du Canton et non leur notoriété.»

Trois ou quatre personnes sont récompensées à chaque édition, sans obligation d’honorer chaque année. Les Mérites font d’ailleurs leur retour après une année 2014 sans attribution. «Il n’y a pas de périodicité ni d’automaticité», confirme Vincent Grandjean. Depuis 2008, trois années sont restées vierges de sésames.

Le Gouvernement cantonal a en outre le souci de délocaliser la cérémonie de remise afin de visiter tout le canton. Le choix de Sainte-Croix découle de cette logique, en plus d’être la commune d’origine de l’un des méritants 2015, en l’occurrence François Junod.


Le luthier hors-norme
«Ce prix m’a beaucoup surpris. Non seulement je cultive la discrétion, mais je ne suis pas un luthier politiquement correct. La manière dont on pratique la musique aujourd’hui ne me réjouit pas.» Luc Breton se sait en décalage et il n’a pas peur de le dire. Depuis toujours, l’artisan de la Côte privilégie les principes des écrits anciens. Certains le qualifient de puriste. «C’est faux! Je m’attache aux principes généraux, mais je ne suis pas un conservateur. Par contre, je suis catégorique. Ce que l’on préconise aujourd’hui dans la conception des violons est une catastrophe.»

Luc Breton avait 12 ans lorsqu’il a façonné son premier instrument. Des centaines ont suivi, de même qu’un millier d’archets. L’ancien professeur d’organologie – la science des instruments – au Conservatoire de Lausanne est chimiste de formation. Natif de Lyon, enfant de L’Isle (VD), le désormais septuagénaire consacre depuis de longues années une moitié de son temps de travail à l’Institut suisse de recherches expérimentales sur le cancer. Ses compétences ont été utiles au Musée botanique de Lausanne où elles ont contribué à la restauration des 1250 planches de l’herbier de Rosalie de Constant, cousine du célèbre Benjamin.


La féministe éternelle
Quand on évoque la liste des quatre méritants vaudois de cette cuvée 2015 avec Simone Chapuis-Bischhof, la militante féministe lausannoise fait remarquer qu’elle est la seule femme. Une critique? «Non, une manie que j’ai, après des décennies à râler contre les instances qui ne comptaient qu’une femme. Ce Mérite est la reconnaissance du bon boulot de l’Association pour les droits des femmes en un siècle d’existence. Et ce boulot n’est pas terminé». C’est peu dire que l’ancienne enseignante du collège de Béthusy n’a rien perdu de sa verve. Elle en fera encore la démonstration samedi à Berne en manifestant pour l’égalité des salaires. Bâloise de naissance, elle débarque à 8 ans avec ses parents dans la capitale vaudoise. Dans les années 1960, elle s’engage à l’Association pour les droits des femmes, section Lausanne. Elle en devient présidente de 1971 à 1975, puis récidive à l’association cantonale (1974-1980) et suisse (1988-1995).

Au chapitre des belles victoires, l’obtention du suffrage féminin sur le plan national en 1971 arrive naturellement en tête. Vaud avait d’ailleurs joué les pionniers en accordant le droit de vote aux femmes sur le plan cantonal en 1959.


Le scientifique éclairé
Michael Grätzel a l’habitude des honneurs. Récompensé en 2013 par le Prix Marcel Benoist, il a reçu dimanche à Riyad, en Arabie saoudite, le Prix international King Faisal dans la catégorie «Science». Et le Mérite vaudois dans tout ça? «C’est un honneur énorme que de s’inscrire dans une lignée exceptionnelle qui compte des noms comme Maurice Cosandey, qui m’a par ailleurs engagé à l’EPFL en 1976», assure cet Allemand de 70 ans, bourgeois de Saint-Sulpice.

Ce dernier a principalement forgé sa réputation internationale grâce à la cellule photovoltaïque à laquelle il a donné son nom et qui exploite le principe de la photosynthèse. «Elle a introduit un nouveau paradigme, explique-t-il. Le premier article consacré à nos cellules et aux jonctions nanocristallines, paru dans Nature, reste l’un des plus cités au monde, environ 15 000 fois.» Le Vaudois d’adoption admet que son grand amour de la nature et le choc pétrolier des années 1970 l’ont incité à se lancer dans des études de chimie et la recherche de sources d’énergie alternatives. Le professeur dit en outre rester très attaché à son rôle de formateur de la nouvelle génération de chercheurs.


Le mécanicien poète
Après le Prix Gaïa décerné en 2011 par le Musée d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, le Prix culturel vaudois des arts appliqués en 2013, voici le Mérite vaudois 2015 pour l’«automatier» François Junod. Natif de Sainte-Croix, il y suit la formation de l’Ecole technique, puis enchaîne avec les Beaux-Arts à Lausanne en 1983.

Lors de son apprentissage de restaurateurs d’automates chez Michel Bertrand, à Bullet, le déclic survient: «C’était l’atelier de Gepetto avec toutes ces répliques anciennes!» Fasciné par les mécanismes des pionniers du XVIIIe, il n’a de cesse de développer son style teinté de dadaïsme, nouveau réalisme et surréalisme. «Après des débuts difficiles, l’ouverture du CIMA (ndlr, le Musée des boîtes à musique et automates de Sainte-Croix, en 1985) m’a bien aidé. Au début, j’étais plus connu au Japon qu’ici!» En tout, il crée une centaine d’œuvres pour des privés – dont le Sultan de Brunei –, des assurances, banques, sociétés horlogères et autres écoles ou institutions.

Le Pouchkine, androïde poète et dessinateur, reste l’œuvre de sa vie. Après sept ans de travail, il s’envole en 2010 vers son commanditaire californien, une personnalité de la Silicon Valley. (24 heures)

Créé: 04.03.2015, 17h31

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