A Vevey, le château de l’Aile retrouve sa splendeur

PatrimoineRénové, le monument néogothique brille de nouveau et cache des innovations high-tech. Visite

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Avancer dans un long couloir avec le lac en toile de fond. Impression – irrépressible, bien qu’irrationnelle – de pouvoir se jeter au bout directement dans le Léman. C’est l’une des sensations que vivront ce week-end les privilégiés (autorités et personnalités, ainsi qu’artisans ayant œuvré sur le chantier) invités à visiter le château de l’Aile, rénové pour près de 40 millions après presque neuf ans de travaux. 24 heures s’est aussi glissé dans les couloirs de l’édifice néogothique veveysan.

Pour la visite, le propriétaire, Bernd Grohe – millionnaire dont la famille a fait fortune dans la robinetterie –, s’émerveille comme au premier jour de son «coup de cœur». «Lorsque j’ai vu pour la première fois ces magnifiques parquets, ils ont fini de me convaincre qu’il valait la peine de sauver ce château, explique-t-il. Ils étaient très bien conservés: nous n’avons eu qu’à les nettoyer.» Ces sols artistiquement ciselés, aux motifs géométriques différents selon les salles, grincent sous les pas des visiteurs. «Des artisans m’ont demandé si je voulais rendre les parquets silencieux. C’est un château, il faut que ça grince! ai-je répondu. En revanche, l’isolation est parfaite.»

Clins d’œil historiques

Pour isoler et pour cacher les câbles et autres prises, chaque lame de bois a été soulevée puis replacée. Un travail méticuleux. Pour une atteinte minimale aux murs et à l’aspect historique, des bornes (hautes d’environ 80 cm) ont été ajoutées en certains endroits, permettant d’actionner musique, sécurité et autres éléments de confort moderne. Avec un souci du détail: «Les boutons du premier étage sont en laiton, ceux du deuxième en aluminium, conformément à l’usage de l’époque qui voulait que cela soit de moins en moins luxueux en montant», souligne Frédéric Gumy, représentant de Bernd Grohe.

Au premier étage, au gré des salons de réception, les murs affichent des couleurs vert d’eau ou bleu presque pétrole étonnamment modernes. Qui sont pourtant originelles: «J’ai respecté scrupuleusement les coloris, dit Bernd Grohe. Hormis certaines tapisseries, extrêmement chargées selon le goût de l’époque, dont je n’ai gardé que des touches.» «M. Grohe a financé toutes sortes d’études historiques et de sondages pour coller au plus juste», souligne Frédéric Gumy. «Je me suis pris au jeu», sourit le châtelain.

Avec un plaisir non dissimulé, Bernd Grohe s’attarde sur des détails. «Toutes les cheminées fonctionnent», insiste-t-il. Fier, un brin ému, il ouvre une porte du rez où ont été conservés des tirants numérotés. «A l’époque, ils ouvraient un clapet dans chaque chambre pour amener la chaleur. Le château, construit en 1840, avait déjà le chauffage central par pulsion d’air chaud! explique Bernd Grohe. En effet, la volonté de l’architecte Philippe Franel était d’en faire un château «high-tech» pour l’époque. Nous sommes allés dans le même sens, tout en respectant l’aspect historique.» «Grâce à un système à pellets, nous récupérons l’air et le réinjectons. On pourrait presque dire que le château est Minergie», sourit Frédéric Gumy. Le système chauffe même une plaque de marbre de la salle à manger, permettant de garder les assiettes chaudes.

La patte contemporaine

La patte contemporaine apparaît ouvertement dans les communs du château, réservés aux cuisines, et dans les toilettes et salles de bains. «J’ai pu me permettre d’y faire quelque chose de très moderne», se réjouit Bernd Grohe. Là réside sans aucun doute la plus belle innovation: des parois blanches, dont le toucher rappelle l’ivoire végétal (tagua), ouvrent sur les douches et s’illuminent d’une multitude de LED, offrant à la pièce une lumière tamisée. «C’est du corian, une résine acrylique. Les architectes du consortium AGN (Amsler, Gagliardi et Nomad) ont développé l’intégration de la fibre optique à l’intérieur, pour rendre le panneau luminescent.»

Véranda servant de jardin d’hiver, petits boudoirs dans les tourelles des angles, la rénovation a respecté la disposition historique des pièces. «Le but n’était pas de mettre des lofts dans les soupentes et de rentabiliser au maximum comme l’aurait fait un promoteur lambda, insiste Frédéric Gumy. M. Grohe a au contraire rénové d’une façon si respectueuse que l’on rentre dans le domaine de l’art. Quand je pense que nous avons été attaqués, alors que nous avons simplement voulu contrer le projet de Christian Constantin, qui aurait défiguré le Jardin du Rivage! Maintenant les Veveysans peuvent constater que M. Grohe a tenu toutes ses promesses.»

Ces derniers pourront en juger sur pièce lors de l’ouverture au public pour les Journées du patrimoine. «Je m’étais engagé à le faire, donc je tiens parole», conclut Bernd Grohe. Qui livrera dans notre édition de lundi les pistes pour l’avenir du lieu. (24 heures)

Créé: 10.06.2017, 09h53

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