La rentrée contrastée des petits Vaudois

EcolesQue ce soit dans une école d’antan ou dans un bâtiment high-tech, les écoliers ont retrouvé leurs bancs lundi. Reportages dans deux lieux emblématiques des différences de standard dans le canton.

A gauche une classe de Gingins, construite en 1901, et à droite une classe de Salavaux, construite en 2016. Avec ou sans le tableau interactif (blanc), les élèves de cet âge sont enthousiastes.

A gauche une classe de Gingins, construite en 1901, et à droite une classe de Salavaux, construite en 2016. Avec ou sans le tableau interactif (blanc), les élèves de cet âge sont enthousiastes. Image: Vanessa Cardoso et Jean-Paul Guinnard

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Plus de 92'000 élèves vaudois ont retrouvé lundi le chemin des classes. Ce jour de rentrée a eu la même note douce-amère pour les uns et les autres, qu’ils soient du sud ou du nord du canton, de la campagne ou de la ville. L’école reste l’école. Mais il demeure des différences entre les collèges qui méritent un petit détour. C’est ce que nous avons fait. Selon les endroits, les décors divergent et les équipements pédagogiques aussi. Reportages à Salavaux et à Gingins, dans le temple heptagonal de 2016 et dans la jolie bâtisse de 1901.

Nous voici près du lac de Morat, où 200 écoliers ont rallié hier le nouveau collège primaire de Salavaux. Inauguré il y a tout juste un an, le bâtiment vitré est au top de la modernité. Relié à la fibre optique, il offre une connexion Internet wi-fi très performante et chacune des dix-huit classes – y compris la rutilante bibliothèque scolaire et communale – dispose de tableaux interactifs en lieu et place du traditionnel tableau noir. Le prof peut y projeter l’écran de son ordinateur, sur lequel sont préalablement enregistrées des versions numérisées des manuels scolaires, sont installés des logiciels pédagogiques, etc.

Gadget? Pas à en croire les enseignantes qui ont dû apprivoiser l’engin connecté. «Ce que j’utilise le plus, c’est la liseuse», commente Inès Page, en pleine préparation dans sa classe d’enfantine. Doté d’une caméra, l’objet ressemblant à une lampe de bureau articulée remplace l’antique rétroprojecteur. «Quand nous faisons l’école à la forêt par exemple, nous pouvons ramener des plantes ou des insectes et les projeter sur le tableau.» Celui-ci est tactile, et les enfants peuvent dessiner au stylo dessus: «Et là, il est possible de capturer le dessin et l’imprimer.»

«Je trouve cet outil fantastique», lance Joëlle Manzato, enseignante en 5e HarmoS, qui surveille d’un œil la récréation. «On parle d’un baobab en classe: hop, une recherche sur Internet et on projette les informations et les images sur le tableau», illustre-t-elle. Enthousiaste elle aussi, sa collègue Christiane Genilloud tempère néanmoins: «Parfois il y a des bugs, problèmes que l’on n’avait pas avec les livres et les posters. Il faut trouver une bonne mesure dans son usage, car c’est tout de même un écran de plus.» Il va sans dire que bon nombre d’élèves ont déjà tous dans leur cartable un smartphone – éteint, selon la directive de l’établissement.

«On parle d’un baobab en classe: hop, une recherche sur Internet et on projette les informations et les images sur le tableau», Joëlle Manzato Enseignante en 5e

Les écoliers, justement. Qu’en pensent-ils? Sans surprise, c’est l’engouement. «C’est vraiment super-cool», lance Lili, 11 ans, que nous interrompons pendant la récré en plein conciliabule avec sa copine Anaïs. «Ça fait gagner du temps à la maîtresse, on peut tout y projeter, même des films! Tellement mieux que nos anciens tableaux noirs…» L’interactivité est toutefois limitée puisque les enfants ne peuvent pas l’actionner depuis leur pupitre. Alors à quand un iPad dans les mains de chaque élève? «Ça serait génial! Avoir comme des tablettes d’architecte», s’exclame Anaïs.

