Pas rentable, Aquatis appelle les autorités à l’aide

LausanneL’aquarium n’est pas rentable après deux ans d’exploitation. Il a demandé une réduction de la taxe sur les divertissements à la Ville, qui dit non, sans fermer la porte à une subvention.

Le centre consacré à l’eau douce, à Vennes, peine à assurer sa rentabilité.

Le centre consacré à l’eau douce, à Vennes, peine à assurer sa rentabilité. Image: Florian Cella

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À Vennes, dans les hauts de Lausanne, 10'000 poissons et une bonne centaine de reptiles fêteront la semaine prochaine les deux ans d’exploitation d’Aquatis. L’aquarium-vivarium consacré aux écosystèmes d’eau douce a en effet ouvert ses portes le 21 octobre 2017, plus de deux ans après l’hôtel voisin du même nom en mai 2015.

Ce 2e anniversaire est toutefois loin d’être triomphant. Bernard Russi est le patron du groupe hôtelier BOAS, d’une part propriétaire de la société Aquatis SA, qui gère l’aquarium-vivarium, et de l’autre exploitant de l’hôtel. Il admet sans ambages: «Les prévisions de fréquentation étaient irréalistes.» Une étude de la société Thematis, dirigée par Michel Etter, envisageait une «fourchette prudente» de 450'000 visiteurs la première année, puis 380'000 en moyenne annuelle. L’aquarium-vivarium est loin de ce compte. Michel Etter n’a toutefois pas répondu à nos demandes d’explications.

Remonter la pente?

Déjà en novembre 2018, «24 heures» annonçait qu’Aquatis devait réviser ses projections à la baisse: la première année avait engendré 379'000 entrées au lieu des 450'000 projetées, ce qui plaçait le centre de l’eau douce en troisième position des endroits romands les plus fréquentés, derrière la Maison Cailler, à Broc (FR), et le château de Chillon. En septembre dernier, la RTS annonçait qu’il ne fallait pas attendre plus de 240'000 personnes jusqu’à la fin de cette année. Bernard Russi confirme. En ajoutant que le budget 2019 était très prudent et ne tablait que sur 220'000 visiteurs: «D’octobre 2017 à décembre 2019, nous aurons dégagé un cash-flow sur deux ans d’environ 200'000 francs, après avoir payé les charges et le loyer. C’est insuffisant, car on ne peut pas amortir.» La perte comptable se monte à plusieurs centaines de milliers de francs.

Comment remonter la pente? Aquatis espère attirer entre 310'000 et 330'000 visiteurs en moyenne chaque année. Les expositions temporaires, comme celle consacrée aux «rivières volantes» en Amazonie, ainsi qu’une communication renforcée devraient améliorer la fréquentation (voir encadré). L’aquarium-vivarium a aussi réduit ses coûts. Par exemple en diminuant la consommation d’eau de 300 à 100 m3 par jour.

Remise sur la taxe

Bernard Russi a pensé à autre chose: il a demandé à la Ville de Lausanne de réduire l’impôt sur les divertissements, qui se monte à 14% des recettes sur les billets. «Il est souvent question de nos prix élevés. D’autres lieux, comme le Chaplin’s World à Corsier-sur-Vevey, ont des tarifs équivalents. Mais eux, ils ne doivent pas payer 14% de taxe.» Il explique s’être heurté à un mur. «Pourtant, nous sommes un acteur important sur le plan éducatif, auprès des écoles et de l’enseignement», relève le patron de BOAS. De fait, la cité de l’eau douce a reçu 1775 élèves de janvier à septembre 2019 dans ses ateliers pédagogiques. «Une petite redistribution sur cette fameuse taxe serait la moindre des choses», conclut-il.

Interpellé, le syndic de Lausanne, Grégoire Junod, souligne que la Ville soutient déjà Aquatis dans le domaine des activités scolaires: «Aquatis ne paie aucun impôt sur les divertissements pour les visites de classes. Le règlement lausannois prévoit en effet une exonération dont Aquatis bénéficie.» Mais il confirme, pour le reste, la réponse négative: «L’impôt sur les divertissements est dû comme tout impôt et la Municipalité n’a pas la compétence d’y déroger. Cela dit, les conditions étaient connues dès le départ du projet et il en a été tenu compte dans la mesure où le terrain a été mis à disposition par la Commune à un prix très inférieur aux conditions du marché (ndlr: 100'000 francs par an). C’est une aide publique indirecte importante de la part de la Ville.»

Et une subvention?

