Les requérants d'asile du Collectif R dorment dans la salle de catéchisme

LausanneLa paroisse du Sacré-Coeur continue d’héberger un refuge de migrants à Mon-Gré. Le curé est aux petits soins pour ses locataires. L’évêque a visité les lieux

Cristina, une bénévole du Collectif R, le curé Gabriel Pittet et deux migrants hébergés dans les locaux de paroisse de Mon-Gré.

Cristina, une bénévole du Collectif R, le curé Gabriel Pittet et deux migrants hébergés dans les locaux de paroisse de Mon-Gré. Image: Vanessa Cardoso

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Deux paroissiennes âgées prient, bougies allumées. Dans la salle d’à côté, des Africains déjeunent. Un matin ordinaire à la chapelle de Mon-Gré, au boulevard de Grancy. Les requérants d’asile du Collectif R vivent ici depuis avril 2016. Ils venaient d’être chassés de l’église Saint-Laurent, après une année d’occupation sauvage. La paroisse catholique du Sacré-Cœur leur a alors ouvert les portes de ses locaux à Mon-Gré.

Symbole d’une lutte

Pour le collectif R, ce refuge constitue le symbole d’une lutte: «Des requérants d’asile menacés de renvoi vivent ici, nous leur offrons une protection, un lien avec la société civile, un accompagnement ou des cours de français», explique Cristina, l’une des bénévoles. Le Collectif R conteste le système Dublin – qui force à renvoyer les requérants dans leur premier lieu d’enregistrement sur le continent européen.

«On renvoie des familles, des femmes enceintes et des gens malades, dénonce Claire, une autre militante. La violence exercée sur les migrants par l'administration dans le traitement des procédures d'asile et de renvoi est inacceptable, mais la majorité des gens préfèrent regarder ailleurs.» En deux ans, le refuge a vu passer plus de 150 migrants qui ont récupéré un permis de requérant; une trentaine ont obtenu un statut de réfugié. Plus d’une dizaine y vivent en ce moment.

Un homme en cravate déboule dans la salle commune. «Bonjour mes amis!» lance-t-il à la cantonade. Lui, c’est le curé Gabriel Pittet. Il salue les migrants présents: Byniam, venu d’Erythrée, Boubacar, de Guinée Conacry, et Mohammed, de Côte d’Ivoire. Il connaît les noms de chacun et leurs histoires d’exil. «J’ai des rapports fraternels avec ces locataires. Leur accueil est spartiate, malgré une cuisine et des douches, ils doivent dormir dans une salle de catéchisme. Mais je veille à ce qu’il y ait un baby-foot», plaisante-t-il.

Le curé Pittet s’est engagé pour accueillir le refuge en 2016: «Avec le conseil de paroisse, nous étions contents de prendre le relais de l’Eglise protestante, qui avait déjà fait un travail formidable pendant une année. Cela a été beaucoup plus facile ici qu’à Saint-Laurent, car les militants n’ont pas occupé nos locaux, ils sont venus nous demander.» A entendre le prêtre, la paroisse de Lausanne-Ouchy a une longue tradition d’accueil: «L’abbé Maurice Zundel, une des grandes figures de cette paroisse, disait «je vous attendais» à chaque personne qu’il rencontrait.»

Installation pas au goût de tout le monde

Cette installation à Mon-Gré n’était pas au goût de tout le monde en 2016. Les autorités ecclésiastiques désapprouvaient la démarche. Mais les paroisses étant autonomes, celle du Sacré-Cœur a décidé souverainement. Certains paroissiens désapprouvaient aussi, mais «il faut parfois aider l’Eglise à aller dans le bon sens», sourit le curé Pittet. En octobre, il a même invité l’évêque du diocèse, Mgr Charles Morerod, à visiter les lieux. Ce dernier est venu un samedi matin.

«Il faut parfois aider l’Eglise à aller dans le bon sens»

«J’y suis allé pour faire la connaissance des personnes et j’ai été ému de cette rencontre», confirme Mgr Morerod. L’Eglise catholique a-t-elle changé d’avis? Pas officiellement: «Plusieurs paroisses et autres institutions de l’Eglise aident à accueillir des requérants. Mon-Gré est un cas particulier parce que cet asile est à la marge de la légalité, voire illégal, fait remarquer l’évêque. Dans ce domaine comme les autres, l’Eglise ne demande pas de bénéficier de lois différentes, mais elle comprend que l’on puisse invoquer l’objection de conscience face à des situations humaines très difficiles.»

Les Eglises soutiennent donc les migrants, sans pour autant appuyer le combat politique du Collectif R: «Nous aidons et accompagnons les migrants partout où c’est possible, mais notre engagement est moins politique qu’à l’époque des 523», résume le pasteur Pierre-Olivier Heller. L’hébergement du refuge à Mon-Gré reste donc le choix d’une paroisse. Il pourrait durer: «Nos locaux devront être rénovés, mais pas dans l’immédiat», explique Gabriel Pittet.

Créé: 26.02.2017, 10h00

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