François Margot, l’abbé qui tient la crosse des vignerons

Élu en 2012 pour donner à Vevey sa première Fête des Vignerons du XXIe siècle, le juriste de formation assume les responsabilités comme les questions qui pourraient fâcher.

François Margot assiste aux répétitions du spectacle de la Fête des Vignerons le plus souvent possible.

François Margot assiste aux répétitions du spectacle de la Fête des Vignerons le plus souvent possible. Image: Florian Cella

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La Grenette vient de sonner 19 heures mercredi à Vevey, la chaleur n’est pas encore tombée et les acteurs-figurants affluent vers l’arène, les uns en civil, d’autres partiellement costumés. François Margot aussi est pile à l’heure! Au-delà de son veston-cravate restés à l’âge classique, l’abbé-président de la Confrérie des Vignerons a cette élégance-là, en plus de celle d’une disponibilité permanente malgré la charge de la première Fête des Vignerons du XXIe siècle, des passions et des critiques qu’elle génère.

C’est… peut-être sa façon d’être enthousiaste, lui qui intériorise beaucoup. Une actrice-figurante vient chercher un conseil, une autre un regard sur sa prestation, une autre encore rappeler un bon souvenir, le sexagénaire prend le temps. Empathique. Alors on pourrait parler musique avec ce juriste, mélomane inconditionnel, ou de cette nature qui l’ébahit. Mais dans l’arène, c’est le gosse qui lançait à la cantonade «Je fais Colliard» en prenant la tête d’un cortège imaginaire d’armaillis de la Fête des Vignerons, qui est là. Celui qui se souvient de sa première Fête, 1955, à travers la barbe de son grand-père Cent-Suisse, qui piquait.

Vous êtes le seul à entrer sans badge dans l’arène, un peu comme à la maison…
Ce serait un peu exagéré de dire ça, mais c’est un lieu où je me sens bien, oui. D’autant qu’après avoir habité beaucoup de nos pensées et de nos réflexions, il se révèle propice à susciter l’émotion que nous avons aussi rêvée pour cet événement. Et j’ai pu constater que chacun, ici, acteurs-figurants, techniciens ou premiers spectateurs, s’y sent bien. Il serait donc plus juste de dire que c’est un peu la maison de chacun d’entre nous. J’essaie d’y être le plus possible en restant pour le débriefing après chaque répétition afin d’entendre ce qui se dit et de tenter d’apporter une solution aux questions posées.

Concentré sur ce qui se passe, l’œil et l’oreille partout, vous n’arrivez pas à lâcher prise?
Tout n’est pas encore ficelé, ce qui explique la retenue. Sachant aussi qu’au final, avec des tableaux plus forts que d’autres en émotion, c’est l’arche du spectacle tout entier qui va beaucoup nous toucher. Mais j’ai déjà vu des larmes couler en répétition, même parmi les vignerons pourtant peu prompts à ce type de manifestation. Et je peux vous dire que cette émotion des gens de la terre est belle à voir. On se dit alors que ce que l’on fait pour eux est juste. Parce que s’il y a cette résonance-là, c’est qu’on touche au bon endroit.

Pourtant la vôtre, vous ne la montrez pas!
Je la garde pour moi, c’est vrai, mais il y a des moments où ça «rebouille», pour parler en bon vaudois. La musique étant un puissant levier émotif pour moi, je pense par exemple au couronnement porté par de très beaux airs ou à «L’Hymne à la terre». Il y a bien sûr le texte aussi, et particulièrement celui du temps de la vendange, lorsque les vignerons s’inclinent devant la vigne. Pour avoir assisté à la naissance du texte et de la musique, les voir se conjuguer sous cette forme-là, c’est très fort! Et je ne le dis pas uniquement en tant que témoin privilégié.

Abbé-président, c’est un rôle, une position de stratège, la casquette du décideur ultime?
Si l’on parle du spectacle, ce n’est en tout cas pas un rôle de composition, c’est une position institutionnelle qui l’est aussi à l’extérieur de l’arène. En revanche, je ne suis pas seul, les décisions sont prises collectivement dans la mesure du possible, mais s’il faut trancher je n’ai pas de problème avec ça. Même sur le spectacle! La Confrérie est en quelque sorte coauteur et a pu décider de certaines choses, comme la mise en place du couronnement ou «L’Hymne à la terre». Il est la concrétisation d’une idée qui me tenait à cœur.

Est-ce qu’on naît abbé – vous êtes le troisième dans votre famille – ou le devient-on?
Il faut avoir la modestie de dire que c’est la fonction qui façonne, elle transforme celui qui l’endosse dans la mesure où il devient partie prenante d’un engouement aussi populaire qu’artistique et que ce dernier tente de conduire cette vague. Que ce soit maintenant dans l’arène, mais également en amont lorsqu’il faut représenter la Confrérie devant des tiers.

