Il reste 45 sites pollués dans le canton de Vaud

EnvironnementUn tiers des sites contaminés doit encore être assaini sur le territoire vaudois, vingt ans après la mise en œuvre de l’ordonnance fédérale sur les sites pollués.

Sottens. Deux responsables sont morts asphyxiés par des gaz en 1991, lors de la décontamination de la décharge de la Morenche.

Sottens. Deux responsables sont morts asphyxiés par des gaz en 1991, lors de la décontamination de la décharge de la Morenche. Image: JEAN-PAUL GUINNARD - A

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Il y a vingt ans, un grand recensement des sites pollués démarrait dans toute la Suisse. Il a fallu plusieurs années aux Cantons et à la Confédération pour faire cet inventaire, qui a révélé la présence d’au moins 38 000 lieux contaminés.

La Confédération s’était donné «une à deux générations» pour nettoyer cette pagaille environnementale. Il a été décidé de dépolluer les sites jugés nocifs pour le sol, l’air ou les eaux, soit 10% du total, dans une ordonnance fédérale de 1998 (OSites).

Vingt ans plus tard, où en est-on? Le sujet est sensible. S’intéresser aux sites pollués, c’est toucher aux photos de famille… Un quart seulement des sites pollués dangereux a été assaini en Suisse. Et dans le canton de Vaud? Selon notre analyse des données de l’Office de l’information sur le territoire vaudois, sur 2804 sites pollués, 119 devaient être décontaminés: 74 sites l’ont été, tandis que 45 autres attendent leur tour.

Surtout des décharges

Ils peuvent être d’anciennes décharges (15 000 sur le territoire suisse), des sites industriels (18 600), des installations de tir (3900) ou encore des lieux d’accident (500). De nombreux sites ne seront pas assainis, mais surveillés car ils menacent des eaux souterraines. Environ 900 d’entre eux sont proches de sources d’eau potable sur tout le territoire suisse.

Enfin, la plupart des sites sont simplement classés comme non dangereux, comme les anciennes stations-service, ou la plupart des gares ferroviaires où les transbordements de matières polluantes étaient effectués.

Par chance, le Canton de Vaud n’a pas eu affaire aux immenses décharges chimiques que l’on trouve chez nos voisins (lire encadré). Les sites vaudois les plus importants sont d’anciennes décharges, où se mêlaient des déchets de toutes sortes dans le laisser-aller le plus total, notamment des déchets industriels.

À Bioley-Orjulaz, par exemple, 1000 fûts éventrés contenant des déchets toxiques – des résidus industriels – ont été excavés avec 55 000m3 de déchets de l’ancienne gravière. La nappe d’eau souterraine avait été touchée par la pollution. Assaini en 2008, le site a ensuite été comblé par des matériaux non pollués et se trouve aujourd’hui sous une zone industrielle.

Tragédie et accidents

Le processus d’assainissement peut être particulièrement dangereux. Triste exemple, la décontamination de la décharge de Sottens est connue pour avoir causé la mort de deux personnes en 1991. Le fils du propriétaire de la décharge et un contremaître avaient péri asphyxiés par des gaz sulfureux échappés d’un drain perforé qu’ils tentaient de réparer. D’autres accidents ont marqué les mémoires régionales. À Daillens, en 2015, 25 tonnes d’acide sulfurique ont été déversées lors du déraillement d’un train. Mille tonnes de terre avaient dû être excavées. Pourtant, le lieu n’est pas inscrit au cadastre des sites pollués, car il a été nettoyé immédiatement. C’est également le cas pour le déraillement de wagons transportant des produits chimiques à la gare de Lausanne en 1994.

Que reste-t-il à assainir?

La plupart des sites vaudois (2406 sur 2804) sont classés comme «ne nécessitant ni surveillance ni assainissement», selon les données du Canton. C’est le cas de 628 stations-service et garages, ainsi que de 208 stands de tir.

Quarante-cinq sites doivent encore être assainis, dont 11 pour lesquels les chantiers sont lancés, comme à la gare de chargement Tamoil à Aigle, à l’ancien dépôt de carburants Bauer Beyeler SA à Yverdon ou sur le site de Brenntag Schweizerhall AG à Avenches.

Douze stands de tir, quatre décharges et quatre anciens sites industriels attendent encore leur sort. «Il s’agit de pollutions aux hydrocarbures, aux goudrons, aux huiles et aux métaux lourds, détaille Jean-Pierre Meusy, chef de la division Assainissement au sein de la Direction générale de l’environnement de l’État de Vaud. Les procédures sont complexes, tant sur le plan technique que juridique, et prennent parfois beaucoup de temps.»

Les buttes de tir sont considérées comme moins urgentes, sauf si elles sont proches d’une zone de protection des eaux. Le stand de tir de Floreyres à Yverdon, par exemple, attend encore d’être décontaminé. Ce sont les fragments de balles, en métaux lourds comme le plomb, qui contaminent les matériaux de la butte.

