La religion cherche encore sa place à l’école

EnseignementIntroduit en 2013, le cours Ethique et cultures religieuses est relégué au rang «d’activité ponctuelle» par le DFJC, qui réfléchit à son avenir.

Quelle identité donner au cours Ethique et cultures religieuses?

Quelle identité donner au cours Ethique et cultures religieuses? Image: Keystone

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Une petite note de bas de page dans la grille horaire 2017-2018 de l’école vaudoise signale un changement discret qui n’a toutefois rien d’anodin. Le cours Ethique et cultures religieuses, qui a remplacé celui d’Histoire biblique il y a quatre ans, n’a plus de dotation hebdomadaire fixe. Il devient l’objet d’«activités ponctuelles» tout au long du cursus. Autant dire que les profs concernés – généralistes dans les petites classes, et ceux d’histoire dès la 9e HarmoS – ont désormais toute latitude pour aborder ce thème. Ou l’effleurer.


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Le Département de la formation (DFJC) voudrait-il expulser en douce le fait religieux des salles de classe? La question se pose, quand on se souvient que c’est le Grand Conseil qui a imposé l’introduction de ce cours dans la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire (LEO). Contre l’avis de la ministre d’alors, Anne-Catherine Lyon, qui a toujours été réticente à mélanger école publique et religion. C’est d’ailleurs elle qui, peu avant son départ, a décidé de réduire la voilure de cette leçon, ancrée dans les sciences humaines et sociales.

Plaintes de parents

Directeur général adjoint à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO), Serge Martin explique: «Ce printemps, Mme Lyon a demandé que l’on reprenne les réflexions. Nous avions reçu des plaintes de parents, liées à l’évaluation de cette branche. Des enseignants ont continué de percevoir le cours comme celui d’Histoire biblique, et posaient des questions sur les miracles qu’aurait accomplis Jésus, par exemple. Or, l’enseignement doit rester neutre confessionnellement, et ne pas heurter les convictions des élèves ou de leurs parents.» Le sujet est sensible, d’autant que «le cours d’Ethique et cultures religieuses est obligatoire, rappelle Serge Martin. Avant, l’Histoire biblique pouvait donner lieu à des dispenses pour les enfants comme pour les professeurs.»

Le DFJC a donc décidé que cette matière ne serait plus évaluée, et qu’une réflexion serait menée sur son contenu, en concertation avec les députés qui se sont mobilisés il y a quelques années pour son inscription dans la loi. Le premier d’entre eux, le pasteur socialiste Claude Schwab, ne cache pas son inquiétude. «Il y a une dilution de ce cours dans la grille horaire, il s’en trouve fragilisé. Cela va à contre-courant des autres cantons latins: même ceux laïcs de Genève et de Neuchâtel s’y mettent.» Cette discipline figure d’ailleurs dans le Plan d’études romand. Mais dans sa partie non contraignante de ce document, qui vise à harmoniser les pratiques scolaires.

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Les représentants des Eglises déplorent eux aussi le choix du département. «Nous n’avons bien sûr pas de revendications, puisqu’il s’agit d’orientations politiques, note Michel Racloz, délégué du vicaire épiscopal de l’Eglise catholique. Mais nous vivons dans une société de plus en plus diversifiée et pluraliste sur le plan confessionnel et il est très important d’amener les enfants à réfléchir à leurs valeurs et à celles de leurs camarades.» «Dans le contexte d’aujourd’hui, avec la montée des extrémismes à travers le monde, pas seulement islamiques mais aussi chrétiens, il faut donner des clés de compréhension aux élèves pour qu’ils puissent décoder l’actualité», renchérit Myriam Karl­ström, membre du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). «Si la foi est personnelle, le fait religieux est totalement public.»


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Des considérations auxquelles se dit sensible la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, qui a hérité de ce dossier au 1er juillet. Elle se veut rassurante sur l’avenir du cours: «Il n’y a pas de volonté de le dénigrer. Mais il faut réfléchir au sens qu’on veut lui donner. Dans une optique de culture générale, il est important non seulement d’apporter des connaissances aux enfants sur le fait religieux, mais aussi de développer l’esprit critique nécessaire pour y réfléchir, le comprendre et le juger. On doit également se préoccuper du volet éthique de cet enseignement, quelque peu délaissé jusqu’à présent. Faut-il le lier à l’éducation numérique, puisque toute technologie implique de l’éthique? Faut-il une dotation fixe de périodes hebdomadaires pour cette branche? Ces questions restent ouvertes.»

