Chillon s’insurge contre la montée des impôts

VeytauxFrappé par la forte hausse de la taxe sur les divertissements, le monument le plus visité de Suisse, et en plein essor, milite contre ce tribut. Qui affecte son offre et sa conservation.

Face aux aléas budgétaires, Marta dos Santos envisage de concentrer ses moyens financiers sur les visites du château.

Face aux aléas budgétaires, Marta dos Santos envisage de concentrer ses moyens financiers sur les visites du château. Image: Chantal Dervey

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Solidement planté sur son rocher, le château de Chillon surfe sur l’afflux massif et croissant des touristes. La forteresse vient de franchir allègrement la barre des 400'000 visiteurs en 2017. Record absolu. Mais cette tendance risque de s’inverser. Pour la première fois depuis que sa gestion a été privatisée en 2002, le monument historique le plus visité de Suisse présente paradoxalement un budget déficitaire – de 70'000 francs – pour cette année. Ce qui se traduit déjà par des coupes dans les montants alloués aux travaux de restauration, de conservation et d’entretien ainsi qu’à l’offre culturelle.


Edito:Un impôt pas tout à fait heureux


En cause: la décision de la Commune de Veytaux d’augmenter de 71,9 centimes à 1 franc par billet d’entrée l’impôt sur les divertissements. «Conséquence, plus nous aurons de visiteurs, plus notre budget d’exploitation tendra à s’amenuiser», résume Marta dos Santos, directrice de Chillon, mais aussi présidente des musées de la Riviera et trésorière de l’Association des châteaux vaudois.

Des subventions inférieures
«Nous ne saisissons pas cette hausse, qui ne repose sur rien d’objectif et sur aucune prestation particulière», commente Claude Ruey, président de la Fondation de Chillon. Qui relève que l’augmentation de cet impôt, de près de 100'000 francs, porte la charge fiscale globale annuelle du château à 345'500 francs, soit plus que la subvention cantonale de 250'000 francs et l’aide fédérale (provisoire) de 80'000 francs réunies. «Nous ne sommes pourtant pas assujettis à l’impôt sur le bénéfice, le capital et sur les donations, sourit Marta dos Santos. Cet impôt sur les divertissements est ridicule. Il doit être supprimé pour les institutions d’utilité publique, monuments ou musées, ne poursuivant pas de but lucratif. Dont certaines souffrent encore plus que nous. Des communes l’ont d’ailleurs déjà aboli pour cette raison.» (Lire en encadré)

Et la directrice du château passe son budget d’exploitation de 6 millions de francs en revue, relevant d’emblée qu’il est autofinancé à 90% par les recettes propres de la fondation, dont 65% provenant des entrées et le solde émanant des produits de la boutique, de la vente de vin et de la location du monument.

Les subventions cantonales et fédérales pour les travaux de restauration et d’entretien ne représentent que 5% de l’enveloppe budgétaire. «Soit 330'000 francs en tout et pour tout, moins que le demi-million qui serait annuellement nécessaire pour que le château ne se détériore pas, précise Marta dos Santos. Et cela sans compter les surprises durant les travaux, tel ce champignon lacustre s’attaquant aux pierres en raison de l’humidité.» Dans ce contexte, la fondation exclut pourtant de majorer cette année le prix des billets d’entrée (8,40 fr. en moyenne) au vu des désagréments qu’engendrera la poursuite de la campagne d’embellissement de la zone extérieure. Un grand projet qui est financé principalement via le fond de restauration de la fondation par les petits bénéfices réalisés jusqu’ici. Et dont le but est de protéger le monument en le soustrayant à la pression des visiteurs. Or, comme celle-ci est grandissante, Chillon n’entend pas plus faire des économies au sein de son personnel, 32 postes à plein-temps représentant une charge financière d’environ 3 millions. Car il s’agit d’assurer la sécurité, de maintenir la qualité d’accueil et des toilettes propres.