Vingt-six sites attendent encore leur évaluation, comme l’ancienne Usine à gaz de Malley, le site de l’entreprise Thévenaz-Leduc SA - Sirec SA à Écublens, l’Usine à gaz de Morges ou encore l’ancien site de production Leclanché SA à Yverdon.

Pour une zone très particulière, le Canton a décidé de ne pas agir. Cinq fûts ont été découverts en 2012 dans le Léman, à 160 m de profondeur au large de Vidy, à l’occasion de recherches scientifiques menées par l’EPFL. Deux fûts perforés et donc vides ont été remontés en novembre 2016, pour un coût de 48 000 francs. Ils contenaient des huiles usagées, selon les analyses de résidus. Les autres fûts, très probablement tous vides, n’ont pas été remontés.

On trouve aussi, dans les sites de la catégorie «investigation nécessaire», celui des ateliers de la CGN à Ouchy. Ils font partie des 294 sites vaudois qui sont gérés directement par la Confédération, parce qu’ils concernent des entreprises de transport ou des emplacements militaires. «Une investigation préalable doit être terminée pour 2018, confirme le Canton. Le besoin d’évaluation est justifié par l’utilisation, pendant une longue période, de substances polluantes ayant pu atteindre le sous-sol.»

Qui paie?

Les frais d’assainissement incombent aux propriétaires des sites, mais peuvent être mis à charge de la collectivité – il existe un fonds cantonal et un fonds fédéral dans ce but – si le site pollué est «orphelin» (les personnes à l’origine de la pollution ne peuvent être retrouvées), que les responsables sont insolvables ou que les investigations révèlent qu’il n’y a pas de pollution.

Pour les décharges, ce sont les Communes qui sont responsables de la décontamination, mais c’est le Canton qui en assume les coûts. Il a également pris en charge l’assainissement de plus de 120 gouffres pollués sur les 150 inventoriés depuis 2001. Ces cavités, réparties sur 34 communes du Jura et des Préalpes, renferment généralement entre 5 et 20 m3 de déchets.

Le Grand Conseil a approuvé 30 millions de crédits successifs depuis 1994 pour des travaux de dépollution, mais aussi la surveillance de 109 sites, les analyses et la mise en place du cadastre des sites pollués.

Sites dormants

Les 43% des sites pollués inscrits au cadastre vaudois se trouvent sous de nouvelles constructions. Les décontaminations s’imposent lorsque le propriétaire veut lancer des transformations. Les batailles juridiques sont nombreuses. «Dans le cas d’anciens sites industriels, ce n’est pas toujours facile de mettre la main sur les responsables», indique Sébastien Fracheboud, chef de projet pour l’assainissement industriel à la DGE.

À ce jour, 134 dossiers vaudois ont fait l’objet d’une demande de financement du fonds fédéral prévu par l’OTAS (l’ordonnance relative à la taxe pour l’assainissement des sites contaminés), selon l’Office fédéral de l’environnement. Le Canton de Vaud a reçu 5,2 millions de francs pour les décharges, 1,6 million pour les buttes de tir et 138 000 francs pour trois anciens sites industriels: Neutra Béton SA à Mézières, l’Usine à gaz de Moudon et l’ancienne usine Paillard à Sainte-Croix.

Combien de temps faudra-t-il pour assainir les sites restants? «Il y en a probablement pour vingt ans et plus, estime Jean-Pierre Meusy. Chaque année, de nouvelles pollutions sont découvertes lors de chantiers.» Sans compter que de nouveaux sites peuvent être créés: il y a toujours des possibilités d’accidents.

Créé: 20.11.2018, 06h18

Les chantiers de contaminations graves

Dans nos cantons voisins, des sites gravement contaminés par des déchets spéciaux ont dû être assainis à l’aide de grandes halles construites sur le site même, par exemple pour les décharges chimiques de Kölliken (AR) et du Pont-Rouge à Monthey (VS). À Bonfol, dans le canton du Jura, il a fallu onze ans de négociations
et sept ans de travaux pour excaver et incinérer 200 000 tonnes de déchets abandonnés par des entreprises chimiques bâloises dans une décharge industrielle.

La décontamination de ces trois sites a coûté 1,5 milliard de francs, selon le Département fédéral de l’environnement. D’autres décharges de déchets spéciaux attendent encore, comme celle, immense, de déchets chimiques de Lonza, près de Brigue, où du mercure est mélangé à une multitude de déchets organiques, ou celle de La Pila dans le canton de Fribourg.

Un site géré par la Confédération elle-même est venu s’ajouter à la liste avec l’ancien dépôt de munitions de Mitholz, dans l’Oberland bernois. Il avait explosé en 1947, faisant neuf morts. Des centaines de tonnes de substances explosives sont restées sur place et le risque d’explosion vient d’être revu à la hausse par les services de Guy Parmelin.

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