Le casse-tête des horaires

Le problème a une autre facette: celui du casse-tête de la grille horaire, de plus en plus difficile à résoudre à mesure qu’on y ajoute de nouvelles branches. «Il me semble raisonnable de faire un état des lieux après quatre ans de ce nouveau cours, sans pour autant le laisser tomber, commente Grégory Durand, président de la Société pédagogique vaudoise. Laisser une marge de manœuvre aux enseignants est une bonne chose car il est déjà difficile de suivre le programme d’histoire.» Y associer la leçon Ethique et cultures religieuses avait d’ailleurs à l’époque suscité un tollé chez StoriAE, l’Association des étudiants en histoire de l’UNIL. Ses membres déploraient notamment un affaiblissement de leur discipline, déjà perçue comme parent pauvre dans l’école.

Si les profs fraîchement émoulus de la HEP ont appris à parler des cultures religieuses à leurs élèves, tous n’ont pas ce bagage moderne, la formation continue n’étant pas obligatoire. Et cette matière en elle-même est délicate à traiter, admet-on. «Le maître et la maîtresse sont bien sûr renvoyés à leur propre rapport à la religion et ce n’est pas une chose facile», relève Myriam Karlström. Entre le laïcard pur et dur et le pieux paroissien, il y a derrière le pupitre tout le panel de sensibilités que l’on retrouve dans la société. Laisser l’enseignant choisir l’ampleur à donner à ce cours, c’est bien sûr s’en remettre à sa perception du rôle de l’école. «Le sujet est si complexe qu’il semble difficile de l’aborder par saupoudrage et l’enjeu social de cette branche mérite qu’on s’y attarde», dit Séverine Desponds-Meylan, chargée d’enseignement à la HEP spécialisée dans l’éthique et les cultures religieuses. «L’aspect ponctuel me semble problématique. Un découpage par période n’est pas forcément la panacée, mais pour approfondir le sujet, il est nécessaire d’effectuer un travail sur la durée avec les élèves.»


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Un consensus semble régner sur l’importance de ne pas laisser les écoliers seuls avec leurs questionnements. Chez les parents aussi, même si quelques-uns se sont plaints au DFJC: «Nous avons sondé nos membres et ce qui en ressort, c’est qu’il y a un réel attachement à ce que ce cours Ethique et cultures religieuses demeure, indique la coprésidente de l’Association vaudoise des parents d’élèves, Marie-Pierre Van Mullem. C’est normal qu’il suscite des réactions, mais il faut continuer à chercher des solutions pour pérenniser cet enseignement. Le risque, c’est de le voir disparaître des radars et, là, l’école manquerait à sa mission. Ce cours permet d’aborder la question du vivre-ensemble, et c’est un bon outil contre la radicalisation.»

Créé: 31.08.2017, 06h56

Pasteurs et prêtres exclus des classes

Depuis cette année, les prêtres et les pasteurs ne viennent plus rendre une petite visite annuelle dans les classes d’école. Le Département de la formation a en effet abrogé cette ancestrale pratique – vestige de l’école du XIXe siècle –, qui avait perdu depuis longtemps tout caractère prosélyte. Il s’agissait surtout de répondre aux questions pointues des élèves qui n’avaient pas trouvé de réponses durant le cours d’Histoire biblique. A l’origine réservé aux pasteurs, l’accès aux salles de classe avait été étendu aux prêtres en 2008 par la ministre Anne-Catherine Lyon. Pure question «d’équité» entre les deux confessions reconnues de droit public par la Constitution. Tollé chez les députés! L’UDC craignant que l’on n’«ouvre la boîte de Pandore» et qu’on ne finisse par admettre l’intervention d’imams ou de rabbins dans les collèges. Désormais, tous à la même enseigne: aucun représentant religieux dans les classes!

A la place, l’Etat a demandé aux Eglises réformée et catholique de fournir pour chaque établissement scolaire le nom d’une «personne ressource», formée en théologie. «Celle-ci n’intervient plus auprès des élèves, mais peut aider un enseignant qui le souhaite dans la préparation de sa leçon d’Ethique et cultures religieuses, ou d’un projet en lien avec la religion», illustre Myriam Karlström, membre du Conseil synodal de l’EERV.

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