L’avenir blanc d’Isenau doit passer par une mise au vert

Les DiableretsLe groupe de travail Isenau 360° livre les premières conclusions de ses travaux: le domaine ormonan n’a pas dit son dernier mot, à condition de viser aussi le tourisme estival.

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Pas de virage à 180°, mais un dossier revu à 360°. En quelques mois, un semblant d’espoir est venu éclairer le domaine d’Isenau. La reconstruction de la télécabine desservant les pistes ormonanches fermées depuis deux ans était mal emmanchée. Elle se heurte à deux recours et oppositions émanant de privés et de Pro Natura Vaud, ainsi qu’à un rapport financier concluant à une perte annuelle abyssale. Dans l’impasse, la Fondation pour la défense des intérêts d’Isenau, qui pilote le dossier, a mandaté un nouveau groupe de travail – Isenau 360° – pour reprendre la réflexion («24 heures» du 31 décembre). Ses membres ont livré dimanche leurs conclusions, devant une Maison des Congrès comble.

Une télécabine, sinon rien

Comment desservir au mieux le domaine? Inspiré par deux sondages réalisés en ligne, le groupe de travail a imaginé différentes options. «Celle d’une télécabine reconstruite sur le tracé actuel reste la plus réaliste», indique Philippe Gallaz, chef de file d’Isenau 360°. En diminuant le débit de la future installation, le coût du remplacement initialement devisé à 13,5 millions de francs a pu être réduit. Le budget global de la résurrection sera toutefois plus élevé: 16 millions. «Il tient également compte de la remise en état des téléskis à l’arrêt depuis deux ans, ainsi que du développement d’une offre quatre saisons.» Des aides cantonales pourraient intervenir, mais la fondation aura pour tâche de lever 760'000 fr. supplémentaires, alors qu’elle compte dans ses coffres 3,2 millions, dont 1,5 injecté par la Commune.

200'000 fr. à dégager

Pour espérer revenir à la vie et bénéficier de ces aides cantonales, Isenau devra prouver sa rentabilité. Las! Un rapport d’expert prédit un déficit annuel de 206'000 fr. L’étude met en lumière une baisse drastique des journées-skieurs: près de 30% depuis 2010 (47'000 en 2017). Elle table en outre sur un gain estival atteignant à peine 250'000fr. pour 1,66 million de revenus annuels. Corollaire: c’est en été qu’Isenau devra séduire. «Les possibilités d’y développer le ski sont limitées, voire inexistantes, confirme Philippe Gallaz. Il faut donc développer des produits qui incitent les usagers à monter le reste de l’année et génère des revenus complémentaires.» À noter que l’auteur du rapport initial a lui-même conclu à la viabilité de cette nouvelle vision.

Lavaux en guise d’exemple

Reste à définir quels produits développer. Les atouts du domaine skiable sont reconnus de longue date: ensoleillement exceptionnel, enneigement naturel abondant (grâce à la proximité du glacier des Diablerets), faune, flore, terroir. Pour valider ces richesses, Isenau 360° s’est adjoint les services d’Emmanuel Estoppey, premier gestionnaire du site de Lavaux Unesco. «Qu’est-ce qui fait qu’on se sent bien en Lavaux? Un équilibre entre nature, tourisme et agriculture. C’est exactement ce qu’on retrouve à Isenau», estime Emmanuel Estoppey. Celui-ci a développé une grille d’analyse permettant d’attribuer une note à chaque projet, tenant compte des aspects environnementaux, sociaux, patrimoniaux et économiques. VTT, itinéraires sécurisés à peaux de phoque, balades à thème, wellness font partie des pistes mentionnées. «Il faudra en tout cas que ces projets s’inscrivent dans la vision d’un tourisme doux», avertit le syndic d’Ormont-Dessus, Christian Reber.

Terreau de l’aventure spatiale

Si le ski – de piste, freeride ou rando – reste important, le groupe de travail entend jouer la carte verte et durable. Un «écocentre» pourrait ainsi voir le jour dans les murs du restaurant existant. Et les chercheurs de l’Université de Lausanne, de l’EPFL et de plusieurs HES romandes pourraient se bousculer à Isenau pour étudier faune, flore ou tourisme de demain. Voire y préparer la conquête spatiale! «L’EPFL nous a approchés pour tester en moyenne montagne des serres qui pourraient intervenir dans la culture de végétaux dans l’espace», signale Thierry Weber, responsable du groupe activités et écoresponsabilité.

Objectif 2020

«Optimiste de nature», Philippe Gallaz rêve d’une réouverture du domaine avant l’hiver 2020-2021. Celle-ci est notamment suspendue à un éventuel recours des opposants, déboutés il y a quelques jours par la Cour cantonale (lire encadré). Reste également à savoir qui exploitera l’hypothétique domaine: Télé Villars-Gryon-Diablerets est toujours propriétaire des installations. «Son conseil d’administration doit décider dans la semaine si Isenau peu s’intégrer dans sa vision stratégique ou non, annonce Philippe Gallaz. En cas de réponse négative, nous avons déjà imaginé des modèles juridiques pour exploiter le domaine.» (24 heures)

Créé: 16.04.2019, 06h49

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