En 500 ans, l’acte de la Foire de Brent a suscité bien des bisbilles

MontreuxL’édition 2018 court jusqu’à dimanche. Qui se souvient que son texte originel faillit disparaître par respect pour la tradition?

Daniel Martin, Fabrice et Jérôme Cuenet (de g. à dr) sont les trois seuls garants de l’acte de 1468.

Daniel Martin, Fabrice et Jérôme Cuenet (de g. à dr) sont les trois seuls garants de l’acte de 1468. Image: Chantal Dervey

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Le duc de Savoie Charles Ier imaginait-il les bringues qu’il allait provoquer à Brent plus de 500 ans après son acte de 1486 par lequel il octroya aux résidents le droit d’y organiser une foire? À l’époque, sa magnanimité pour les «gens de rien» de ce village des hauts de Montreux leur permit de tenir «une foire libre franche, sans charge», ce «afin de procurer quelque aide à ces lieux assez stériles», «désormais et à perpétuité». La 532e édition débute ce vendredi jusqu’à dimanche.

Reste que ces lignes sur peau de bête, ou ce qu’il en reste, ont soulevé bien des passions. Il y a eu bien sûr les inimitiés séculaires avec les autres foires de la région. Mais, en des temps plus récents, une autre question cruciale: ne faut-il pas léguer ce document originel pour lui éviter de tomber en poussière? «Jamais!» ont clamé en substance durant des décennies les derniers bourgeois mâles de Brent résidant au village, seuls habilités à détenir le précieux document, selon une coutume toujours d’actualité. Le texte est donc passé de main en main, comme l’évoquent les récits oraux de certaines mémoires locales.

Ainsi s’est-il dégradé au fil des ans dans son tube métallique entreposé dans quelque grenier, voire dans l’ancien four du village à une certaine époque. Jusqu’à son legs aux Archives de Montreux en 2009: «Les familles de Brent l’ont mis en dépôt chez nous, mais elles en restent propriétaires, précise Nicole Meystre, archiviste de Montreux. Toute demande de consultation doit leur être formulée au préalable.»

Trois derniers légataires

Le parchemin en latin, restauré tant bien que mal, reste difficile à lire vu le stade de dégradation. Heureusement, il en existe une dizaine de copies ou transcriptions, parfois traduites. L’original n’en demeure pas moins l’un des actes les plus anciens de la Commune. En 2015 encore, il fut invoqué, avec succès, pour éviter l’introduction d’une taxe sur les stands. Et la vénérable foire de demeurer «libre et franche».

Mais il en aura fallu de la diplomatie avec la famille Cuenet, la dernière dépositaire de l’acte, pour sauver le document, tant les rivalités entre bourgeois et autres habitants sont tenaces. «Il y a eu plusieurs tentatives de la part de présidents de la Société villageoise, explique Daniel Martin, qui occupe le poste depuis 2006. Il a fallu que l’ancienne archiviste vienne confirmer qu’il s’agissait d’un petit bijou et que si on le gardait, il était foutu.»

Eugène Cuenet est toutefois resté inflexible jusqu’à sa mort en 2006. «Sa veuve, se souvient Daniel Martin, nous a d’ailleurs bien rappelé que son mari n’aurait jamais été d’accord.»

Son fils Claude-Alain finit par se laisser convaincre, notamment par ses fistons, Jérôme et Fabrice. Ce sont eux les derniers bourgeois résidant au village depuis sa mort en 2013, et donc les seuls ayants droit. «Je jouis aussi de ce privilège qui m’a été attribué par Claude-Alain Cuenet, ajoute Daniel Martin. Sinon, quelques autres bourgeois de Brent sont en vie, mais ils ne résident plus ici.»

Précieux, mais peu consulté

Le plus étrange est que l’acte a beau avoir été conservé comme une relique et divisé les foules, très peu sont ceux qui ont jeté un œil – pour ne pas dire quasi-personne – sur ce document conservé dans une caisse en bois parvenue aux archives. Du reste, «personne n’a demandé à consulter le document aux archives depuis 2009», selon Nicole Meystre. «Même Claude-Alain Cuenet ne savait pas ce qu’il y avait précisément dans cette caisse», selon Daniel Martin. Et Fabrice d’ajouter: «En remontant même à mon grand-papa, la première et dernière fois qu’il l’avait ouverte, c’était pour permettre la rédaction d’un livre sur l’histoire du village.»

Le plus jeune des petits-fils Cuenet n’a lui-même vu qu’une seule fois le parchemin, en 2017, lors de portes ouvertes aux archives. Son aîné n’a même pas eu cette chance: «Je n’avais pas pu y aller, confirme Jérôme. Je vais le découvrir en allant faire la photo pour votre article.» (24 heures)

Créé: 09.11.2018, 07h25

Infos

Foire de Brent,
532e édition,
de vendredi à dimanche.
Programme complet: www.brent.ch

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