Le récit de l'invraisemblable évasion de la Croisée

OrbeLa ministre de l’Intérieur a livré hier une version officielle contredite par certains témoins

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Après une quintuple évasion dans la nuit du 29 au 30 juillet, la prison de la Croisée a été le théâtre d’une sextuple évasion dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 octobre. Cheffe du Département cantonal de l’Intérieur depuis décembre 2011, Béatrice Métraux a organisé au pied levé, hier, une conférence de presse pour indiquer comment les fugitifs de cette deuxième cavale s’y sont pris.

Effets post-budgétaires
Relaté par Sylvie Bula, cheffe du Service pénitentiaire (SPEN) depuis novembre 2011, le récit officiel de l’évasion de ce week-end reste succinct. Des informations provenant du personnel permettent de le compléter ou de le mettre en question sur divers points.

Sous le régime de la détention préventive, les six évadés étaient placés au même étage d’une des deux «unités de vie» jumelles construites récemment (voir l’infographie, sachant que le SPEN ne précise pas quelle unité est concernée). Ces bâtiments font partie de l’extension de la Croisée réalisée entre 2002 et 2004. Ce chantier a été mené dans un contexte de pression budgétaire qui a impliqué de nombreuses économies. Des membres du personnel révèlent ainsi que le jeu entre certaines portes et leur cadre est parfois si important qu’il est arrivé que des détenus se plaignent de courants d’air.

De porte en porte
Sans confirmer l’intensité de cette circulation d’air, Sylvie Bula a reconnu hier que les six évadés ont profité de cette faille pour ouvrir les portes de leurs cellules. Ils se sont servis d’outils de circonstance, tels les «couteaux à bout rond» et autres cuillères de leurs repas.

Les six détenus étaient répartis dans trois cellules qui se trouvaient dans les deux «divisions» que comporte généralement un même étage des «unités de vie». Après avoir ouvert les portes de leurs cellules, les deux groupes ont masqué les caméras de leurs couloirs avant de forcer leurs respectives «portes de sortie de division», qui sont bien sûr renforcées mais pas sous alarme.

La sortie oubliée
Les fugitifs se sont alors retrouvés tous ensemble dans un nouveau couloir. Celui-ci est desservi par une issue sécurisée menant au «bâtiment administratif» qui jouxte les unités d’accueil jumelles. Blindée et coulissante, cette porte est dite «infranchissable», car elle est actionnée depuis la centrale de surveillance qui contrôle son usage par caméra.

Le problème, c’est qu’une autre porte beaucoup plus légère donne accès au service socio-éducatif. Les évadés l’ont fracturée, puis ont brisé une fenêtre sans barreaux qui donne sur le parking du personnel. Cet espace est situé à l’extérieur du mur d’enceinte de six mètres de la partie pénitentiaire de la prison. Il est séparé des champs par une clôture grillagée qui peut être franchie sans grands encombres depuis l’avant-toit de la déchetterie installée à l’extrémité du parking.

Versions contradictoires
Selon la version officielle, la centrale de surveillance de l’établissement n’a été alertée qu’à ce stade de l’évasion par le système infrarouge de détection de mouvements qui couvre le parking. Il était 1 h 15 du matin. La police cantonale a été prévenue dans les minutes qui ont suivi et quatre des évadés ont été repris avant la fin de la nuit.

Hier soir, cette version ne convainquait pas entièrement l’Association vaudoise des agents pénitentiaires (AVAP). Le syndicat dispose de témoignages laissant entendre que le personnel en service cette nuit-là a détecté l’évasion avant que les fugitifs ne soient sur le parking. La police cantonale aurait donc été alertée avant 1 h 15.

Conformément aux règles d’engagement, les gardiens ne sont pas intervenus physiquement, car ils étaient en sous-nombre par rapport aux évadés. Pendant la nuit, leur effectif se résume à un agent à la centrale de surveillance, deux agents pour les rondes et un autre dit «de couche» (il est tenu en réserve en dormant à la prison). Le SPEN observe que cette version syndicale n’est pas corroborée par le rapport transmis par le cadre de service dimanche matin.

Cette divergence devrait être réglée rapidement. Il faudra davantage de temps pour établir le partage des responsabilités qu’impliquent des ressources réduites tant sur le plan technique que sur le plan humain.

Créé: 23.10.2012, 07h11

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