On n’y est pas encore, relève le directeur de l’établissement scolaire, Philippe Vidmer. «Mais des classes ailleurs dans le canton ont des iPad à titre d’essai pilote. L'éducation numérique se met gentiment en place, va prendre de l’ampleur cette législature comme l'a annoncé la cheffe de département. Cela apporte un plus indéniable sur le plan pédagogique.» A Salavaux, la réunion dans un nouveau collège de toutes les petites classes de village jusque-là dispatchées est un formidable atout. «Cela crée une cohésion d’équipe, et les enseignants se sentent moins isolés face aux problèmes qu’ils rencontrent. Nous avons de la chance que les communes aient été favorables à doter l’établissement d’un outil de travail aussi performant.»

Le collège de Salavaux a coûté 12,5 millions à la Commune de Vully-les-Lacs. Comparé à d’autres bâtiments scolaires vaudois, c’est bon marché. «Nous ne sommes pas passés par un concours d’architectes», relève le syndic Blaise Clerc. «Les négociations ont été intenses avec le Canton. Il refuse de prendre en charge les tableaux interactifs, qu’il considère comme du mobilier au même titre que les tables et les chaises. Les 18 tableaux nous ont coûté un peu plus de 250 000 francs.» L’Etat de Vaud et les communes planchent depuis des années sur une révision du règlement balisant qui paie quoi dans les constructions scolaires. Un dossier qui s’enlise.

Collège adoré

Il n’y a pas (encore?) ce genre de problème à Gingins, au pied du Jura. Ce village apparaît comme un îlot champêtre au milieu de bourgs fortunés. Parqué au sein de l’établissement Elisabeth de Portes qui regroupe huit communes de Crassier à Gingins, le vieux collège de 1901 accueille les enfants de paysans tout comme ceux des expatriés anglo-saxons. Cinq classes sur six y sont actuellement ouvertes. Dès potron-minet, le directeur Philippe Ducommun-dit-Boudry nous attend pour la visite. Lui-même «expatrié» du canton de Genève, il dirige l’entité depuis trois ans.

La bâtisse, classée, est en travaux, le toit d’ardoise ayant déclaré forfait après une forte grêle. A l’intérieur, la cage d’escalier reste d’époque avec sa rampe en fer forgé et ses marches ouvragées. Beau! «Les classes ne sont pas aux normes actuelles de construction, précise le directeur. Certaines sont très grandes, d’autres petites. Mais le bâtiment est sécure, nous avons fait des tests avec les pompiers.»

La classe enfantine baigne dans la lumière. Sous nos pieds, les parquets grincent agréablement. La classe «très grande» s’ouvre à l’arrière sur un espace jeux très accueillant dans lequel on aimerait bien pouvoir s’arrêter soi-même. La salle est traditionnelle, avec son tableau noir et ses craies, même si trois ordinateurs sont là et qu’il y a le wi-fi.

Aux yeux du directeur, cet équipement basique n’est pas un problème: «Nous n’avons pas de tableaux interactifs blancs dans aucun de nos bâtiments. C’est cher pour les communes qui n’ont par ailleurs pas hésité à équiper tout l’établissement d’unités d’accueil et de cantines. En plus, il faut former les enseignants.» Philippe Ducommun-dit-Boudry se dit séduit par l’enseignement «avec» l’informatique tel que l’a appelé de ses vœux la nouvelle cheffe de l’Ecole, Cesla Amarelle: «Je trouve judicieux de travailler par projets. Ça m’intéresse, mais il faut que je construise avec les profs.»

L’an dernier, des bruits ont circulé sur une éventuelle fermeture du Collège de Gingins. Ce n’était qu’une rumeur due au fait que l’une de ses classes devait fermer. Mais les parents d’élèves et les conseillers communaux ont pris peur. La rationalisation des collèges demandée à la tête de l’Ecole vaudoise a fait fermer plus d’une petite école: «Le plus souvent des bâtiments à une seule classe», indique le directeur.

Dans la classe de 5e primaire de Julie Collignon, les élèves nous reçoivent aimablement. Tous sont contents de recommencer l’école et de découvrir leur nouvelle maîtresse. Mathilde va même jusqu’à préciser que tout ça lui a «manqué». Au sujet du bâtiment lui-même, les compliments pleuvent et Lisa fait savoir qu’elle aimerait bien que l’école «reste comme ça». Mais c’est bientôt la récré. Elle sera sonnée avec une cloche, une vraie, comme dans les films.

Créé: 22.08.2017, 06h33

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