Devenir Youtubeur, entre le cliché facile et la réalité

MontreuxL’atelier de médiation culturelle du Montreux Comedy Festival a tordu le cou aux clichés face à une classe d’ados.

Felix Guimard (à g.) et Morgan Niquet ont échangé avec une classe de Montreux.

Felix Guimard (à g.) et Morgan Niquet ont échangé avec une classe de Montreux. Image: Chantal Dervey

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L’un ou l’autre élève de la 11 VP du collège Rambert, à Montreux, ambitionne-t-il de devenir youtubeur? Si c’est le cas, les candidats ont peut-être revu leurs plans vendredi, après un atelier de médiation culturelle proposé dans le cadre du Montreux Comedy Festival, qui se termine ce lundi.

Les rêves de gloire, de millions de clics et d’argent facile se sont méchamment heurtés à la réalité dans un échange avec quatre talents du moment. «On croit les vidéos YouTube tout droit sorties de chambres d’ados, mais pas du tout. Les vidéos de haute qualité qu’on y trouve, la plupart des gens ne peuvent même pas prétendre les produire. Cela demande énormément de moyens et de boulot.» Boum!

Celui qui assène cette claque à l’auditoire, c’est Félix Guimard, réalisateur des sketchs du Studio Bagel sur Canal+, et qui a fait ses gammes au Montreux Comedy. «YouTube, c’est déjà has been. C’est devenu tellement gros, ça brasse tellement de choses, toutes gratuites, qu’au final cela intéresse de moins en moins les marques et les grands groupes de médias, qui l’utilisent plutôt comme une plateforme de promotion.»

Mais YouTube n’est pas mort. Le Français Morgan Niquet et son camarade de jeu Hugo peuvent en témoigner. Leur chaîne Morgan VS, qui réalise des comparatifs burlesques de produits bas de gamme et de luxe, a engrangé 360 000 abonnés et 30 millions de vues en une année et demie. «Au début, c’était un pari. Aujourd’hui, nous en vivons bien.» Combien de vidéos par mois, interroge un élève dans l’auditoire? «Une seule peut suffire, en étant associés à une grande marque, mais il faut chercher la rareté», explique Morgan. «Et multiplier les vidéos contribue à lasser», ajoute Hugo.

Et la liberté face aux marques, interroge un autre? Les deux acolytes ne boudent pas leur plaisir de dégommer un produit haut de gamme, mais admettent que les deals avec les grandes marques et le placement de produits facilitent un salaire correct. «D’autant que les revenus sur YouTube sont de moins en moins importants», selon Hugo. Où est l’avenir alors, sur le Net? Snapchat? Bof. Instagram? Oui, peut-être. «Ou Tik Tok, le réseau social qui monte? En tous les cas, le milieu a énormément évolué ces dernières années, constate Félix. J’ai l’air de parler comme un vieux, mais ça avance très vite.»

L’essentiel? Faire rire

Pour le régional de l’étape, Yoann Provenzano, Internet reste primordial pour booster sa carrière sur les planches. «Surtout en Suisse, où les gens peinent à sortir de chez eux, ajoute l’humoriste originaire de Villeneuve. Avec Instagram, je suis tous les jours sur leur téléphone. Mais ça ne remplace pas la scène, qui est mon vrai plaisir, et ça ne permet pas de vivre. En revanche, si ça encourage des personnes à venir me voir jouer, c’est bien. Mais il ne faut pas perdre de vue l’essentiel: faire rire, peu importe le canal.»

À l’heure du débriefing, les élèves montreusiens en ressortent visiblement plus éclairés. «Youtubeur, ce n’est pas un métier que pour l’argent, c’est un canal de communication et de diffusion d’idées», retient Inès. «C’est un métier beaucoup plus dur que je ne le pensais. Il ne suffit pas de bidouiller des vidéos dans sa chambre», pour Oriane. Salomé abonde: «Derrière ces vidéos, il y a beaucoup de boulot!»

Des réflexions qui ravissent l’humoriste Jean-Luc Barbezat, responsable de l’atelier. «Cette démarche veut aussi rapprocher les Montreusiens du festival, mais la médiation culturelle est une responsabilité, un acte sociopolitique important. Quant aux métiers du web, l’idée n’était pas de les décourager, mais de leur montrer la réalité des choses.» (24 heures)

Créé: 01.12.2018, 10h32

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