Quand des retraités vaudois renoncent à se soigner

SantéPrès de 18% des jeunes retraités aux revenus modestes font l’impasse sur des consultations pour des raisons financières, révèle une étude

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Il y a ceux qui reportent encore et encore le rendez-vous chez l’ostéopathe alors qu’ils ont mal au dos. Ceux qui ne mettent plus les pieds chez le dentiste. Ceux qui évitent le généraliste parce qu’ils ont une franchise élevée et ne pourraient pas sortir 150 francs pour la consultation.

Pas moins de 17,9% des Vaudois âgés de 65 à 70 ans déclarent avoir renoncé à des soins pour des raisons financières*, révèle une étude menée par l’Institut et Haute École de la Santé La Source en partenariat avec l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive du CHUV. Les chercheurs voulaient savoir comment les seniors au revenu modeste gèrent le passage à la retraite en ce qui concerne leurs besoins de santé. Pas très bien, révèlent les témoignages de 666 Vaudois recueillis il y a trois ans.

Le panel sondé est constitué de personnes à faible revenu (38 300 francs déclarés par an en moyenne) qui peinent à boucler les fins de mois. Toutes ont demandé des subsides à l’assurance maladie, sans succès. «Il ne faut pas croire que ce sont des gens qui vont mendier, précise Blaise Guinchard, professeur associé à la Haute École de la Santé La Source. C’est Monsieur et Madame Tout-le-monde, avec parfois un bon niveau d’études, un bon travail. Plus que la retraite en soi, ce sont les événements de vie (chômage, faillite, divorce, maladie) qui sont liés au renoncement aux soins.»

Repousser, c’est risqué

L’étude qu’il cosigne confirme que, à terme, ce fameux renoncement péjore l’état de santé. «Cela soulève un problème de santé publique. Faire l’impasse sur un contrôle chez le dentiste ou sur une consultation constitue un risque. Prenons une personne qui renonce à aller chez l’ostéopathe. Elle ira chez son généraliste quand la situation aura dégénéré. Le traitement risque donc d’être repoussé jusqu’à ce qu’il y ait une intervention médicalement nécessaire.»

Un de mes meilleurs amis est dentiste, je vais chez lui et il ne me fait pas payer. Mais je n’y vais jamais car je ne peux pas l’accepter moralement.

Témoignage d'un participant à l'étude RENO

Par ailleurs, les «renonçants» se sentent globalement en moins bonne santé que le reste de la population.

Pour faire face, ils ont recours à divers «arrangements»: négocier le prix avec son médecin, aller chez le dentiste en France, faire appel à sa belle-fille pour des soins de base non couverts par l’assurance-maladie… «Le dentiste, c’est marqué interdit depuis cinq ou six ans, témoigne un participant à l’étude. Et pourtant un de mes meilleurs amis est dentiste, je vais chez lui et il ne me fait pas payer. Mais je n’y vais jamais car je ne peux pas l’accepter moralement.»

«On mange des spaghettis»

Cette population doit aussi faire des choix, comme ce couple qui se prive de nourriture et de soins au profit de l’entretien de ses animaux domestiques. «On ne mange plus de foie gras, de filet de bœuf comme dans le temps. Maintenant on mange des viandes hachées, des spaghettis, des trucs comme ça.»

Une inégalité d’accès aux soins touche donc les jeunes retraités modestes du canton. Pour les chercheurs, les mécanismes de régulation du système de santé n’y sont pas étrangers. Citons la participation aux coûts (franchise et quote-part) et la limitation du choix du professionnel. Autant de freins qui rendent difficile l’accès aux prestations de santé pour cette population vulnérable, voire poussent les gens à ne rien faire du tout. Blaise Guinchard relève aussi qu’«il y a de plus en plus d’événements de santé qui sortent du catalogue LAMal, comme le suivi des maladies chroniques ou les douleurs dorsales».

Le prix fort

«Paradoxalement, le système de modération de la consommation mis en place contribue en réalité à fragiliser la santé des personnes déjà précarisées et participe à augmenter les frais futurs de la santé, regrette le spécialiste. Plus on reporte les consultations, plus la situation s’aggrave.»

L’étude cite l’exemple des chutes – l’une des plus grandes causes d’hospitalisation chez les plus de 50 ans en Suisse – qui sont notamment provoquées par des troubles visuels, l’ostéoporose, la dénutrition ou la déshydratation. Agir en amont permettrait de retarder le recours au système de soins de longue durée et de diminuer les hospitalisations, concluent les auteurs.

«Les pouvoirs publics devraient porter toute leur attention à ces situations peu connues, écrivent-ils. Il en va de la qualité de vie des individus, mais également de la mise en œuvre efficace d’une politique du vieillissement qui s’inscrive dans une optique de promotion de la santé.»

* Le renoncement aux soins se définit comme une autoévaluation d’un besoin subjectif identifié mais non satisfait. (24 heures)

Créé: 06.10.2018, 09h04

En chiffres

2445

demandeurs vaudois de subsides à l’assurance maladie âgés de 65 à 70 ans ont été interrogés pour cette enquête. 666 ont répondu.

9,5%

des participants déclarant avoir renoncé à des soins disent se sentir en «mauvaise santé». C’est plus que le pourcentage global vaudois (3,8% d’individus en mauvaise santé).

50%

La probabilité de renoncer à des soins est moins élevée pour les actifs travaillant à moins de 50% avant l’âge de la retraite par rapport à ceux qui travaillent à un taux plus élevé.

Et chez les 45-65?ans?

La thématique du renoncement aux soins est explorée depuis quelques années seulement en Suisse. Les auteurs de l’étude de 2015 décrite ci-dessus s’intéressent en ce moment aux personnes âgées de 45 à 65 ans. Ils cherchent des Vaudois volontaires pour témoigner.

Le but: mieux connaître et comprendre les difficultés d’accès à des prestations de santé.

Informations sur cette étude nommée RENO-PARR: 021 641 35 15.

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