Une autre voie serait celle d’une subvention. Lors d’une séance qui a réuni, à la fin de l’été, Aquatis, le Canton et la Commune, la question a été évoquée au sujet des expositions temporaires, indispensables au renouvellement du public. C’est une voie envisagée par les pouvoirs publics, qui posent toutefois des conditions: «Si nous voulions consentir aujourd’hui un appui supplémentaire, cela devrait passer par une subvention et une décision du Conseil communal. La porte n’est pas forcément fermée mais le préalable est logiquement la présentation par Aquatis d’une stratégie de développement sérieuse et d’un business plan viable pour les années à venir. Ce sont les exigences minimales que nous avons formulées avec le Canton. Pour l’heure, nous sommes encore dans l’attente.» Bernard Russi souhaite de son côté étudier d’autres possibilités de collaboration: «De manière générale, je n’ai jamais aimé les subventions. Je ne me vois donc pas en demander une pour Aquatis. Mais si la Commune ou le Canton désirent travailler avec nous sur le plan pédagogique ou nous soutenir dans notre rôle sociétal, nous en serions ravis.»

Déjà un prêt public

Aquatis est une affaire privée, dont l’investissement se monte à 103 millions au total, répartis à raison de 63 millions pour la partie aquarium-vivarium et 40 millions pour l’hôtel. Lancé en 2000 par des scientifiques, le projet a vu arriver Bernard Russi et le groupe BOAS en 2009, appuyé par la société de construction Grisoni-Zaugg, plus exactement Grisobi Holding SA, pour la partie immobilière. Mais une aide publique a déjà été accordée en 2014, sous la forme d’un prêt sans intérêt de l’État de Vaud au titre de la loi sur l’appui au développement économique (LADE). La même année, le Conseil communal de Lausanne acceptait de couvrir ce prêt à hauteur de 5 millions au maximum. À l’époque, le syndic Daniel Brélaz expliquait que les recettes de la taxe sur les divertissements compenseraient l’engagement de 5 millions sur une période de dix ans. Les visiteurs de 2019 amènent environ 700'000 francs à la Ville, ce qui est dans la cible.

Bernard Russi se défend toutefois d’avoir demandé l’aumône au moment de concevoir le projet: «L’État nous avait proposé ce prêt LADE car, à l’époque, nous n’étions pas favorables à l’intégration de l’ancien Vivarium de Lausanne au sein d’Aquatis. Cette intégration nous a coûté 10 millions de plus. Mais je reconnais que notre produit est meilleur grâce à la partie vivarium.» La suite dépend désormais de l’afflux du public.

Créé: 19.10.2019, 07h59

«Rentables dans cinq ans»

«Il faut cinq ans pour atteindre la rentabilité. C’est la règle dans tout ce que j’ai entrepris», déclare Bernard Russi, patron du groupe BOAS.

C’est aussi la réponse de Philippe Leuba, chef du Département de l’économie, de l’innovation et du sport, face à l’inquiétude du député Olivier Epars (Verts) au sujet du prêt sans intérêt de 10 millions accordé par l’État: «La fréquentation étant bien moindre que prévu, quelle sera l’incidence sur le remboursement?» a demandé le parlementaire au Grand Conseil le 8 octobre.

Selon Philippe Leuba, ce prêt a une durée de vingt-cinq ans. La première tranche de remboursement interviendra après cinq ans d’exploitation, en 2022. En mai 2014, au Conseil communal de Lausanne, Guy Gaudard (PLR, aussi député) était un des rares à s’être montré réticent face à l’engagement de deniers publics. Il n’en démord pas: «Le projet était surdimensionné par rapport au bassin régional.»

La stratégie pour remonter la pente

Selon les spécialistes de la communication scientifique et de la muséographie, la deuxième année est souvent difficile. Il n’est pas rare d’encaisser une réduction de 30 à 40% de la fréquentation. Aquatis mise sur deux axes pour aller mieux dès l’an prochain.

Expos temporaires
Fortement attendues, elles sont indispensables dans le but de faire venir et revenir les visiteurs. La première, consacrée aux «rivières volantes» en Amazonie, vient de débuter. D’autres sont envisagées: le thème de l’accès à l’eau, avec Helvetas, en 2021, et le lac Baïkal (Russie).

Si l’énergie et le travail fournis sont financés par Aquatis SA, le coût de ces expos est assumé par la Fondation Aquatis, présidée par l’ancien conseiller national veveysan Yves Christen. À elle de trouver des donateurs: cette fondation doit réunir 15 millions de francs. Elle a pour l’instant récolté un montant de 4,4 millions; il manque donc encore une dizaine de millions.

Communication
À la suite des récents contacts avec les pouvoirs publics, le syndic de Lausanne, Grégoire Junod, lâche une critique: «Il y a un réel déficit de promotion. Un travail doit être mené à ce sujet. Quand vous allez dans une ville où il y a un aquarium, il a une visibilité qui n’existe pas à Lausanne.»

En réponse, Aquatis met en évidence ses campagnes d’affichage et digitales. Une opération nationale commence cet automne. Le défi est de faire passer le message sur la protection des écosystèmes d’eau douce, surtout en Suisse romande. Il semble mieux reçu en France voisine, en Italie et en Suisse alémanique.

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