1797: La fête succède à la parade

250 ans dans la vie des VaudoisPour la première fois à Vevey, une estrade est montée sur la place du Marché: dansez vignerons!

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A Vevey, la Parade des Vignerons de 1791 a été un succès. «Nous nous sommes délecté les yeux et les oreilles. Les visiteurs étrangers ont été en admiration», a déclaré un spectateur de cette année-là. Il s’agit de faire mieux. Les vignerons améliorent leur vin, les réjouissances, de six ans en six ans, méritent davantage d’ampleur. Le pas accompli en 1797 est décisif: la parade devient fête. La Confrérie de Saint-Urbain est devenue Société d’agriculture, sous l’influence française. Des gradins sont montés, c’est une première, sur la place du Marché à Vevey. La fête ne fera que grossir jusqu’au XXe siècle. Pour cette dernière réjouissance du XVIIIe, on accueille 2000?personnes sur la place. En 1833, ce nombre double. En 1865, on en est à 10?500, 15?000 en 1955, et mille de plus la dernière fois, en 1999. Ce 9 août 1797, tous les figurants du cortège costumé et de ses productions se regroupent sur la place. Un seul lieu accueille désormais le cortège, la cérémonie, la célébration et le banquet. L’endroit prend une dimension scénique.

Le discours d’un érudit

Un livret de 24 pages sort de l’imprimerie Chenebié et Loertscher. En couverture, la silhouette de l’Abbé, portant une longue crosse sous le bras. Pour la première fois, le rôle est tenu par quelqu’un qui n’est pas issu de la noblesse de robe. Jusqu’ici, ce furent magistrats, fonctionnaires baillivaux ou communaux. Louis Levade, lui, est médecin, érudit et homme des Lumières. Extrait de son discours lors du couronnement des vignerons: «Il n’est point en Europe de fête périodique plus intéressante que celle que nous allons célébrer. Il n’est point d’époque plus heureuse pour cette célébration que celle qui nous rassemble aujourd’hui: c’est celle de la paix qui vient de se conclure entre la République française et la Maison d’Autriche. C’est surtout celle de la paix dont nous avons joui jusqu’à présent.»

La déesse Palès s’invite

Le cortège, lui aussi, est remanié. Il s’articule désormais autour des quatre saisons. Et Palès de s’inviter. Déesse des Bergers chez les Romains, elle présidait aussi à l’économie rurale. Dans son livre Histoire et mythe de la Fête des Vignerons, Charles Apothéloz voit en elle l’incarnation de la Liberté. Elle devient, pour sûr, la reine du printemps. L’été consacre Cérès. Bacchus trône sur l’automne. Quant à l’hiver, il reste chrétien avec l’arche de Noé et la noce villageoise.

La mélodie qui accompagne la Ronde de jeunes gens à la noce du village a été conservée. «Célébrons en rond ce grand mariage, car il est pour nous un heureux présage. Qu’un jour les imiterons, de près nous embrasserons, you! Chacun notre mie, ô gué, chacun notre mie.» Chanté en français cette année-là, le texte connaîtra une version en patois en 1819: «Por lo bin fitâ sti bi mariadzo…»

La partie musicale prend de l’ampleur. Et voici l’Hymne de l’agriculture: «O! Toi divine et riche Agriculture Nous te devons les trésors des humains: De tes travaux tu pares la Nature Et l’abondance est versée par tes mains.»

Influence française, des grands prêtres et prêtresses s’adressent aux divinités. A travers leurs paroles se glisse le message des organisateurs. Une nouvelle figure allégorique, la Paix, doit faire son apparition. Mais le bailli bernois trouve l’idée trop révolutionnaire et somme la Confrérie d’y renoncer. Ce qu’elle fait. C’est aussi en 1797 que prend place le premier couronnement public des meilleurs vignerons. Des médailles sont décernées à Abraham Décloux et Jean-Daniel Blanchoud. Mais sans prime, car, financièrement, les temps sont durs.

L’historien Jean-François Vernes-Prescott (1804-1890) à propos de ce millésime: «Et qu’on ne confonde point cette fête avec ces imitations théâtrales qui, dans les grandes villes, nous laissent froids et indifférents; ici les acteurs sont les agriculteurs eux-mêmes; les actions de grâces qu’ils rendent aux dieux des campagnes; leurs chants, leurs actes, rien n’est fardé, tout est réel; et le tableau de cette journée se compose de ceux de toute leur vie.»

Sources: La Confrérie des Vignerons, Emile Gétaz, Ed. Payot et Klausfelder, 1941. Du labeur aux honneurs, S. Carruzzo-Frey et P. Ferrari-Dupont, Confrérie des Vignerons de Vevey, 1998. (24 heures)

Créé: 20.02.2012, 22h36

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