Il faut 7,5 millions pour redonner son lustre au mythique théâtre de L'Alcazar

MontreuxEnjoint par le Canton de restaurer ce joyau classé, le propriétaire n’a pas pu obtenir l’aide de la Ville. La situation est bloquée.

La rénovation du bâtiment est au point  mort. Outre le fameux théâtre, l’ensemble comporte aussi un restaurant, des commerces, des logements et un musée dédié aux calèches.

La rénovation du bâtiment est au point mort. Outre le fameux théâtre, l’ensemble comporte aussi un restaurant, des commerces, des logements et un musée dédié aux calèches. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La sculpturale chanteuse Grace Jones y possède encore son vestiaire. Plus d’un siècle auparavant, ce lieu emblématique a vu valser l’impératrice Sissi. Mais on ne danse plus au Théâtre L’Alcazar. L’ancienne salle des fêtes du Grand-Hôtel de Territet est intégralement barricadée par des échafaudages depuis près de quatre ans. Et cela fait dix-huit mois que les ouvriers ont déserté le chantier, faute de financement. «Si elle voyait ce joyau dans son état actuel, l’impératrice Sissi se retournerait dans sa tombe», commentent Nadine et André Delacour, habitants de Territet. Et la situation s’enlise de jour en jour, alors même que l’édifice, construit en 1894 par l’architecte Eugène Jost et décoré de stucs et de peintures néo-baroques de Marcel Chollet, est classé d’importance nationale.

Le niet des banques

L’Alcazar a été acquis par Dad Régné en 1979, personnalité marquante et haute en couleur, ancien président de l’Association pour la protection des sites montreusiens, qui, malade, a transmis le témoin à son fils Patrick: «Le coût de la restauration totale est estimé à 7,5 millions de francs, un montant que nous n’avons pas, plus élevé que le prix d’acquisition. L’ECA s’est engagé pour 3 millions pour la remise aux normes et les dégâts liés à l’incendie de 2012, alors que les subventions cantonales et fédérales doivent s’élever à 750 000 francs. Cela fait quatre ans que je sollicite un crédit de construction. Nous avons mis tous nos fonds propres dans ce projet. Mais je me heurte aux refus des banques, au motif que L’Alcazar est un bâtiment atypique – à la fois résidentiel et commercial – qui serait difficilement exploitable par un établissement financier si nous devenions insolvables.»

Or la situation urge. Le délai imparti par le Service cantonal immeubles, patrimoine et logistique (SIPaL) pour la restauration du bâtiment a expiré le 30 septembre. Et seule la moitié des travaux a été réalisée. Le Canton a accepté d’assurer la sécurisation des lieux, mais se retournera le moment venu contre le propriétaire. Dont la facture des émoluments pour l’installation de chantier posée sur la voie publique se monte à 22 000 francs à ce jour. Dans ce contexte, et sur conseil de plusieurs élus, Patrick Régné a aussi sollicité la Municipalité, avant de se heurter à un nouveau refus: «Je ne demandais pas de l’argent gratuit, mais un prêt ou un cautionnement, en proposant même de mettre L’Alcazar en gage», précise-t-il.

Affaire portée au Conseil communal

L’affaire a rebondi au Conseil communal, via une interpellation de Pierre Rais. «Il faut remédier à cette situation. Pensons à ceux qui ont eu l’audace et la grandeur de réaliser cette construction!» «Nous ne pouvons pas intervenir sur une propriété privée, sauf danger. Ce qui n’est pas le cas, réagit Laurent Wehrli, syndic. Le propriétaire nous a demandé 3 millions pour finaliser les travaux. Devrions-nous le faire à chaque fois qu’un propriétaire est en délicatesse avec ses finances? De plus, la situation est complexe: notre interlocuteur, le fils héritier, n’est que curateur.»

La Municipalité n’envisage pas non plus de libérer une somme plus modique. Au grand dam de l’interpellateur: «Il est important de dégager un montant moindre, lorsque l’on voit les sommes vertigineuses qui vont être investies dans la rénovation du Centre de Congrès.» Autre élu, Emmanuel Gétaz enfonce le clou: «J’attends de la Municipalité qu’elle nous propose une solution. Quels que soient les risques.» Mais, sauf rebondissements au Conseil communal, l’Exécutif en restera là.

Un petit 2m2c...

Pour L’Alcazar, le salut viendra peut-être d’ailleurs. Avec la fermeture programmée du Centre de Congrès, en rénovation dès 2020, le théâtre constituerait une salle idoine pour les concerts intimistes de la Saison culturelle et du Montreux Jazz Festival. «Cette solution suscite l’intérêt des acteurs culturels avec lesquels j’ai discuté», confirme Patrick Régné. Qui souhaite ardemment pouvoir continuer à exploiter ce bien familial, comportant en outre un restaurant, des locaux commerciaux et cinq appartements.

«Je veux en faire un centre culturel et artistique chapeauté par une fondation, ouvert à tous», relève le Montreusien. Après la restauration, il entend ouvrir au grand public le Musée des calèches – que peu de gens connaissent –, l’ancien fumoir turc du Grand-Hôtel et ses terrasses. Patrick Régné a pour projet de mettre sur pied des événements liés à la Belle Epoque. Et de créer une exposition permanente, en réunissant la grande collection d’objets et de documents d’origine du Grand-Hôtel en sa possession. «Ce serait, en quelque sorte, le Musée de la Belle Epoque de Territet et de Montreux.»

Mais, auparavant, ce professionnel de l’événementiel – actif dans la mode à New York – doit résoudre la question du financement des travaux de L’Alcazar. «Pour l’heure, je ne peux qu’espérer le prêt d’un mécène. Je ne veux pas d’argent gratuit.» (24 heures)

Créé: 09.10.2017, 08h59

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Trois femmes avaient déjà mis en cause Donald Trump durant la campagne présidentielle. Elles se sont retrouvées sur un plateau de télévision pour réitérer leurs accusations. La Maison-Blanche a dénoncé des «histoires inventées»
(Image: Bénédicte) Plus...