«Il reste beaucoup à faire» dans les prisons vaudoises

Politique pénitentiaireEtablissements surpeuplés et parfois vétustes, détenus avec des troubles psychiques, gestion de la dangerosité. Le canton a présenté lundi matin sa politique pénitentiaire.

Béatrice Metraux, conseillère en charge du Département des institutions et de la sécurité.

Béatrice Metraux, conseillère en charge du Département des institutions et de la sécurité. Image: VANESSA CADOSO

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«Il reste encore beaucoup à faire.» Lundi matin, la conseillère d’Etat Béatrice Métraux présentait, devant la presse, les axes stratégiques de la politique pénitentiaire vaudoise. Secoué par les affaires Skander Vogt puis Marie, par plusieurs évasions, mais aussi par l’évolution de la criminalité, le Service pénitentiaire (SPEN) a été contraint de se remettre en question. Dans un rapport de 200 pages répondant entre autres au postulat d’Anne Papilloud et consorts, le SPEN a présenté «sa feuille de route» pour laquelle 100 millions ont été accordés en 2014 en plus du budget courant du SPEN de 132 millions.

Et un défi, si ce n’est le plus grand, sera de juguler la surpopulation carcérale. Aujourd’hui, le taux d’occupation de la prison préventive de Bois-Mermet à Lausanne est de 170%, et de 150% pour celle de La Croisée à Orbe. «La conséquence est que des personnes sont placées dans les zones carcérales des postes de police», a rappelé Sylvie Bula, cheffe du SPEN. Des conditions de détention considérées comme contraires à la Convention européenne des droits de l’homme. Dans les prisons bondées, les détenus en exécution de peine ou en exécution anticipée de peine ne peuvent alors pas tous avoir accès au travail. Un point qui place le canton de Vaud dans l’illégalité.

Créer de nouvelles places

Si 250 places de détention ont déjà été créées depuis 2012, Béatrice Métraux envisage d’en avoir 120 de plus d’ici à 2027. L’objectif est de construire une nouvelle colonie ouverte sur le site des Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO) et de transformer la colonie ouverte actuelle en colonie fermée. Comme déjà annoncé, la vétuste prison de Bois-Mermet devra aussi être remplacée. Un point sensible qui n’est prévu qu’à partir de 2022. «Nous souhaitons aussi travailler au plus vite avec les autres cantons afin d’utiliser les places disponibles ailleurs», a précisé Sylvie Bula.

Autre grand défi: la prise en charge des détenus ayant des troubles psychiques. En dix ans, le taux de personnes bénéficiant d’un traitement et d’un suivi psychiatriques est passé de 33,4% à 45,6% en 2014. Pour l’heure, Curabilis à Genève propose une prise en charge en milieu fermé mais les places sont limitées. Les EPO et la prison de La Tuilière à Lonay disposent tous deux d’une unité psychiatrique. Comme planifié en 2014, la prison de Lonay va donc se transformer partiellement pour développer ces prises en charge spécifiques.

L’amélioration de la sécurité et une évaluation de la dangerosité dès le début de la détention sont aussi au programme. Enfin, l’augmentation du personnel du Service pénitentiaire (600 personnes actuellement) est, aux yeux du Département, un vrai défi. «Nous pouvons avoir de belles prisons, toutes neuves, il nous faut surtout le bon nombre de personnes au bon endroit», a insisté Sylvie Bula. Pour cela, il faut, à ses dires, améliorer la formation du personnel pénitentiaire et augmenter l’attractivité des métiers de ce secteur.

Pas assez de concret

Cinq ans après avoir demandé ce rapport, la postulante Anne Papilloud se dit «partiellement satisfaite». Elle reconnaît l’ampleur du travail de rédaction d’un tel document, et la possibilité de connaître désormais les ambitions du Conseil d’Etat. Elle y voit toutefois un «que sais-je» de la politique pénitentiaire. «Ce rapport est extrêmement vague et ne donne pas assez de pistes concrètes», estime la députée de La Gauche-POP-solidaritéS.

«La question de la réinsertion était, entre autres, au cœur de notre postulat, rappelle Anne Papilloud. Or on nous répond qu’il faudra respecter le Code pénal et donner du travail à tous les détenus qui y ont droit. Cela est à mon sens un peu léger. Ce rapport est un outil de communication sur les défis à venir alors que nous les connaissions déjà.»

Créé: 25.01.2016, 15h58

En chiffres

14 745 Le nombre de condamnations en 2014 dans le canton de Vaud.
19,7% Le pourcentage de peines privatives de liberté sans sursis octroyées sur Vaud. En Suisse, il est de 10,93%.
913 L’effectif de personnes détenues dans le canton au 31 août 2015.
40% L’augmentation des effectifs du Service pénitentiaire en trois ans.

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