Malgré les restrictions, les jeunes dégotent encore de l’alcool

LausanneJeunes, policiers, secouristes et acteurs de la prévention sont formels: la plupart des commerces respecte la limitation de 2015, mais son efficacité est limitée.

La loi interdit depuis 2015 la vente d’alcool à l’emporter (sauf pour le vin) dès 21 h. Lausanne a baissé cette limite à 20 h.

La loi interdit depuis 2015 la vente d’alcool à l’emporter (sauf pour le vin) dès 21 h. Lausanne a baissé cette limite à 20 h. Image: PHILIPPE MAEDER

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Que se passe-t-il quand vous interdisez à un ado ou un jeune adulte d’acheter de la bière à l’emporter après 20 h? Il se débrouillera pour en acheter avant ou il dégotera des commerces qui jouent avec les limites. C’est le constat presque unanime, alors que la loi vaudoise sur les auberges et les débits de boissons (LADB) interdit depuis 2015 la vente d’alcool à l’emporter (sauf pour le vin) dès 21h. Les communes peuvent baisser cette limite à 20h. C’est ce qu’a fait Lausanne.

L’objectif était clair: lutter contre les «bitures express» chez les jeunes, c’est-à-dire des alcoolisations massives et rapides. Le but est-il atteint? Nous avons contacté de nombreux hôpitaux, dont le CHUV, des acteurs médicaux et sanitaires, des professionnels de la prévention, l’Administration cantonale. Bien peu nombreux sont ceux qui se risquent à dire que le nombre de jeunes complètement «fracassés» par l’alcool est en baisse. Le Conseil d’Etat promet un rapport et des contrôles, par voie d’achats tests anonymes, d’ici 2018.

Sur le terrain, cependant, on voit bien que les jeunes ont encore facilement accès à l’alcool à l’emporter, en tout cas à Lausanne. «C’est devenu plus compliqué qu’avant, mais il suffit d’aller dans certains petits commerces qui ferment tard et d’être persuasif, confie une jeune Lausannoise. Si on est une fille, ça passe plus facilement avec un sourire. Les vendeurs sont intelligents et nous demandent parfois un peu plus cher qu’aux heures légales.»

«Pas saoulés au chasselas»

Ces pratiques seraient rares, à en croire Pierre-Antoine Hildbrand, municipal libéral-radical en charge de la Sécurité et de l’Economie. En 2016, la police communale a effectué 204 contrôles, pour aboutir à quatre dénonciations. En 2017, il y a eu 156 contrôles et six dénonciations. «La loi est donc globalement respectée, commente Pierre-Antoine Hildbrand. Les commerçants savent que les risques de sanctions sont très élevés, comme des amendes, des restrictions d’horaires ou des interdictions de vente.» Selon la police, la majeure partie des clients a simplement modifié leurs heures d’achat.

Au Grand Conseil il y a deux ans, la vente de vin à l’emporter était devenue un véritable enjeu. La droite voulait protéger les vignerons vaudois et la gauche craignait que les jeunes continuent à se saouler en changeant de breuvage. «Le contrôle des sacs montre qu’ils achètent avant tout de la bière, souligne Pierre-Antoine Hildbrand. Nous n’avons pas observé de jeunes qui se saoulent au chasselas. La crainte d’un passage au vin ne s’est pas réalisée. De plus, nous avons constaté une diminution des alcoolisations massives.» Difficile de dire quel a été l’impact réel de la loi, car Lausanne a multiplié d’autres mesures: modification des horaires d’ouverture, heure blanche, prévention, etc.

Cocktails avec du vin mousseux

Franck Simond, directeur de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme (FVA), est d’un autre avis. Il se base sur les actions de prévention organisées en club, en soirée ou dans des festivals avec d’autres partenaires. «Les jeunes ne vont pas s’alcooliser massivement à l’Yvorne, évidemment, commente-t-il. Mais nous voyons qu’ils utilisent désormais du vin pour faire leurs cocktails lorsque les autres alcools (bières et spiritueux) ne sont plus en vente. Pas du vin local, trop cher pour eux, mais par exemple des vins mousseux étrangers, à quelques francs la bouteille. Ils recherchent le prix, pas la qualité. Ils nous le disent eux-mêmes.»

La solution, pour lui, serait d’étendre la limitation de vente à tous les alcools: «Plusieurs études internationales ont montré que la seule solution, c’est une mesure claire du législateur et de l’argent dans la prévention.» Il rappelle que les achats tests réalisés par la FVA ont montré que deux tiers des commerces vendent de l’alcool à des mineurs en journée.

Pompettes avant de venir en boîte

Il n’est pas seul à garder un œil critique face à cette loi. Sur le terrain, plusieurs professionnels de la santé nous ont confié qu’ils auraient préféré une interdiction complète, car la nouvelle loi n’empêche pas les jeunes d’arriver en soirée déjà pompettes. Les secouristes de la société Hemostaz le remarquent, eux qui sont mandatés par cinq clubs lausannois pour y assurer une présence. «En boîte, nous observons que les jeunes arrivent vers nous en début de nuit, explique David Ferreira, coordinateur chez Hemostaz. Cela signifie qu’ils ont commencé à boire avant de venir en boîte. Les plus âgés, eux, viennent nous voir plutôt en fin de nuit. Cette loi n’a pas réglé le problème, mais l’a diminué.» (24 heures)

Créé: 25.08.2017, 06h46

Qu'en disent les restaurateurs?

Comme son nom l’indique, la loi sur les auberges et débits de boissons (LADB) concerne surtout les cafés et les restaurants. Deux ans après son entrée en vigueur, Gilles Meystre en regrette certains effets, lui qui préside l’association professionnelle GastroVaud. «L’interdiction de la musique en terrasse n’aide pas à améliorer l’accueil et l’ambiance. Quant à l’obligation de vendre trois boissons de 3 décilitres sans alcool moins cher que tous les alcools, cela a fait augmenter certains prix. Mais le vrai obstacle à l’activité des restaurateurs reste l’attitude tatillonne de certaines polices du commerce.» Gilles Meystre se réjouit toutefois de l’allongement de 17 à 26 jours de la formation pour ouvrir un établissement, voulue par GastroVaud. «Cela va dans l’intérêt de la branche et des consommateurs.»

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