L’homme au nœud papillon est champion de la persuasion

PortraitChristian Minacci vend des matériaux innovants ou les Alpes avec la même passion.

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Christian Minacci ne porte plus aussi souvent le costume que lorsqu’il modérait des conférences en anglais, devant le patron de la BNS ou devant Christine Lagarde, actuelle patronne du FMI. Depuis qu’il doit se rendre régulièrement en montagne pour Alpes 2020, en tant que délégué économique d’Aigle Région, il a troqué le veston pour un gilet polaire ou matelassé. «Si vous détonnez complètement, ça ne va pas!» sourit-il. Pourtant, jamais vous ne le verrez sans son nœud papillon. «Lorsque nous habitions à Saint-Germain-en-Laye, je passais tous les jours devant une boutique Yves Saint Laurent. Lorsqu’elle s’est retrouvée en «liquidation totale», j’en suis ressorti avec plusieurs nœuds papillons. La vendeuse m’avait convaincu que j’étais fait pour.» C’était en 1987.

Cette fantaisie est devenue sa marque de fabrique. «Même la Revue de Corseaux (Ndlr: qui s’est tenue en mars) en a parlé.» C’est qu’à la faveur d’une complémentaire, il vient d’être élu à la Municipalité du village limitrophe de Vevey. «Malgré son nœud papillon, il n’est pas du tout pédant. Au contraire, il est très facile d’accès, sourit Ludovic Masson, que Christian Minacci a remplacé à l’Exécutif corsalin. Même lorsqu’il arborait en plus une moustache et semblait sorti d’un film des années 30.»

Sous cette trompeuse image se dévoile un quasi-geek, qui avait son e-mail en 1987 déjà, lorsqu’il œuvrait pour la société Raychem. Pendant cette faste décennie des eighties, il est «biberonné» à la culture de la gagne américaine: «Nous étions fiers de travailler pour cette entreprise high-tech, qui avait son siège dans la Silicon Valley, à Menlo Park (là où est actuellement basé Facebook). Nous nous occupions de plastiques spéciaux, des matériaux bluffants, avec des applications aussi bien comme câbles chauffants que pour le monde automobile! Entre 1970 et 1985, Raychem a été la société américaine avec la plus forte croissance continue, de 25% annuels», relève Christian Minacci, encore émerveillé d’avoir participé à pareille «success story». Directeur marketing pour l’Europe à Paris, il gérait 13 pays. «Je filais souvent à l’aéroport et j’étais loin 3-4 jours.» Un problème avec des jumelles à peine nées? «Nous avons eu une vie de famille normale: quand je n’étais pas en voyage, j’étais à la maison. Je ne partais pas pour je ne sais quelle autre activité, comme le sport.»

Un chef aux côtés de son équipe

Chez Raychem, pas d’a priori: «À ma première visite du siège, le big boss m’avait reçu alors que je n’avais que 26 ans. Il régnait une hiérarchie plate incroyable! Des vrais patrons, des mecs là pour vous couvrir si vous vous plantiez.» Une conception qu’il appliquera notamment chez Sapal, comme directeur des lignes de distribution dans cette entreprise spécialisée dans l’emballage de produits haut de gamme. «Les ouvriers ont été surpris que je veuille manger avec eux. J’ai rétorqué: «Pourquoi, vous avez une maladie contagieuse?» Il promet de ne pas «couper de tête» en cas d’erreur, mais exige en retour de la transparence: «Il ne faut pas me cacher les problèmes. On les pose, on les résout, on se bat pour sa boîte. Le respect doit régner dans le travail en équipe.» Des valeurs associées à sa famille et à la gym, pour celui qui a pratiqué cette discipline au sein de Vevey-Ancienne: «Il n’y a pas de star: même le meilleur ne peut rien sans les autres.» Solidaires, jusque dans les pires moments: «Les membres de la gym nous ont soutenus à la mort de mon frère, quand j’avais 24 ans. Et quand ma mère s’est effondrée en pleine église, cinq ans après. Elle avait des problèmes cardiaques mais je ne l’ai jamais entendue se plaindre. Pas plus que mon père, qui n’a jamais regardé en arrière et nous a toujours encouragés.»

Pragmatique, il l’a été dès le choix de son premier emploi, chez Hispano-Oerlikon (appartenant au fabricant d’armes Oerlikon-Bührle): «Il n’y avait pas mille offres en mécanique et il fallait bien trouver un job après l’école de recrues. Cela m’a surtout permis de passer un an en Angleterre.» Un pragmatisme bien utile au moment de redresser Aigle Région, qu’il a rejoint au début 2012 «en plein traumatisme», parce que son prédécesseur avait détourné plus de 340'000 fr. «Les caisses étaient vides, mais j’avais promis le retour des chiffres noirs pour la fin de l’année.» Chose faite. Désormais, pour Aigle Région, il s’évertue à mettre ensemble les acteurs des Alpes vaudoises, toujours orienté vers la résolution des problèmes. «Travailler avec lui est agréable. Il essaie de nous pousser tout en nous respectant, constate Frédéric Borloz, syndic d’Aigle. Il possède une très bonne vision régionale et prend toujours de la hauteur.»

«Il est visionnaire et connaît tous les rouages fédéraux, cantonaux et communaux», souligne Antoine Lambert, syndic de Corseaux. «Homme de dialogue» selon ses interlocuteurs, il était l’un des ténors du Conseil communal, capable de synthétiser les différentes positions, avant de convaincre l’assemblée par son argumentaire. À l’OSEC (l’organisme fédéral d’aide à l’exportation), Christian Minacci aidait des sociétés suisses en appliquant la stratégie «Pac-Mac»: «On définit une cible et on va la chercher.» De même, il «vend» les Alpes vaudoises comme une seule entité et sans la couper du bassin lémanique: il parle avec verve des musées, des paysages, des liaisons entre les stations par la route et le train plutôt que par le haut des vallées. Son œil frise, surligné par le noir profond de ses sourcils. Marchand dans l’âme? «Je ne sais pas vendre des chips ou du vent et je suis donc incapable d’arnaquer le client. Mais devant un objet de qualité ou high-tech, je suis passionné.» (24 heures)

Créé: 04.04.2018, 08h54

Bio

1955 Naît le 24 décembre, à Vevey.

1977 Travaille pour Hispano-Oerlikon.

1979 Un an en Angleterre. Décès de son frère, d’une crise d’épilepsie.

1981 Commence à travailler pour Raychem, en Suisse puis à Paris, comme directeur marketing pour l’Europe.

1985 Décès de sa mère.

1986 Mariage avec Marina, qui partage toujours sa vie, et naissance des jumelles Joëlle et Mary-Laure.

1991 Rentre en Suisse et devient directeur des ventes et du marketing pour Valtronic, où il s’occupe de la «Swatch Pager, la première montre connectée!»

1992 Naissance de sa 3e fille, Hélène.

1995 Directeur des lignes de distribution chez Sapal.

1997 Entre au Conseil communal de Corseaux.

2001 Directeur pour la Suisse romande de l’OSEC.

2006 Pour ses 50 ans, demi-heure de vol en Hunter avec Claude Nicollier.

2012 Devient délégué économique pour Aigle Région.

2018 Élu municipal à Corseaux.

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