Aux Grangettes, une battue traque le sanglier

RégulationInterdite par Berne depuis des années, une chasse radicale a été organisée lundi au sein même de la réserve naturelle.

Un chasseur en attente du passage des sangliers aux abords de la réserve des Grangettes. Devant lui, un champ en partie dévasté par les hardes de suidé sauvage.

Un chasseur en attente du passage des sangliers aux abords de la réserve des Grangettes. Devant lui, un champ en partie dévasté par les hardes de suidé sauvage. Image: Christophe Boillat

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7h30, lundi, à Noville, à l’orée de la Réserve naturelle des Grangettes. Ce périmètre de sauvegarde d’importance internationale abrite notamment des oiseaux d’eau, actuellement des migrateurs et des hivernants. Parqués à côté de l’ancien puits de forage, une dizaine de chasseurs volontaires, dont une femme, écoutent les dernières consignes et recommandations des gardes-chasse du Canton et de leurs auxiliaires. Un plan de la zone recto verso leur est remis, des emplacements sont indiqués. Une patrouille de la gendarmerie est en observation et prévient, le cas échéant, les promeneurs qu’une action est en cours.

Une action très particulière. Les chasseurs vont participer à une battue aux sangliers avec des chiens, six en ce lundi matin. «Le but est de déranger le sanglier, de le désécuriser pour éviter que la réserve demeure son dortoir», indique Yves Pfund, surveillant permanent de la faune pour la région Riviera - Pays-d’Enhaut. C’est que le suidé sauvage est malin: il court et mange la nuit et dès l’aube vient se réfugier dans les roselières de la réserve. À l’abri des tirs. Ce n’est pas la première fois qu’une battue est autorisée dans les Grangettes. Mais la Confédération avait mis le holà à cette action dure et invasive. Elle avait été remplacée, dès 2015, par une traque à l’affût. Les chasseurs sont juchés sur des miradors – treize à l’extérieur de la réserve – pour tirer le sanglier.

Feu vert de Berne

Toutefois, la prolifération exponentielle de l’animal et les dégâts importants qu’il commet dans les champs de maïs et autres cultures dans la basse plaine du Rhône ont changé la donne. L’Office fédéral de l’environnement a répondu favorablement à la demande du Canton pour tirer la bête noire à l’intérieur même de la réserve. Un quota de 20 animaux tirés dans le secteur protégé a été autorisé par Berne. S’il n’est pas atteint, une nouvelle demande doit être présentée. Actuellement, les services de l’État évoquent la présence dans la région «de 120 à 150 sangliers». Il y a encore deux ou trois ans, la population était estimée à dix fois moins.

Les premiers tirs

Quelques minutes après le briefing, des chasseurs, au bénéfice d’un permis spécifique (350 francs par an) pour le tir du sanglier, embarquent en voiture avec leurs chiens. Ils vont se poster à différents endroits en bordure de la réserve, des deux côtés du grand canal. Trois autres partent à pied et se positionnent au chemin des Gleyriers, devant l’étang de la Praille. «Les gardes-faune et leurs auxiliaires vont avec les chiens rabattre les sangliers vers nous. Nous devons attendre qu’ils sortent de la réserve pour les tirer. C’est la règle», précise l’un d’eux. Pour eux, pas de quota. «Depuis le début de la saison régulière, j’ai abattu treize sangliers. La régulation est nécessaire.»

Un couple promène ses deux chiens. Sans inquiétude. «J’ai longtemps été chasseur. Je sais qu’il n’y a pas de risque, dit l’homme. Je suis satisfait que cette action soit menée. Il y a trop de sangliers. L’an passé, j’ai vu une troupe qui rentrait à l’aube. J’ai eu le temps de les compter: onze adultes et quinze marcassins.»

Le silence est total hormis les vocalises de différents oiseaux. Dans un champ près de l’étang, une vache en a même profité pour mettre bas. Il faut attendre 8h48 pour entendre, pas très loin du domaine du Fort, un premier tir, suivi d’aboiements de chiens. Éleveur de vaches et de moutons à Noville, Jean-Louis Cathelaz se réjouit de cette battue. «Il était temps. Pas plus tard que dimanche soir à la nuit tombée, j’en ai observé une vingtaine dans le secteur. Ils n’ont même pas peur de l’homme.»

À 10 heures, trois chasseurs lèvent le camp. Ils ont été prévenus par des amis de la présence de cerfs, ailleurs. Ils partent les chasser. Ils reviendront peut-être plus tard près des Grangettes car, selon les gardes-chasse, il est prévu que la battue se terminera vers 17h. À 11h, un premier bilan fait état de «cinq ou six sangliers tués», annonce un observateur. Pause déjeuner et reprise des hostilités. L’après-midi aura été frugal puisque au final ce sont six bêtes en tout qui auront été tirées par les gardes.

Créé: 06.11.2018, 06h44

6



C’est le nombre de sangliers abattus lundi lors de la battue

«Un dérangement anecdotique»

Pour constater et analyser d’éventuels dérangements dus à la battue sur les oiseaux d’eau migrateurs et hivernants présents dans la Réserve naturelle des Grangettes, un expert indépendant et neutre a été mandaté. Il s’agit de Lionel Maumary, biologiste vaudois et ornithologue de renom. «Le premier tir, à 8 h 48, n’a pas eu d’impact. Trois minutes plus tard, lors d’une salve près de l’étang du Gros-Brasset, des cormorans ont été dérangés et se sont envolés. Sur la matinée, les perturbations ont été minimes.» Autre anecdote contée par Lionel Maumary: l’entrée d’une dame dans le Léman près du camping a provoqué l’envol de canards!

Les chasseurs ont tiré en amont des marais protecteurs. «Il est clair que si des tirs avaient été diligentés en bord de rive, il y aurait eu beaucoup plus d’oiseaux dérangés», poursuit l’ornithologue, qui présentera un rapport intermédiaire sur la base de ses observations. Intermédiaire car une autre battue pourrait être mise sur pied selon les résultats obtenus lundi.

Gestionnaire de la Réserve naturelle des Grangettes, Olivier Épars a évidemment observé la battue de lundi. «La manœuvre me semble avoir été faite correctement, dans les règles
de ce qui est admis.»

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