Dans votre vie vous avez souvent œuvré gracieusement et en arrière-plan: le coup de projecteur était-il tentant?
Je vérifie surtout l’intérêt d’exercer la conduite d’une collectivité, de stimuler les énergies des uns et des autres et d’essayer de donner la confiance. C’est un peu comme un enseignant qui doit amener ses élèves quelque part; ici il s’agit de donner les clés pour que chacun puisse se dépasser. Nous sommes tous dans le partage de cette occasion de se sublimer individuellement et conjointement.

Perfectionniste…
Non, la perfection est dangereuse, je pense plutôt au dépassement de l’ordinaire. Ce qui veut aussi dire des soucis au quotidien, des responsabilités envahissantes, des inquiétudes.

Et les critiques! Les dernières sont nées de la décision de brader les places du couronnement le 18 juillet!
Nous avons décidé de cette démarche commercialement agressive sur un nombre limité de billets pour que le couronnement, avec ce qu’il signifie pour les vignerons-tâcherons, soit le mieux fréquenté possible. C’est une opération qui en restera là.

Plafonné à 60-65 millions en 2016, passé à 100 millions, le budget alimente aussi les conversations. On le donne désormais à près de 120 millions?
Il est au-dessus de 100 millions mais pas à 120! Ce qui est vrai, c’est le poids que représente le poste de la technologie de pointe permettant d’assurer un spectacle contemporain et unique. Le choix fait d’avoir cinq scènes pour permettre au public de vivre une expérience inclusive a également pesé au travers d’une multitude de frais induits: ces scènes, il faut les accompagner techniquement et avec du personnel supplémentaire pour faire fonctionner les équipements.

C’est ce qui fait dire qu’on est dans la démesure, alors que l’événement célèbre la terre et l’humilité de ceux qui la travaillent.
C’est un mot que je comprends mal! D’autant que le hiatus avec la nature est réel. En célébrant cette nature, donc le grandiose, la Fête des Vignerons a, sous certains côtés et à l’aune d’autres événements culturels du pays, toujours été spectaculaire. Je l’entends dans le sens noble du terme. Cette fois, ce spectaculaire s’exprime à travers la technologie, puissante, mais si elle n’avait pas été actionnée de cette façon, on nous aurait reproché de ne pas avoir su coller à notre temps et… étonner. Maintenant, ce débat existe-t-il autour du concert d’une rock star?

La première du spectacle approche, vous sentez l’impatience gagner du terrain?
Oui… mais je ne suis pas du genre à compter les jours. Je me détendrai après le 18 juillet.

C’est comment un abbé-président qui se relâche?
Je prendrai du plaisir, me sentant moins coresponsable du spectacle. Un sentiment qui domine aussi, je crois, chez tous les auteurs, bientôt prêts à laisser vivre le bébé.

Créé: 06.07.2019, 12h56

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Bio express

1953
Naît le 14 août à Vevey.
1973
Obtient sa maturité classique au Collège de Saint-Maurice.
1977
Passe son brevet de professeur de ski et participe à sa première Fête des Vignerons dans la troupe des Arbres de mai.
1999
Assure la vice-présidence de la Commission des costumes de la Fête des Vignerons et tient le rôle d’un Banneret.
2001
Concrétise la fusion de Montreux-Vevey Tourisme, entité qu’il préside toujours.
2011
La date de la première Fête du XXIe siècle est arrêtée. Il est nommé abbé-président l’année suivante.
2017
Organise le 900e concert d’Arts et Lettres, dont il concocte toujours les programmes.
2019
Sortie du film Plans-Fixes qui lui est consacré le 11 juillet au cinéma Astor, à Vevey (à 19 heures), sept jours avant la première représentation de la Fête des Vignerons.

Pendant la préparation de la Fête

Un moment marquant
«Il y en a évidemment plusieurs, mais je crois que la première fois que j’ai entendu la maquette musicale et la cohérence qu’elle présentait avec le texte.»

Un moment que vous n’auriez pas aimé vivre
«Sans dramatiser, l’arrachement qu’a été pour Daniele Finzi Pasca le décès de son épouse nous a beaucoup touchés. Julie Hamelin était l’inspiratrice, elle était derrière ce projet de spectacle. S’il n’a pas été mis en péril, son départ l’a marqué.»

Un moment de convivialité
«Difficile encore une fois de faire un choix, mais je crois que la première fois que le Conseil de la Confrérie s’est retrouvé sur la scène pour répéter sa fonction dans le spectacle, on s’est tous retrouvés sous un autre angle. Un moment fort!»

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