Le 11e commandement du Buffet de la Gare

L’Esprit des pintesA Château-d'Oex, l'établissement ouvert en 1904 est connu pour ses apéros conviviaux et ses mets de tradition.

Stephan Grand, tient le Buffet de la Gare depuis 29 ans.

Stephan Grand, tient le Buffet de la Gare depuis 29 ans. Image: Chantal Dervey

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«Dieu a donné dix commandements aux hommes, un onzième à ceux de Château-d’Œx: «N’oublie pas d’aller boire l’apéro une fois par jour au Buffet de la Gare», lance Albert, retraité bon teint. À la même table, un verre de rosé devant lui, Jean-Pierre, autre retiré du boulot, se marre: «Le commandement, je l’applique totalement, tous les jours. Et même deux fois par jour.» L’ambiance est à la rigolade, surtout à la franche camaraderie dans cet établissement dont la vie est rythmée par le passage des trains du MOB. Le premier venant de Montreux s’est arrêté le 8 août 1904 dans la gare favotaise. «C’est du reste l’entreprise ferroviaire qui a acquis le bâtiment en 1900. Le buffet a ouvert aussi en 1904», indique Stephan Grand, qui gère avec sa femme l’hôtel-restaurant depuis bientôt vingt-neuf ans. Avant lui, un certain Amstutz fut aux commandes dix-huit ans durant. Le record? Il est détenu par un nommé Schild, qui a officié pendant trente-sept ans.

Solide gaillard haut-valaisan natif de Loèche, Stephan Grand veille sur sa clientèle. Un bon mot de bienvenue, une petite tape amicale sur l’épaule, un œil aguerri et la main leste vers le verre de blanc presque vide… «La majorité des clients sont des anciens qui viennent très souvent, presque quotidiennement. Des jeunes, il n’y en a pas. Ils ont d’autres habitudes, d’autres codes. Ils achètent des bouteilles au magasin et les boivent en privé. Et puis l’apéro au bistrot, quoi qu’on en dise, ça se perd un peu. Quand j’ai commencé ici, il y avait une septantaine de clients le matin, maintenant c’est plus près de vingt. Le fait de ne plus fumer dans les bars, la norme du 0,5‰, ça n’aide pas», détaille le patron, cuisinier de métier, qui a notamment tenu les fourneaux de l’Hôtel de Chailly, à Montreux.

«Le patron a raison, l’apéro ça se perd… mais pas pour nous», rigole Bernard, assis à une autre table, celle des «chasseurs». D’ailleurs le débat du moment porte pas mal sur la très clivante initiative sur la modification de la loi sur les armes. «Rassurez-vous, on va pas oublier d’aller voter et de faire voter», promet Fernand, venu de Rossinière avec Sandrine. La jeune femme est une exception, ce jour-là, parmi la clientèle présente à l’apéro du matin. Assistante de vie dans un EMS, elle «apprécie ces moments de partage». Samuel complète le sympathique quatuor autour d’un bon flacon de Mont-sur-Rolle. Également pensionné, ce robuste Favotais sait qu’en poussant la porte il va «fatalement retrouver des copains, même de bons copains».

Sinon, au Buffet la clientèle est composée pour moitié de gens du Pays-d’Enhaut – les Damounais –, l’autre moitié étant constituée de résidents secondaires et de touristes, lesquels ne se privent pas de s’attabler, qui côté café, qui côté brasserie. Comme d’autres glorieuses vedettes: l’aérostier vaudois Bertrand Piccard ou les immenses acteurs anglais Roger Moore et David Niven. L’adresse est donc courue. «La nourriture est vraiment excellente ici», renchérit Bernard, retraité mais musicien actif. «On est connus assez loin à la ronde pour nos viandes», reconnaît Stephan Grand, arrivé 5e, l’automne dernier, au premier Mondial du Tartare à L’Étivaz, un des hameaux de Château-d’Œx, par ailleurs commune la plus étendue du canton. Au Buffet, on déguste mets au fromage, poissons, viande sur ardoise et autres spécialités, ou encore mets typiquement de brasserie: langue, rognons, jarret de porc, foie gras frais, choucroute, etc.

Dans le bel établissement typique, transformé et agrandi en 1913, il y a plusieurs espaces intérieurs et différentes cartes pour se régaler. On peut manger sur la terrasse ensoleillée à la belle saison. Et surtout tous les jours de l’année, midi comme soir. «Sauf le 24 décembre», prévient Georges, l’exilé de Payerne, Favotais d’adoption depuis deux décennies, écrivain public et pigiste au Journal du Pays-d’Enhaut. «On l’a bien accepté, fallait bien. Faut dire qu’il est sympa», lance le retardataire de 11h35 qui rejoint les copains de la première table.

«Il y a toujours une bonne ambiance. On refait le monde sans agressivité», assure Georges. «Ici on est vraiment bien. C’est mon stamm, même si j’ai d’autres «églises», conclut Georges. (24 heures)

Créé: 13.04.2019, 20h01

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