«Cela met en péril une de nos principales missions: celle d’organiser des animations à caractère pédagogique liées au château et participant au développement culturel de la région»

En revanche, des travaux seront différés. Et, surtout, le budget des événements culturels sera réduit de 60'000 francs (–17% par rapport à l’année écoulée): plus d’animations hors des heures de visites, donc pas de Journée suisse du jeu, pas de chasse au trésor et plus de catalogue explicatif pour les expositions. «Nous avons moins de moyens pour nos projets d’utilité publique, souligne Marta dos Santos. Ce qui met en péril une de nos principales missions: celle d’organiser des animations à caractère pédagogique liées au château et participant au développement culturel de la région.» Or le succès de l’an passé, avec un quart de visiteurs suisses, était en grande partie dû à la variété et à l’originalité de l’offre du monument. Dont l’exposition temporaire «Médiévale Factory» (+14% de visites par rapport à 2016), le spectacle centenaire Histoire du soldat ou encore l’immersion du vin Clos de Chillon dans le Léman qui a, entre autres, permis au château d’obtenir le 1er Prix suisse de l’œnotourisme.

Un succès qui n’est pas passé inaperçu du côté de la Commune de Veytaux, en délicatesse avec ses finances. «Je concède que cette hausse est importante, mais nous avons estimé nécessaire de revoir cette taxe, explique Christine Chevalley, syndique. Car elle est fixe depuis des années.»

Pas d’égalité de traitement
Et le Conseil communal est allé au-delà des vœux de l’Exécutif, suivant l’avis de Jean-François Pilet, un des commissaires chargé d’étudier l’arrêté d’imposition: «L’impôt sur les divertissements est de 14% à Lausanne, moins de 10% à Veytaux et nous ne percevons rien sur le parking. Le Canton s’est plu à reporter systématiquement des charges sur les communes ces dernières années. Il est de bon ton de lui rendre la pareille.»

«Sauf que nous ne sommes pas le Canton, le château étant géré par une fondation de droit privé, réagit Marta dos Santos. Et le parking se trouve, lui, sur une parcelle cantonale. Nous réclamons juste une égalité de traitement avec les autres acteurs culturels actifs à Veytaux.» Effectivement, vérification faite, le Montreux Jazz Festival ou encore le Septembre Musical, qui mettent sur pied des événements à Chillon, sont exonérés de l’impôt sur le divertissement, selon une autre formule en vigueur depuis de longues années à Veytaux: une taxe de 15%, que peu d’organisateurs de kermesses ou de concerts paient. «C’est vrai, admet Christine Chevalley, nous avons toujours voulu ménager tout le monde.» Jusqu’ici. (24 heures)

Créé: 02.02.2018, 06h34

Une taxe au bon vouloir des Communes

«Les Communes peuvent percevoir un impôt frappant les divertissements publics payants qui sont organisés sur leur territoire, selon les normes fixées par leurs Législatifs dans l’arrêté d’imposition», rappelle Corinne Martin, cheffe du Service des communes et du logement. Cette année, 87 communes vaudoises ont adopté cet impôt qu’elles peuvent prélever sur les concerts, conférences, expositions, représentations artistiques, manifestations sportives, bals, kermesses, dancings, jeux, à l’exclusion des sports. Elles le perçoivent en fonction d’un pourcentage sur les billets vendus (14% à Lausanne) ou sur la base d’une taxe fixe (1 franc par billet, comme à Veytaux). Les tarifs appliqués varient de 5% (Aigle, par exemple) à 15% (Savigny et Veytaux, commune qui a aussi adopté cette formule en fonction des organisateurs). Ou de 10 centimes (Roche) à 1 franc (Lovatens et Veytaux). Moudon est la seule localité à prélever 1/11 du prix du billet. Mais les communes ont aussi la possibilité d’exonérer certains organisateurs et de proposer des formules particulières.

D’autres, en revanche, telles Pully ou Morges, ont décidé d’abandonner la taxe sur les divertissements, notamment pour ne pas grever les budgets de leurs institutions d’utilité publique, Musée Alexis-Forel ou autres châteaux.

En chiffre

345



C’est, en milliers de francs, la charge fiscale totale de Chillon, contre 330'000 francs de subventions cantonales et fédérales.




100



C’est, en milliers de francs, le montant de l’augmentation de l’impôt communal sur le divertissement. Conséquence, le château présente un budget 2018 déficitaire de 70'000 francs et réduit les montants alloués aux événements culturels de 60'000 francs.

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