Rebecca Ruiz, une candidate calibrée, formée à l’école du PSV

Élection au Conseil d'ÉtatLa conseillère nationale part favorite pour remplacer Pierre-Yves Maillard. Certains la jugent un peu légère.

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Pour briguer le fauteuil de Pierre-Yves Maillard au Conseil d’État, le Parti socialiste vaudois (PSV) a choisi une candidate au profil très calibré. Ancienne conseillère communale, présidente de la section lausannoise, députée, puis conseillère nationale: le parcours de Rebecca Ruiz est rectiligne. Reconnue pour ses compétences sur la santé et la sécurité, elle s’est imposée comme la candidate naturelle.

Elle est entrée chez les roses à 21 ans et fait partie d’une famille politisée d’immigrés espagnols. Son père, Francisco Ruiz, a été conseiller communal. Et son mari, Benoît Gaillard, siège encore à Lausanne. La frêle silhouette de la jeune femme de 37 ans contraste avec son regard acéré. L’enfant chérie des socialistes lausannois a à son actif quelques victoires de parlementaire, comme l’unité de dégrisement du CHUV, par exemple. À Berne, elle peut sembler légère, mais on lui reconnaît une rigueur scientifique.

Les camarades ont fait honneur à ses qualités. Le député Stéphane Montangero lui a laissé la priorité pour cette élection complémentaire. En 2014, Josiane Aubert s’est retirée du Conseilnational et lui a laissé sa place. L’année suivante, Rebecca Ruiz a été très bien élue aux élections générales. Sa notoriété est allée croissant, même si elle reste peu connue en Suisse alémanique. Est-elle pour autant la perle rare en vue du Conseil d’État? La candidate a soupesé ses atouts: «Il n’y a pas de formation pour occuper cette fonction, mais il faut une expérience politique, savoir donner des orientations et, surtout, les assumer. Dans mon parcours, j’ai déjà une partie des prérequis.»

Les ingrédients du «compromis dynamique» cher au gouvernement vaudois lui sont familiers. Sens du dialogue, pragmatisme, mais aussi combativité: «Même si j’ai une personnalité conciliante, j’ancre ma vision et je défends mon point de vue jusqu’au bout.» Se déclarant «orientée sur les résultats», la candidate se montrera créative face au camp bourgeois. Elle l’a déjà fait: en juin dernier, elle a noué au Conseil national une alliance inattendue avec Heinz Brand, un UDC proche des assureurs sur la qualité des soins.

C’est peut-être dans ses rangs que les difficultés pourraient surgir. Les relations entre la conseillère d’État Cesla Amarelle et les élues socialistes vaudoises du parlement fédéral ont souvent été qualifiées de froides. Rebecca Ruiz balaie l’affirmation: «Nous avons travaillé ensemble et nous avons toujours très bien collaboré.» Elle dit aussi admirer l’«immense force de travail» de Cesla Amarelle. «Précis» et «rigoureux» sont deux mots qui reviennent souvent dans le discours de Rebecca Ruiz. La criminologue met en avant son souci du détail. Pour le député Vert yverdonnois Vassilis Venizelos, membre du comité directeur des Établissements hospitaliers du Nord vaudois, la candidate jouit de considération: «Dans le milieu de la santé, notamment, ses interventions sont suivies et ses compétences reconnues.»

«Où il faut quand il faut»

À droite, on a, sans surprise, une autre analyse. Une élue PLR pointe le fait que sa candidature s’est imposée au Parti socialiste car elle fait partie d’une «petite équipe qui se trouve toujours là où il faut quand il faut».

Or, l’expérience professionnelle de Rebecca Ruiz, qui a travaillé en indépendante ou pour des mandats limités dans le temps, ne serait pas suffisante: «Un département à diriger, c’est une grosse machine. Et il ne sera pas facile d’obtenir une légitimité face aux chefs de service sans avoir d’expérience de management.»

Rebecca Ruiz dit ne pas avoir peur. Des situations compliquées à gérer, elle en a connu et elle sait affronter le conflit. On se souvient de l’éviction du municipal lausannois Jean-Christophe Bourquin, puis de l’offensive socialiste sur la direction de la police. Durant ces deux épisodes, elle était à la manœuvre.

«Je sais que je tiens la route dans ces situations», déclare-t-elle en regardant en arrière. Des escarmouches de campagne l’ont visée sans vraiment la toucher. La nomination de son mari au conseil d’administration de la CGN, indépendante mais proche de l’État, lui a valu d’être épinglée.

Un contrat boiteux

Un ancien contrat boiteux boutiqué par le Département de la formation pour lui permettre de finir son rapport sur la violence à l’école a également fait couler de l’encre. Enfin, en 2014, elle a accepté du milliardaire Frederik Paulsen deux billets d’entrée à 45 euros pour un concert au festival de Grenade.

Ce ne sont pas des affaires à proprement parler. Mais ces reproches ont pour point commun sa proximité avec les sphères du pouvoir. Les socialistes y ont pris place et sont accusés aujourd’hui de noyauter les collectivités publiques, comme les radicaux autrefois. La rançon du succès? Réponse le 17 mars, au soir du premier tour.

Créé: 21.02.2019, 06h48

Biographie

Naissance
Le 4 février 1982 de deux parents espagnols.

État civil
Mariée, deux enfants en bas âge.

Formation
Baccalauréat latin-grec, licence en sciences sociales et master en criminologie à Lausanne. Issue d’un milieu modeste, elle travaille durant ses études.

Activités salariées
Mandats et engagements en lien avec la sécurité pour le Canton et différentes Communes. Mandats comme criminologue indépendante. Suivi de projets socio-éducatifs.

Parcours politique
De 2006 à 2012, conseillère communale à Lausanne. De 2008 à 2013, présidente de la section lausannoise. De 2012 à 2014, députée au Grand Conseil. Dès juin 2014, conseillère nationale. Membre de la commission de la santé et du social. Présidente romande de la Fédération suisse des patients, entre autres représentations.

Hobbies
Lecture (romans policiers notamment), natation quand elle a le temps.
L.BS

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