Après 137 ans à Aigle, les sœurs de Sainte-Clotilde font leurs adieux

EnseignementLes deux dernières représentantes de la congrégation dédiée à l’éducation catholique s’en retournent à Paris.

Sœur Marie-Yolande Lucas (à g.) et Sœur Marie-Philippe Thibault quittent Aigle.

Sœur Marie-Yolande Lucas (à g.) et Sœur Marie-Philippe Thibault quittent Aigle. Image: CHANTAL DERVEY

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La maison que Marie-Philippe Thibault et Marie-Yolande Lucas occupent à deux pas de la gare d’Aigle est déjà bien vide. Encore quelques cartons à boucler et les deux religieuses mettront un point final à une histoire vieille de 137 ans entre l’Ordre de Sainte-Clotilde et le chef-lieu. Désormais trop âgées pour enseigner, les dernières représentantes en terres vaudoises de la congrégation regagneront Paris à la fin du mois.

C’est là que leur ordre est né en 1821, voué à l’enseignement des jeunes catholiques. Embastillée à la Révolution comme bien d’autres religieuses, Antoinette Desfontaines échappe à la guillotine, mais la Terreur renforce sa vocation: «Cette période a fait beaucoup d’orphelins. Comment éviter que cela se reproduise? Elle s’est dit qu’elle pouvait avoir une influence en offrant une bonne éducation aux jeunes filles», raconte Sœur Marie-Philippe.

La congrégation grandit et essaime. Des écoles naissent à Nice, à Bordeaux, à Poitiers. Soucieux d’offrir un accès à une éducation catholique en terres protestantes, le chanoine Beck, curé de la paroisse d’Aigle, apprend l’existence de cette communauté. Il invite des représentes à créer une école dans le chef-lieu.

Des élèves célèbres

Le nouveau pensionnat ouvre ses portes en 1881, dans les murs de Mon Séjour. «Mlle Folletête», sœur du futur conseiller national Casimir Folletête, en est «la première et la seule élève à sa fondation», indique «Le Nouvelliste». Au fil des décennies, l’internat attire des élèves célèbres: les filles de Franz von Papen, chancelier du Reich en 1932, ou «la fille de Mobutu, que les sœurs de l’époque ont vu arriver entourée de gardes armés», raconte Sœur Marie-Philippe. La conseillère nationale Gabrielle Nanchen (l’une des premières femmes du pays à accéder à cette fonction) y décroche sa maturité. L’internat ferme, puis l’école devient mixte en 1992 et ferme en 1999, à la vente du bâtiment Mon Séjour à la Commune. Les religieuses – elles ne sont alors plus que cinq – déménagent. La mission éducative se poursuit: «Nous assurons encore les devoirs surveillés à la Planchette et des cours aux migrants», décrit Sœur Marie-Yolande.

Dans la région, des générations de jeunes filles se souviennent de leur séjour dans les classes des religieuses. Dans les années 1960, Emmanuelle Lathion y a lié des amitiés solides. Avec ses camarades, elle garde des souvenirs «lumineux» de cet internat «où la bienveillance côtoyait la juste sévérité. Les valeurs religieuses sont restées imprégnées à vie pour certaines d’entre nous, les valeurs morales pour nous toutes.» La vie était alors spartiate, se souvient Emmanuelle: «Les premières années, nous dormions en dortoir. Les lavabos étaient alignés contre un grand mur. La douche n’était autorisée qu’une fois par semaine jusqu’en 1968.»

Pensionnat catholique de Sainte-Clotilde, Aigle, début 1900. ARCHIVES GAUDIN-ÉMERY

Marie-Christine De Battista-Dupont évoque des journées au rythme strict, une bonne éducation, où la religion était omniprésente. «C’est une période qui nous a permis de nous donner un cadre.»

De ces années, vécues entre 1982 et 1986, Suzy Mazzanisi garde un souvenir plus mitigé. «Je n’ai pas eu le sentiment d’être vraiment aimée. On m’a fait comprendre qu’en m’acceptant là, on faisait une bonne action. Il y avait deux catégories: les filles de bonnes familles et celles qui étaient placées là pour être redressées. Et les premières avaient du mépris pour nous autres. Ma chambre était au premier étage. C’était facile de s’échapper. On attachait aux arbres les filles qui voulaient nous dénoncer. Du coup, je garde surtout en mémoire les crasses qu’on a pu faire pour embêter les sœurs», rigole-t-elle. Sa camarade Anne Müller se remémore, elle, une éducation un peu rétrograde, «mais très humaine. Il y avait une hiérarchie très forte. Mais en même temps une certaine connivence.»

L’œuvre de générations

Mais des années après, les anciennes élèves sont unanimes: il s’est créé entre elles un indissoluble esprit de camaraderie. Arrivées à Aigle de Paris et du Mali il y a treize et onze ans, les Sœurs Marie-Yolande et Marie-Philippe n’ont pas connu le pensionnat. Mais relèvent le côté familial qui a, dès 1821, animé l’enseignement de l’ordre. «On rencontre encore des anciennes élèves qui restent attachées à cette école et on reçoit énormément de services de personnes de la région. Cette sympathie dont nous profitons est née grâce au travail de générations de sœurs. Je pense que Sainte-Clotilde a rempli sa mission à Aigle.»

Créé: 19.10.2018, 15h54

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